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Pour sa première carte blanche, le Directeur artistique du festival « L’Image Satellite », Yowen Albizù-Devier a interrogé Laura Lafon, photographe et directrice artistique chez GAZE Magazine, une revue indépendante qui célèbre les regards féminins. Laura est chargée du choix des photographies et des illustrations de ce média bisannuel et dont le prochain numéro est prévu pour décembre ! Une revue à soutenir et à suivre assurément !

Est ce que tu peux me parler de la création du projet GAZE magazine ?
Gaze est la revue des regards féminins, un espace pour les histoires, idées, expériences et créations des femmes et personnes non-binaires. Depuis 2020 nous publions deux fois par an une revue papier, indépendante et bilingue qui raconte le monde à travers la diversité des regards féminins. Des récits intimes, du reportage en immersion et une tonne de photographie, elle est entièrement pensée et faite par des femmes et personnes non-binaires. Nos imaginaires ont si longtemps été forgés par la perspective masculine qu’ils ont un besoin brûlant d’alternatives !

Qu’y fais- tu ?
Je m’occupe de la direction artistique des images : photographies et illustrations. Le choix des photographies et des illustrations se fait selon deux modalités : la commande et l’achat d’images. Dans les deux cas, il est primordial pour nous que les images s’inscrivent dans l’identité visuelle que nous développons. La personne est également choisie pour son lien avec le sujet traité. La commande est une collaboration entre le magazine et l’artiste. Elle reçoit un brief qui explicite le sujet, et l’attente éditoriale et visuelle, ainsi que les détails techniques comme la date de rendu et le budget. Un échange via moodboard peut être mis en place selon les sujets. Pour certains articles nous procédons à de la recherche et de l’achat de photographies déjà existantes. Enfin, nous publions dans la section portfolio, 10 pages sur le travail de photographes qui racontent le monde à travers leur regard. Il ne s’agit pas uniquement de sujets liés aux femmes ou aux féminismes, c’est le point de vue qui est important pour nous : intégrer son regard intime dans l’approche d’un sujet.

Gaze 4 – Packshot

Qu’entendez vous par « regards féminin » ?
C’est une nouvelle façon d’appréhender et raconter le monde. Le regard féminin est un concept né en réaction au regard masculin, le male gaze que Laura Mulvey avait théorisé il y a déjà 50 ans en analysant la production cinématographique aux Etats-Unis. On en entend beaucoup parlé ces derniers temps mais le concept est parfois réduit au fait d’aborder des sujets à propos des femmes ou portés par des femmes. Pour nous c’est un véritable changement de paradigme : nous recherchons les points de vue, la subjectivité, les récits incarnés. Il est important pour nous de faire se côtoyer des signatures et des points de vue très différents les uns des autres : nous recherchons la diversité des personnes qui s’expriment dans nos pages. Notre journalisme se distingue par une approche incarnée des sujets : écrits à la première personne, par des personnes concernées.

Est ce que ça manquait dans le paysage ? si non, quels sont les autres magazines féministes ? (que vous aimez bien, pour élargir)
On aime prendre les sujets par le bout de l’intime : Gaze n’est pas une revue qui décortique les concepts féministes, ni un magazine de débat, plutôt une porte d’entrée sur le monde par l’intime. Ce n’est pas le lieu de l’idéologie mais de l’écoute, pour que puissent cohabiter une diversité de points de vue. C’est aussi une mise en pratique très concrète du féminisme puisque nous rémunérons toutes les contributrices avec qui nous travaillons, créant ainsi une économie de femmes qui soutiennent des femmes.

Gaze 4 – Packshot

Gaze 4 – Packshot

Quelle est la place de l’image dans la revue, et plus particulièrement de la photo ?
J’ai la chance de travailler avec une directrice de la publication, la journaliste Clarence Edgard-Rosa, extrêmement sensible et à l’écoute concernant l’image et le design graphique. Avec ma co-directrice artistique en charge du design Juliette Gabolde, nous avons développé une identité visuelle forte, où les images ont de la place et sortent d’une iconographie classique de presse. On peut s’amuser à piocher dans la mode ou la 3D pour réaliser des portraits, comme dans la rubrique Matrimoine, une interview croisée entre deux membres d’une même famille – comme l’article qui a fait le couverture du numéro 4, réalisée par Ines Segond-Chemaï. Ou bien commander à une artiste un reportage en lui demandant de faire exactement comme elle ferait pour son travail perso – comme Bérangère Fromont qui a photographié des couples de femmes âgées dans le numéro 2. Quant aux portfolios, je suis toujours en quête de nouveaux sujets originaux, qui n’aient pas été beaucoup publiés, qui prennent en compte ce point de vue incarné. Par exemple dans le numéro 3 nous consacrons 10 pages à Cammie Tolouie qui raconte son expérience de strip-teaseuse, et qui est un point de vue très rare : le fait que la travailleuse du sexe soit la créatrice des images. On voit les clients depuis son point de vue.

Est ce que la réception des lecteurs  à été bonne ?
La réception de la part des lectrices a été excellente ! On reçoit beaucoup de <3 nécessaire à la poursuite de notre travail, notamment sur les réseaux sociaux car notre instagram est aussi très travaillé, avec du contenu exclusif notamment réalisé par notre journaliste en alternance Mélissa Chidiac. Mais j’ai envie d’inviter les personnes à acheter le magazine ou à s’abonner, pour le lire. Instagram, en plus de régulièrement nous censurer, contribue à un système qui ne profite qu’à lui-même, où les contenus sont gratuits et éphémères ! Acheter le magazine c’est lire les articles en entier, avoir un objet que l’on a envie de garder et enfin contribuer à une économie de femmes qui soutiennent des femmes. On est distribuées dans une sélection de librairies disponibles sur notre site, et sinon le meilleur moyen reste de s’abonner : moins cher et directement dans votre boite aux lettres. Quant aux lecteurs, j’attends qu’il se manifestent tout autant et nous lisent ! Comment être un bon allié du féminisme ? Commencer par nous lire et nous acheter, encore une fois : ce ne sont pas des sujets qui ne vous concernent pas !

Est ce que vous avez des projets à venir ???
Mille ! On prépare une petite surprise pour le prochain numéro qui sortira le 3 décembre. On espère continuer à inonder vos rétines de regards féminins encore longtemps !

Pour les photographes, comment se faire connaitre ?
Envoyer un portfolio à laura@gaze-magazine.com en se présentant et en indiquant son domaine de prédilection (portrait, nature morte, mode…), ou en présentant une série personnelle qui pourrait entrer dans la section portfolio.
Pour les autrices on a détaillé tout ce qu’on attendait ici pour proposer un sujet. N’hésitez pas à nous écrire !

Merci Laura !

https://www.gaze-magazine.com/

A LIRE
Carte blanche à Sidonie Gaychet : Lancement du numéro 4 du Gaze Magazine, la revue des regards féminins

La Rédaction
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