Cet automne, le musée des Arts décoratifs consacre une exposition inédite à Rafael Pavarotti, jeune photographe brésilien devenu en quelques années l’une des signatures les plus remarquées de la photographie de mode. Plus de 130 tirages racontent un univers flamboyant, théâtral et profondément politique, où la couleur devient mémoire, identité et puissance.

Akuol Deng et Naomi Apajok pour Balmain par Olivier Rousteing
Automne-hiver 2023 © Rafael Pavarotti

Une nouvelle voix de la photographie de mode

Il y a, dans les images de Rafael Pavarotti, quelque chose qui dépasse immédiatement la photographie de mode. Des couleurs saturées, des corps magnifiés, des silhouettes qui semblent surgir d’un théâtre baroque : son langage visuel frappe autant par sa beauté que par ce qu’il affirme.
Né en 1993 à Belém, dans l’État du Pará, au cœur de l’Amazonie brésilienne, Pavarotti découvre la photographie à seulement 12 ans, avec l’appareil de son père. Il photographie alors des plages et des bâtiments abandonnés. Quelques années plus tard, une vidéo du défilé Christian Dior signé John Galliano, consacré à l’Égypte ancienne, agit comme une révélation : à 16 ans, il choisit de se consacrer à la mode.
Son parcours le conduit de Rio à São Paulo, puis à Londres, avant son installation à Paris en 2025. En quelques années, il collabore avec les grandes maisons — Balenciaga, Balmain, Chanel, Dior ou Ferragamo — et publie dans Vogue, i-D, The New York Times ou W Magazine. Il photographie également certaines des figures les plus célèbres de la pop culture, de Rihanna à Beyoncé, en passant par Harry Styles, Madonna, Kate Moss et Bad Bunny.

Rihanna pour
Perfect Magazine
Issue 6.5, 2024
© Rafael Pavarotti

La couleur comme matière, mémoire et pouvoir

Chez Rafael Pavarotti, la couleur n’est jamais un simple effet esthétique. Elle constitue la matière même de l’image. Intense, presque physique, elle enveloppe les modèles et transforme les photographies en compositions où lumière, texture et corps dialoguent.
Cette fascination puise directement dans son histoire personnelle. Les femmes fortes de sa famille, les objets colorés de sa grand-mère, l’artisanat de son père et les paysages amazoniens ont nourri son imaginaire. « La couleur a toujours été plus que de simples pigments pour moi », explique le photographe, qui la décrit comme un ancêtre, un rythme, un esprit et une mémoire.
L’exposition met ainsi en lumière une esthétique immédiatement reconnaissable, mais aussi une vision du monde. Afro-autochtone brésilien, Pavarotti revendique une photographie tournée vers les générations futures et entend créer des images dans lesquelles chacun puisse se reconnaître, quelle que soit sa couleur de peau.

Anyier Anei pour Balmain par Olivier Rousteing
Automne-hiver 2023 © Rafael Pavarotti

Nyaueth Riam pour Bottega Veneta par Matthieu Blazy
British Vogue, septembre 2022 © Rafael Pavarotti

Représenter autrement les corps et les identités

Derrière l’exubérance des images se dessine une réflexion sur la représentation dans la mode. En donnant une visibilité nouvelle à des corps longtemps invisibilisés, le photographe confère à ses images une dimension sociale et politique.
Le parcours revient notamment sur la Une du British Vogue de 2022, publiée dans le numéro As the World Turns. Cette série met en avant une nouvelle génération de mannequins aux parcours et aux identités multiples, parmi lesquels Adut Akech et Anok Yai. L’exposition élargit cette réflexion en convoquant également des figures historiques comme Donyale Luna, Beverly Johnson et Naomi Campbell.
Chez Pavarotti, les femmes apparaissent souvent comme des impératrices, des déesses, des reines ou des guerrières. Elles occupent l’espace, regardent, imposent leur présence. La mise en scène devient alors une manière de célébrer des figures féminines fortes, libres et visibles, pleinement conscientes de leur pouvoir politique, social et de séduction.

Jeremiah Berko Fordjour pour Dior
Printemps-été 2021 En collaboration avec Amoako Boafo
© Rafael Pavarotti

Sheila Bawar pour Harvy Santos et Roger Vivier
Perfect Magazine, août 2025 © Rafael Pavarott

De l’Amazonie à l’avenir de la planète

Le parcours ne s’arrête pas à la mode. Dans sa dernière partie, l’exposition revient vers l’Amazonie natale du photographe et vers son engagement en faveur de la nature.
Cette dimension donne une autre profondeur à son travail : après avoir interrogé les représentations des corps, des identités et de la beauté, Rafael Pavarotti élargit son regard aux relations humaines et à l’avenir de la planète. La photographie devient alors un outil de transmission, notamment destiné aux générations futures.
Avec cette première exposition consacrée à son œuvre au musée des Arts décoratifs, Rafael Pavarotti apparaît ainsi comme bien davantage qu’un photographe de mode. Ses images flamboyantes portent une vision : celle d’un monde où la couleur est mémoire, où la représentation devient politique et où la beauté peut aussi être une manière de reprendre le pouvoir sur son propre récit.

INFORMATIONS PRATIQUES

mer23sep(sep 23)11 h i min2027dim07fev(fev 7)18 h i minRafael Pavarotti, photographeMusée des Arts décoratifs, 107 rue de Rivoli, 75001 Paris 0 Ajouter à ma wishlist

Alix Decreux
Diplômée d’un master Lettres & Humanités – Écritures et médias à la Sorbonne Nouvelle, Alix Decreux est rédactrice culturelle depuis l'obtention de son baccalauréat. Forte d'expériences en rédaction, communication et relations presse, elle est aujourd'hui pigiste pour plusieurs médias et écrit sur l’art et les pratiques culturelles contemporaines.

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