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Comme nous le confiait Isabelle Bertolotti, directrice du macLYON lors d’un précédent entretien (Isabelle Bertolotti, « Renforcer les artistes femmes dans la collection du MAC Lyon et soutenir l’émergence »), la présence des femmes dans les institutions culturelles dont le macLYON est encore très parcellaire et déséquilibrée ; c’est pourquoi le musée s’engage dans cette entreprise générale à travers ces expositions, aides à la production et acquisitions d’œuvres. D’horizons et de générations différentes, les artistes femmes convoquées entreprennent de déconstruire certains schémas dominants dans les sphères du pouvoir et de l’intime par le biais de la représentation des corps.

Dès l’entrée du macLYON, les silhouettes de sorcières d’Hélène Hulak, diplômée des Beaux-Arts de Lyon en 2018, sapent l’objectivation du désir par le male gaze à partir de techniques dites féminines comme le tricot (commissaire Matthieu Lelièvre). Ses toiles d’araignée ouvrent la scène à des amazones puissantes et libérées en regard de la démarche de l’artiste Mel Ramos qui interroge nos pulsions voyeuristes à travers le phénomène du trou de serrure. Ce panorama posé nous basculons dans l’art de l’évasion, « l’escapologie » de Christine Rebet (commissaire Marilou Laneuville) qui nous invite à une balade dans plusieurs de ses films d’animation que l’on est invité à découvrir dans des espaces créés pour l’occasion sous forme de petites cabanes. The Black Cabinet qui l’a fait connaitre, conçu pour Rendez-vous 07 à l’Ecole des Beaux-arts de Lyon rejoue dans une atmosphère victorienne une satire de la société oisive aristocratique de la fin du XIXème siècle. Produit pour l’exposition Otolithe se veut une ode aux chants traditionnels qui accompagnaient la pêche de la perle au Bahreïn, Koweit ou Qatar par des esclaves d’Afrique de l’est. Un artisanat aujourd’hui disparu.

Vues de l’exposition Christine Rebet Escapologie Photos Blaise Adilon

Christine Rebet , Dictator 2007

« Figures de cire » de Delphine Balley sous le commissariat d’Agnès Violeau à travers trois films, seize photographies et un nouveau travail sculptural met en scène les dysfonctionnements du théâtre social, dans une traversée à huis clos tout à fait spectaculaire bien que très intime. Comme si les objets chargés d’affects et de présence se voyaient pétrifiés sous notre regard. Rites de passage de l’enfance à la vieillesse, ces décors illusionnistes rendent compte du poids de la hiérarchie familiale et de son immobilisme.

Delphine Balley, L’enfant transparent les larmes de cire, 2020. Courtesy de l’artiste

Delphine Balley Figures de cire, Le Pays d’en haut 2013

Delphine Balley, Cérémonie, Le vase, 2021. De la série Figures de cire, 2020 Courtesy de l’artiste

Jasmina Cibic (commissaire Matthieu Lelièvre) questionne l’art en tant que soft power diplomatique à travers une scénographie immersive qui rejoue la participation de la Yougoslavie à la première Exposition universelle d’après- guerre, l’Expo 58 à Bruxelles. Tito choisit alors l’emblématique Ballet Le Mandarin merveilleux, censuré à sa sortie à Cologne en 1926 qui mettait en scène une prostituée chargée de séduire et de dépouiller un riche étranger. Une allégorie pour porter le message des pays « non-alignés » alors. Après ce décor, le film The Gift tourné dans des palais synonymes de pouvoir : Palais des Nations à Genève, siège du Parti communiste à Paris, Palais de la culture et de la science à Varsovie et maison du parti communiste bulgare sur le sommet de la Bouzloudja, simule une joute oratoire entre un architecte, un diplomate et un artiste autour des valeurs de liberté potentiellement véhiculées par l’une ou l’autre forme d’art.

Vues de l’exposition,Jasmina Cibic Stagecraft Photos Blaise Adilon

Last but not least avec un clin d’œil historique autour d’une grande figure féminine engagée, Marina Abramovic qui avec son compagnon Ulay sont invités par le macLYON en 1986 à montrer et achever le cycle de performances emblématiques Nightsea Crossing, réalisées dans le monde entier. Assis face à face en présence du public dans une pause immobile qui pouvait durer plusieurs jours, ils mettent à l’épreuve leurs limites physiques et mentales. L’œuvre est acquise par le musée. Quelques années plus tard et après leur séparation, les artistes souhaitent garder des enregistrements a posteriori de ces performances. Le macLYON et le Van Abbenmuseum d’Eindhoven coproduisent alors ce travail mémoriel qui entre dans leurs collections. Une œuvre visionnaire devenue essentielle autour des stéréotypes de genre, de sexe, de normalité sociale et culturelle.

©Marina Abramovic et Ulay, Nightsea Crossing, vue de l’exposition au macLYON, 1999. macLYON

Autant de bonnes raisons de profiter des vacances de fin d’années pour aller découvrir ces déclinaisons artistiques féminines remarquablement mises en scène dans ces multiples traversées du miroir.

INFOS PRATIQUES :

mer15sep(sep 15)11 h 00 min2022dim02jan(jan 2)18 h 00 minFigures de cireDelphine BalleymacLyon, 81 Quai Charles de Gaulle, 69006 LyonType d'événement:Exposition,Photographie


Crossover : Hélène Hulak x Mel Ramos
Delphine Balley, Figures de cire
Jasmina Cibic, Stagecraft
Christine Rebet, Escapologie
Marina Abramovic & Ulay
Jusqu’au 2 janvier 2022,
https://www.mac-lyon.com/

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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