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Art & déconfinement : Jean Blaise, Le Voyage à Nantes continue !

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Jean Blaise a annoncé maintenir le VAN avec une modification des dates du 8 août au 27 septembre. Il revient sur l’impact de la crise sur le calendrier de production de certaines œuvres du parcours même si les œuvres du Voyage permanent rouvriront dès que la situation le permettra. Il insiste sur le nécessaire réengagement de l’Etat à l’heure même où des mesures spéciales pour la culture doivent être annoncées par le gouvernement.

Avec un budget de 30 millions € pour l’ensemble de la Société Publique Locale (Château des ducs de Bretagne, Machines de l’Ile, Nantes.Tourisme, parcours Estuaire et Voyage dans le Vignoble, Mémorial de l’abolition de l’esclavage, etc.), dont 13 de recettes propres, le VAN génère des retombées économiques très fortes en matière de tourisme et contribue à l’attractivité de la ville et métropole depuis presque 10 ans maintenant. L’un des temps forts, l’exposition « Automatic Revolution » à la Hab Galerie des artistes Martine Feipel et Jean Béchameil, initialement prévue en mars, ouvrira dès que possible.

Directeur depuis 2011 de la SPL Voyage à Nantes Jean Blaise n’a de cesse de réenchanter la ville. Son expertise s’exporte au-delà des frontières nantaises comme au Havre où il signait en 2019 sa 3ème saison artistique.

Le voyage à Nantes est maintenu, quels arbitrages vous ont permis de prendre cette décision ?

Quand nous avons dû cesser nos activités à la mi-mars nous en étions au stade final de toutes les études de réalisation des expositions et œuvres envisagées dans l’espace public, certaines nécessitant des socles ou des aménagements particuliers. Les entreprises qui devaient produire ces œuvres essentiellement pérennes ayant suspendu leurs activités, nous ne pouvions plus espérer avoir les œuvres dans les délais espérés. Nous avons alors échafaudé plusieurs scenarios possibles avec mon équipe, revus semaine après semaine en fonction des recommandations et contraintes imposées. Nous avons décidé au final de repousser la manifestation pour prendre le maximum de temps en assurant la réalisation des œuvres, avec de plus, le recul nécessaire sur la mise en place du déconfinement, et le retour des habitudes et des réflexes d’un public de nouveau confiant. Nous allons ouvrir le 8 août plutôt que le 4 juillet et nous prolongerons jusqu’au 27 septembre (30 août initialement prévu). Certaines œuvres vont pouvoir naître, d’autres seront reportées à l’année prochaine et remplacées cette année par des œuvres plus simples à réaliser. Il était important que dans ce contexte les artistes puissent travailler sereinement. Nous nous sommes adaptés pour que l’évènement ait lieu avec un parcours qui sera très proche de celui que nous avions envisagé au départ et suffisamment riche pour intéresser tout d’abord les nantais et aussi peut-être un tourisme que l’on envisage plus local, alors que ces 3 dernières années il était majoritairement européen et grand international.

Le VAN participe à l’attractivité de la ville de Nantes et sa métropole. En quoi les retombées économiques sur le tourisme seront-elles impactées par la crise et à quelle hauteur ?

Les conséquences seront importantes, le tourisme sera beaucoup moins présent que les années précédentes et il est à noter que depuis la création du Voyage à Nantes, le tourisme a complètement changé de visage à Nantes. Alors que les mois de juillet et août étaient traditionnellement les plus mauvais de l’année, aujourd’hui ils sont devenus -avec le mois de juin, les meilleurs. Un tourisme d’agrément s’est véritablement développé à Nantes grâce à la valorisation de l’offre culturelle de la ville, grâce au parcours du Voyage mais aussi à la rénovation du musée d’arts, du musée d’histoire..Cette offre culturelle forte a généré un tourisme quantifiable avec des retombées économiques très importantes, juillet août représentant 700 000 touristes et excursionnistes avec des retombées évaluées par des agences et l’INSEE de l’ordre de 65 millions € sur ces 2 mois. Ces retombées concernent tous les acteurs du tourisme : la restauration, les bars, les hôtels…
L’impact de la crise est d’ors et déjà un vrai problème pour ces acteurs même si nous maintenons le Voyage cette année sur une période réduite de 2 mois.

