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Carte blanche à la Part des Femmes : Des chiffres pour sortir des sensations et mesurer l’évolution

Temps de lecture : 2 minutes et 24 secondes

Pour leur première carte blanche, le collectif La Part des Femmes – que nous recevons cette semaine comme invité – revient sur la genèse de leurs actions : faire un état des lieux de la présence des femmes photographes dans les institutions et les manifestations : « Compter pour que les femmes comptent ! ». Cette fastidieuse tâche a démarré en 2014, et a démontré que l’invisibilisation des femmes était plus qu’une réalité. Depuis les chiffres augmentent, c’est une victoire encourageante pour le collectif !

Tout est parti d’un dîner entre photographes, entre femmes, début janvier 2014. L’une d’entre elles, Marie Docher, fait le constat que très peu de femmes sont exposées à la Maison Européenne de la Photographie. Les autres contestent. Le lendemain, elle ouvre le site de la MEP et le démonte entièrement : ligne artistique, partenariats, notices, discours… et démontre que ce sentiment était justifié. Elle va continuer ces comptages et voir des récurrences, des mécanismes apparaître comme par exemple la difficulté d’institutions et festivals à laisser les cimaises à une femme. On les retrouve donc souvent en couple avec un homme ou dans des expositions collectives.

La mesure précède l’action. Afin de mettre en lumière le manque de représentation des créatrices dans les expositions, les collections institutionnelles ou les festivals, il faut avant tout sortir des sensations, des croyances et savoir combien de femmes exposent et publient, comment l’argent public est investi et sur quels projets.

Compter pour que les femmes comptent ! En 2014 le résultat de ses analyses est édifiant. Il permet de révéler ce dont nous n’avons pas toujours conscience : la très faible représentation des femmes artistes alors qu’elles sont très nombreuses et que leurs contributions à l’histoire de l’art (beaucoup d’entre elles en ont été tout bonnement effacées) et à la création contemporaine sont d’une importance capitale. Il permet de révéler également la très faible représentation des photographes ayant des origines dans les anciennes colonies.

Comment prendre conscience de l’uniformité des artistes exposés ? Quelles sont les conséquences pour les artistes, les expositions, les institutions, les festivals, l’histoire et le marché de l’art, mais aussi sur nos regards et nos représentations ? Comment rompre avec ces biais culturels et insuffler une diversité de genre et d’origine, et par conséquent de créations et de points de vue ? Quelles sont les conditions de féminisation des mondes de l’art ?

Compter est une étape indispensable à l’analyse. C’est pourquoi cet outil fait partie de nos méthodes de réflexion et d’action enrichis par la recherche et les chercheuses membres du collectif. En démontant des mécanismes, des automatismes, nous rendons possible la prise de conscience.

C’est aussi un outil puissant et très visuel. Les chiffres marquent. Lorsque nous interpellons le directeur d’une fondation qui a un programme à 80/90 voire 100% masculin, ça percute immédiatement.

Les chiffres sont aussi un moyen de mesurer l’évolution. En septembre 2019, le Ministère de la Culture/DGCA a demandé à Marie Docher de mettre à jour et enrichir les chiffres qu’elle avait produits en 2014. Ils ont été présentés en novembre 2019 et présentés à Paris Photo et nous vous invitons vivement à regarder la captation qui est suivie d’un rendu d’étape de l’étude menée par Irène Jonas.

Vous constaterez des différences encore trop importantes : le revenu médian mensuel pour un homme est de 1400 euros contre 1000 euros pour une femme. L’évolution positive de la part des femmes dans les secteurs de la photographie en terme de visibilité a beaucoup évolué notamment dans la photographie émergente. Les aides des institutions comme le CNAP sont clairement volontaristes et soutiennent ou permettent l’émergence de nouvelles écritures plus diverses. Ce point permet de mesurer les chemins à parcourir et d’y prendre notre part.

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Débat : Femmes photographes, pourquoi tant d’invisibilisation ?
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