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Belle actualité pour Clément Nouet qui outre l’ exposition majeure de John Armleder propose au MRAC Occitanie, une plongée dans l’univers dessiné du duo d’artistes Mrzyk & Moriceau et un accrochage des collections en regard avec un nouveau dépôt du Cnap. De plus il est invité par le Musée d’art moderne de Céret à composer un parcours, qu’il veut ouvert sur un large champ des possibles à partir d’une sélection de 40 artistes internationaux dont plusieurs ayant un lien avec le territoire. Son projet d’exposition avec le nouveau musée Narbo Via de Narbonne (signé Forster + Partners) voit enfin le jour autour d’un dialogue archéologie et art contemporain avec des artistes comme Laurent Le Deunff, Anne et Patrick Poirier, Vera Molnar, Sarah Tritz ou Fabrice Hyber. Clément Nouet a répondu à mes questions.

« Yakety Yak », vue de l’exposition de John Armleder au Mrac Occitanie, Sérignan, 2023. Photo : Aurélien Mole.

« Yakety Yak », vue de l’exposition de John Armleder au Mrac Occitanie, Sérignan, 2023. Photo : Aurélien Mole.

John Armleder : genèse du projet ?

John Armleder est une légende dans le monde de l’art. Il a traversé l’histoire de l’art depuis les années 50 et continue de marquer son histoire. Il avait toute sa place au Mrac, et il n’avait pas eu d’exposition en institution française depuis longtemps. Il m’a tout de suite répondu positivement avec la gentillesse qui le définit et nous avons conçu ensemble les contours de cette exposition. Nous présentons des œuvres historiques de 1984, jusqu’à des pièces produites spécialement pour le Mrac. L’artiste a produit trois nouvelles peintures dont une Puddle Painting (peintures en flaques) de 10 m de long et une nouvelle coulée de 6 m de long. Réalisées par déversement de matériaux hétérogènes à même la toile (peinture acrylique, vernis, liquides pour surfaces extérieures, mais également poudres, confettis, paillettes et petits objets décoratifs), ces peintures sont élaborées selon un mode doublement aléatoire : leur dépôt sur la surface à peindre n’est pas contrôlé par un geste de maîtrise artistique et leur mélange provoque un changement chimique de leurs propriétés originelles, tant sur le plan chromatique que physique. Cette technique picturale, permet à l’artiste de programmer une perte de contrôle, de déclencher des accidents et des éruptions inattendues, de convoquer le hasard.

« Yakety Yak », vue de l’exposition de John Armleder au Mrac Occitanie, Sérignan, 2023. Photo : Aurélien Mole.

« Yakety Yak », vue de l’exposition de John Armleder au Mrac Occitanie, Sérignan, 2023. Photo : Aurélien Mole.

Le titre « Yakety Yak » ?

Il s’agit d’une sorte de patois américain qui signifie « parler pour ne rien dire », traduisible par « bla bla bla ». Selon l’artiste, on a tendance à trop discourir sur l’art. Ce titre renvoie à l’idée selon laquelle les œuvres d’art n’ont pas besoin des artistes dans la mesure où l’art résulte d’un ensemble de circonstances qui « font » l’œuvre.

Les œuvres sont à vivre et expérimenter comme avec la dernière installation immersive Universal Disco Balls. Chaque œuvre est quasiment une installation en soi. Entre la performance de ses débuts, puis la série des Furnitures Sculptures ou encore la peinture de la fin des années 90 l’exposition présente un large volet de son travail. Sa pratique est véritablement polymorphe. Depuis 15 ans, John Armleder ressaisit l’exposition comme médium à part entière et joue sur la saturation de l’espace, l’effondrement des genres et un glissement entre l’art et le décoratif.
De plus, l’exposition s’accompagne d’une édition avec Sémiose sous la forme d’un fanzine de luxe, le 15ème numéro de la collection.

Masaki Nakayama, « Body scale, circle triangle square », 1977. Installation photographique. Photographie et acier 175 x 175 x 30 cm chaque. © Masaki Nakayama, courtesy galerie Christophe Gaillard, Paris et Yumiko Chiba Associates, Tokyo. Collection Mrac Occitanie, Sérignan / Constellations au musée d’art moderne de Céret

Mrzyk & Moriceau « Meilleurs Vœux de la Jamaïque »

Adepte du dessin le duo d’artistes Mrzyk & Moriceau propose une installation immersive dans laquelle se croisent dessins sur papier, céramiques, vidéos, wall-drawings mais aussi l’installation d’une centaine de paravents découpés et peints. Dans leurs dessins à la ligne claire tout mute et se transforme, le duo aime faire vaciller les normes et les usages, dévoiler la nature ambiguë des choses, toujours en essayant de diversifier les supports.

