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Sous ce titre un peu obscur le consultant en arts numériques Julien Taïb tente de résoudre une question simple : Y a-t-il un rapport religieux possible à la technologie ? à travers sept œuvres d’artistes femmes déployées dans toute l’abbaye de Maubuisson. Un écho dans la lignée de la vocation de L’abbaye de Maubuisson, le lieu des femmes et celui notamment de l’éducation et de l’accès aux livres, c’est pourquoi les pièces sélectionnées ici sont soucieuses de marquer leur temps à l’ère de la création féminine.

Ce propos vient contrebalancer, à défaut d’inverser, le temps d’un parcours, le paradigme d’une vision unilatérale de l’art, observée par le prisme masculin. Cette sélection d’artistes vient donc bouger les lignes et esquisser le scénario d’un art plus inclusif. Si chaque pièce de l’abbaye revêt une histoire, une fonction qui lui est propre, chaque oeuvre aborde un thème, une esthétique, un questionnement ouvert. Chaque espace met en regard des rites fondateurs de notre culture avec nos rituels numériques quotidiens.

Déroulé du parcours :

Dans la salle capitulaire où se discutaient les affaires pratiques de la communauté, un robot imaginé par Laura Haie convie le visiteur à lui offrir un carré de sucre qu’il trempera délicatement dans une tasse pour le lui retourner imbibé de café. La mécanisation de ce rituel du « canard » associé à l’intimité du cercle familial ou privé, trouble la fonction utilitaire attendue de la machine. Ce robot humanisé mimant la convivialité évoque également les craintes anciennes, réactivées par l’intelligence artificielle d’une invention qui viendrait supplanter l’humain, le remplacer.

Exposées dans la salle du parloir, deux installations sonores de Cécile Babiole sculptent l’énergie à l’origine de ce mythe prométhéen des temps modernes : l’électricité. Sous un chapiteau de câbles s’élevant autour d’un générateur, un concert de crépitements vifs en rappelle la puissance ordonnatrice rythmant les gestes, amplifiant les mouvements et cadençant les activités industrielles. L’électricité est également mobilisée par l’artiste en collaboration avec Jean-Marie Boyer sous la forme d’un dispositif d’échanges d’ondes informationnelles invitant les visiteurs à une expérience communicationnelle d’ubiquité.

Les opérations de transcodage génératrices de banques de données – dites data – nourrissent l’oeuvre immersive et spectrale du collectif Iakeri. Réalisée à partir de données traduisant les inégalités sociales entre hommes et femmes, elle évoque l’invisible saisie d’un monde aux informations devenues malléables, quantifiables, et leur approche spéculative.

Ce bouleversement des échelles dans les champs du savoir se rejoue dans l’oeuvre de Marie-Julie Bourgeois. Confrontant le cycle de la lumière, naturelle et vitale, qui rythmait la vie des moniales, à la lumière artificielle en tant que continuum technologique, l’artiste évoque la relativité d’un rapport au temps que les technologies ont tendance à accélérer au détriment, peut-être, d’une connaissance subtile du monde.

Cet étirement des espaces et des temporalités est également évoqué par Félicie D’Estienne d’Orves (rencontrée au Fresnoy récemment) confrontant la flamme d’une bougie, et sa contemplation rêveuse, aux espaces incommensurables de l’astrophysique. Sa lumière vacillante révèle à nos yeux la diapositive d’une vue du satellite Hubble : près de trois mille galaxies lointaines embrasant plus de treize milliards d’années-lumière…

Un même voyage dans la mémoire de la matière se produit à travers l’échantillon d’un « Jardin d’Eden », ou jardin des origines, composé par Cécile Beau avec des espèces végétales qui n’ont pas évolué depuis l’ère géologique du jurassique, telle une forêt panchronique.

Enfin à l’image de l’ensemble des dispositifs, l’oeuvre de Cécile Beau mêle les temporalités et croise les échelles de différents milieux. Les technologies étendent nos projections de réalités imaginables et de mondes possibles. Grâce à leurs virtualités, peut-être nous relions- nous aussi, par leurs usages réinventés, à une forme de totalité, de sur-réalité.

Autour de l’exposition :
• Visite-atelier en famille : Météorologies avec Marie-Julie Bourgeois, mercredi 19 février 2020 à 15h
• Performance : Notre-Dame de France d’Alexis Guillier, jeudi 27 février 2020 à 19h
• Rencontre / apéro : avec Julie Crenn, jeudi 19 mars à 19h
• Atelier de céramique : Le chant de la terre avec Sophie Truant, samedi 30 novembre à 14h

INFOS PRATIQUES :
Pro Liturgia, ordinatrices du temps présent
une exposition collective au croisement des arts, des sciences et des technologies
Jusqu’au 29 mars 2020
l’Abbaye de Maubuisson
Avenue Richard de Tour
95310 Saint-Ouen-l’Aumône
https://www.valdoise.fr/

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