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Tout au long du mois de mars 2020, nous avons souhaité interroger une sélection de structures qui œuvrent pour palier aux problèmes d’invisibilité des femmes dans le secteur de la photographie. Si certain.es prennent conscience des inégalités, d’autres en ont fait leur cheval de bataille. Cette semaine, nous avons rencontré Kim Lan Nguyên Thi, Isabelle Gressier et Maud Veith, co-fondatrices de l’Association Femmes PHOTOgraphes pour une interview sans concession.

Lorsqu’en 2001, l’AFJ (Association des femmes journalistes) créé le Prix des femmes photojournalistes, elles lancent sans le savoir une véritable lutte contre le patriarcat du monde de la photographie. D’autres prix se sont ajoutés à celui-ci, visant à promouvoir les femmes photographes, et une petite poignée de festivals, comme celui de Béatrice Tupin avec « Les Femmes s’exposent » à Houlgate, cherchent à dissiper une invisibilité qui sévit dans ce secteur depuis de longues décennies…
Aujourd’hui, nous avons choisi de nous concentrer sur des collectifs et des associations se rassemblent et œuvrent au quotidien pour inverser la tendance. Des regroupements féministes complémentaires ayant des espoirs communs, mais avec parfois des visions et des méthodologies bien différentes.

Pour ce premier entretien, nous avons rencontré l’Association Femmes PHOTOgraphes, créée en 2016 par quatre artistes visuelles Kim Lan Nguyên Thi, Isabelle Gressier, Maud Veith et Noémi Aubry. Elles se sont rassemblées autour d’une problématique commune qu’est la difficulté à se montrer et à trouver des financement pour réaliser leur travaux. Si ces difficultés touchent tout le monde, on remarque que certain.es sont plus touché.es que d’autres : les artistes racisés, ceux·celles des minorités comme la communauté LGBT+… et bien entendu les femmes ! Ainsi, le rôle premier de cette structure est la diffusion des femmes artistes en éditant notamment une revue semestrielle.

« Notre but premier est d’être visibles et entendues ! Il y a une invisibilisation d’une partie d’une population qui fait de l’image, dont on ne voit pas le point de vue parce qu’il n’est pas diffusé et soutenu. L’idée de publier une revue est venue très vite, nous avions une envie de partage. Une édition est plus facilement partageable et donc plus efficace qu’une exposition collective. Cela offre un rapport plus intime à l’image ».

Une revue qu’elles espèrent mener jusqu’à son 18ème numéro, 18 comme le nombre de lettres qui composent le nom de leur Association. Tenir dans le temps, c’est également un vrai challenge, car les soutiens financiers sont difficiles à trouver. La revue parvient à exister cependant grâce à des subventions de la SAIF et d’Un monde par tous, et aux ventes qui permettent l’impression, la diffusion mais également de rémunérer symboliquement les droits d’autrices. Mais la question se pose sur la durabilité de ces actions dans le temps à moyen et long terme. Si ces dernière années, après le mouvement #metoo, le féminisme est à la mode, beaucoup se sont donné bonne conscience mais combien de temps cela va t-il durer ? Et surtout un tel positionnement n’est pas sans conséquence, car les femmes de l’association ont été confrontées à des attaques et au mépris sur leur positionnement.
En confrontant leurs expériences communes, elles se soutiennent. C’est ainsi qu’elles nous expliquent l’importance de se rassembler en sororité. Pour lutter mais aussi partager.
Alors que le huitième numéro se prépare pour paraître au printemps prochain, elles auront publié une cinquantaine de femmes photographes, dont une quinzaine venues de l’international.

En savoir plus : 
http://www.femmesphotographes.eu/

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