Retour sur l’exposition collective « Aoulioulé »

C’est une longue histoire. Quand j’ai pris la direction du musée en 2020, je savais que le projet de Sylvie Fanchon et Camila Oliveira Fairclough existait. J’ai alors contacté Sylvie et Camila afin de réaliser ce projet au Mrac. Nous avons eu de nombreux échanges et une importante collaboration afin de faire exister cette exposition. Un des nombreux points de départ de cette page d’écriture est la rencontre par Sylvie Fanchon de l’exposition « Matter, Grey » consacrée à Joseph Kosuth en 2006 à la galerie Almine Rech à Paris. L’installation rend hommage au maître du surréalisme belge René Magritte. La présentation des mots comme élément visuel sert une réflexion sur la dialectique et sa capacité à saisir le réel. Le wall painting de l’artiste britannique pose la question du rapport de l’image et du langage verbal au réel. Camila a apporté un autre regard sur les artistes sélectionnés et le duo a rendu une brillante exposition. Le titre « Aoulioulé » est inspiré d’une comptine milanaise que chantait la maman de Sylvie, composée d’onomatopées.
Les artistes par jeu ou par provocation se prêtent à différentes métamorphoses, perturbant nos sens et nous invitent à entrer dans un monde décalé. Soumises à distorsions, démultiplications, changements d’échelles sur différents supports, les propositions linguistiques et graphiques s’émancipent et nous racontent d’autres histoires ouvrant les portes sur un monde imaginaire et poétique.

Wildrid Almendra, « Wahiawa », 2004. Bois, carrelage, feutre et céramique, 105 x 230 x 110 cm. Collection du Mrac Occitanie, Sérignan. Crédit photo : Jean-Paul Planchon. Vestiges du Futur

Berdaguer et Pejus, série « Psychoarchitectures, Sans titre (Mickaël) », 2010. Stéréolithographie (frittage de poudre), 25 x 40 x 8 cm. Collection du Mrac Occitanie, Sérignan. Crédit photo : Jean-Paul Planchon. Vestiges du Futur

« Le Retour ». Nouvelle exposition des collections

Cette exposition est le fruit d’un nouvel épisode d’une longue complicité entre le Cnap et le Mrac. J’ai conçu cet accrochage avec Juliette Pollet, conservatrice au Cnap. Les 29 artistes réunis internationaux viennent ainsi dialoguer avec des œuvres de la collection du Mrac, récentes ou plus historiques. L’accrochage fait la part belle à différentes techniques : peinture, sculpture mais aussi et pour la première fois au musée, la céramique. Ce nouveau dépôt du Cnap nous permet de dynamiser notre présentation des collections. Le principe de l’association libre a guidé la façon dont les œuvres se répondent. Nous passons d’un moment jouissif à quelque chose de plus angoissant. Sous les surfaces séduisantes, tout devient dysfonctionnel.

Djamel Tatah, « Sans titre », 1993. Huile et cire sur toile et bois, 244 x 174,5 cm. © Adagp, Paris 2023 Crédit photo : Auriol-Gineste Collection les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse /Constellations au musée d’art moderne de Céret

« Constellations » au musée d’art moderne de Céret

Les œuvres réunies proviennent de trois collections : celles du Mrac et celles de deux Frac Occitanie, Montpellier et Toulouse. C’est une première. L’idée est de montrer le dynamisme de cette scène et la richesse de ce territoire en ce qui concerne la création contemporaine. Sur les 40 artistes internationaux réunis, plus de 10 vivent ou ont vécu en Occitanie. Un large champ des possibles est mis en avant. L’approche n’est pas thématique et l’exposition est faite de ruptures avant tout. Ruptures de styles, de méthodes et de pensée qui sont le reflet de la scène artistique actuelle. Une grande pluralité de médiums est convoquée : vidéo, peinture, sculpture, installation, dessin, illustrant l’éclectisme de l’art contemporain dans un musée d’art moderne. L’idée est de surprendre et donner envie au visiteur qui vient voir Picasso ou Chagall d’en savoir plus sur l’art contemporain. En termes de parcours, une narration se dégage plus que des thématiques.

« Vestiges du futur » au musée Narbo Via (Narbonne)

C’est un projet qui me tenait à cœur et n’avait pas encore pu se concrétiser. Il s’agit d’une rencontre entre deux collections d’œuvres celle du musée Narbo Via et celles du Mrac. Au total, 21 œuvres sont exposées dans l’espace des collections du musée Narbo Via, selon des affinités thématiques ou formelles, basées sur un contenu (le portrait, le voyage, le décor), ou sur une technique (la peinture, la sculpture, la céramique), proposant un nouveau regard sur les vestiges de la cité romaine de Narbo Martius, et interrogeant l’histoire de l’art par la citation, le détournement, la rupture ou encore le second degré.

INFOS PRATIQUES :
John Armleder  « Yakety Yak »
Mrzyk & Moriceau « Meilleurs Vœux de la Jamaïque »
Hors les murs :
« Constellations »
musée d’art moderne de Céret
Vestiges du futur »
musée Narbo Via (Narbonne)
https://mrac.laregion.fr/

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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