Chambres d’artistes, Le Voyage à Nantes et les hôteliers nantais s’associent pour créer une collection pérenne de chambres d’artistes : genèse du projet

Petit rappel de notre parti-prix : Nous avons essayé d’une certaine façon de faire interpréter la ville par les artistes mais aussi designers, graphistes… L’idée n’est pas de demander à des artistes de venir s’exposer dans la ville. Toutes les œuvres dans l’espace public sont des œuvres in situ.
Nous avons aussi eu l’idée de ces chambres d’artistes grâce aux rapports étroits que nous entretenons avec les acteurs du tourisme, dont le réseau des hôtels. Nous avons alors imaginé confier la réalisation de chambres à des artistes (13 à ce stade) et nous continuerons à le faire. De même que l’on a confié à des graphistes ou designers la réalisation d’enseignes pour les boutiques. La créativité, l’art, la création artistique s’introduisent alors dans les aménagements et les transformations de la ville, comme un virus pourrait dire, même si cette métaphore est mal venue en ce moment !

A l’heure du bilan, pensez-vous que notre comportement face à l’art en ressortira changé durablement avec des pouvoirs publics plus engagés ?

Coïncidence de cet interview le jour où le Président de la République et Premier Ministre prennent la parole sur un plan d’aide au monde de la culture. Le constat qui est fait aujourd’hui est que le Ministère de la culture a perdu du terrain ces 10 dernières années, les collectivités territoriales se sont mieux emparées de la création artistique, en ayant compris l’importance et l’impact. Toutes les grandes métropoles aujourd’hui misent sur leur offre culturelle au sens large du mot pour susciter de l’attractivité. Mais en même temps, on a perdu aussi une partie de cet élan, ces initiatives venues de l’Etat qui faisaient la réputation de la France à l’étranger, (Europe et international). Même si les collectivités territoriales se sont bien appropriées cette question, il est nécessaire que l’Etat revienne sur une politique digne de ce nom, avec des initiatives, de la créativité et nous avons eu des ministres créatifs !
Je pense que cette crise va inciter à repenser la culture et l’action culturelle en France même si parallèlement on entend le discours inverse au moment où l’on va subir une crise économique importante la culture, l’art, deviennent alors accessoires, en option ! On entend ce discours ambiant contre lequel il va falloir lutter et rappeler sans cesse que la culture est facteur d’attractivité donc d’économie.

En matière de solidarité pour les artistes sévèrement fragilisés, dont certains sont déjà en grande précarité, quelle a été la politique du VAN ?

Cette solidarité pour nous est évidente et notre politique a été de maintenir tous nos engagements, y compris ceux que l’on ne pouvait pas honorer immédiatement. Nous avions par exemple une exposition prévue avec Gilles Barbier que nous avons, avec son accord, reportée au printemps 2021. Notre volonté était d’être en capacité de pouvoir honorer nos contrats dès 2020 pour des expositions ou installations créées en 2021. Cette solidarité est aussi rendue possible par notre fonctionnement public avec des budgets de subvention importants : 30 millions € pour le VAN, avec 13 millions € de recettes propres, même s’il est à craindre que ces recettes propres soient amputées de presque 50% avec ces 6 mois de non activité. Mais pour beaucoup d’artistes qui dépendent du secteur privé et se retrouvent dans des situations de grande précarité, c’est à l’Etat de prendre le relais.

Quels seront vos réflexes premiers post confinement ?

Je pense que le déconfinement sera progressif aussi plus qu’un réflexe, j’aurai comme envie profonde de partir pour un grand voyage. Cela fait un moment que j’ai ce projet repoussé, non pas à cause du confinement mais de mon travail en France. Au-delà de l’Europe, découvrir des pays et découvrir la planète me manque. Une réaction est assez psychologique et circonstancielle !

INVOS PRATIQUES :
« Automatic Revolution » Martine Feipel et Jean Béchameil
HAB Galerie
Le Voyage à Nantes : le parcours
https://www.levoyageanantes.fr

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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