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Alors que le MAC VAL est fermé, il serait dommage de ne pas vous donner un aperçu de cette démarche en complète résonnance avec les enjeux que pose cette crise sans précédent. Titre emprunté à Paul Valéry “Le vent se lève, il faut tenter de vivre” est une exposition sous forme d’alerte qui réunit 80 œuvres de 52 artistes, toutes générations et pratiques confondues.

Alexia Fabre pour ce 10ème accrochage de la collection a repensé l’ensemble des espaces avec bGc Studio, créant une circulation tel un cheminement initiatique qui culmine avec l’œuvre de Clément Cogitore Braguino cette odyssée d’une communauté impossible, véritable dramaturgie pour penser l’autre.

Avant cela il faut traverser un certain nombre de paliers et vivre cette immersion du dedans. Quelle trace allons-nous laisser sur terre ? Quel rapport au monde nous habite ? Quel espoir pour mobiliser les consciences ?

Dès le départ l’œuvre de Philippe Malphettes cet Arbre en bois sous un soleil électrique, attirant et violent et la Matière noire d’Evariste Richer, 85 boules de bowling en équilibre, plantent le décor. Puis Ali Cheri dans la vidéo Somnilocus pose la question de l’objet archéologique dans les grands récits de l’histoire, tandis que Joana Hadjithomas et Khalil Joreige (prix Marcel Duchamp 2017) également libanais avec Time Capsules: Paris, College de France et Unconformities creusent les strates enfouies de nos civilisations. Benoit Maire avec Deux outils et son dispositif Unstable Weapons interroge les outils de mesure du savoir. De fines structures métalliques supportant des plateaux en marbre qui soutiennent à la verticale des plaques de verre encadrées, enserrant des outils de mesure qui, de loin, semblent flotter dans l’espace. Des outils figés, dans la matière invisible qui perdent leur fonction première. Jean Dubuffet et Tal Coat complètent ce plaidoyer en faveur des ressources infinies de la nature.

Une fois ce préliminaire posé, la majestueuse installation de Tatiana Trouvé Desire Lines que nous avions découverte à Gigantisme dans le vaste hall du Frac Dunkerque, ces 212 bobines en bois, chacune enroulée d’une corde de couleur différente, d’une longueur équivalente à celle d’un des 212 sentiers traversés. Généreux don de l’artiste, cette archive associée à la marche renvoie à l’acte de marcher comme geste artistique et contestataire. Puis une nature morte, un paysage suspendu est proposé par David Douard et Laurent Pernod qui aime explorer le potentiel entropique de la nature. Une vision sublimée d’un arbre figé et une archéologie de nos habitudes contemporaines. Agnès Varda avec La mer immense et la petite mer immense joue du statut de l’image et des premières photographies de Gustave Le Gray. « Je passais sur la plage et j’ai vu cette lueur qui tombait droit du ciel sur une petite partie lointaine de l’océan […]. J’ai déclenché une prise de vue, une seule. » déclare t-elle, recomposant inlassablement ce souvenir sonore de la vague se brisant sur le rivage. Charlotte Charbonnel et Hicham Berrada jouent les alchimistes. Acouskarstic est cette goute d’eau qui solidifie et qui sculpte, qui transforme et qui affecte, qui façonne le paysage dans un espace temps étiré.

Puis nous basculons dans ce qui ressemble à la grotte des origines dans une demi pénombre avec l’œuvre puissante d’Angelika Markul au titre prémonitoire Si les heures m’étaient comptées. Deux personnages en combinaison progressent au sein d’un espace énigmatique, envahi de formes minérales dont la transparence laisse passer la lumière des lampes frontales. On découvre alors à partir d’un indice sur le sac à dos qu’il s’agit de la mine de Naica, dans laquelle se situe « Kla grotte des cristauxK », localisée au nord du Mexique. Découverte en 2000, elle abrite des cristaux de sélénite pouvant atteindre onze mètres de long. En écho Virginie Yassef et Marion Verboom et Jean Tinguely pour dire ce lien entre naturel et artificiel. Après les rituels individuels ou collectifs (Lola Gonzalez, Enrique Ramirez, Charles Fréger), une époque à la technologique déshumanisée (Bianca Argimon et José Gamara), où les derniers archipels sous-marins disparaissent (Nicolas Floc’h) y a-t-il un encore un sursaut possible ?

C’est là toute la magie agissante de cette démarche non pas anxiogène mais consciente à découvrir sans plus attendre. L’œuvre de Morgane Tschiember (qui avait investit le musée en 2017) est une magistrale conclusion. “Swing” joue de notre perception entre incandescence et disparition programmée.

En parallèle le duo David Brognon et Stéphanie Rollin dans une approche très conceptuelle part de micro situations tendues entre cellules pénitentiaires, salles de shoot, confinement psychologique, pour donner une autre issue possible à de telles addictions. Un chemin de la rédemption qui croise le mythe de Sisyphe, l’euthanasie choisie, les déplacements d’une femme mise en liberté sous surveillance électronique. L’homme face à son destin, face aux ténèbres de sa conscience suivant ce cercle lumineux qui n’en finit pas de se déplacer. Il y a du Beckett, du Shakespeare et du Borges chez ces artistes de l’attente.

Exposition en partenariat avec le BPS22 Musée d’art de la Province de Hainaut, Belgique, le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris et la Mission culturelle du Luxembourg en France. Avec le concours du Fonds Culturel national Luxembourg. Avec le soutien de L’atelier de l’imaginaire.

Prochainement Bognon Rollin sera exposé au Centre Wallonie-Bruxelles à partir du 18 mars. En satellite à l’exposition que leur consacre le MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val de Marne à Vitry-sur-Seine, le Centre les convie à investir ses espaces.

INFOS PRATIQUES :
Brognon Rollin L’avant-dernière version de la réalité
Le vent se lève
À partir du 7 mars 2020
MAC/VAL
Place de la Libération
94200 Vitry sur Seine
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 à 18h
http://www.macval.fr/
En attendant la réouverture des expositions suite aux mesures sanitaires exceptionnelles, nous souhaitons continuer à soutenir les musées, les galeries en leur offrant une visibilité pendant cette difficile période.

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