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2020 – A Viral Odyssey, archéologie d’un monde déserté par Isabelle Rozenbaum

Cette semaine, nous vous invitons à découvrir 2020 – A Viral Odyssey, une série de l’artiste photographe et vidéaste, Isabelle Rozenbaum. À partir d’images issues de systèmes de vidéosurveillance à travers le monde, l’artiste révèle des villes soudain figées par le confinement de la pandémie de Covid-19. Détournant un outil de contrôle en matière artistique, elle transforme ces flux anonymes en un acte de mémoire, offrant une lecture sensible et critique d’un monde déserté, marqué par l’enfermement, la sidération collective et la nécessité de repenser notre manière de voir.
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2020 – A Viral Odyssey

En janvier 2020, un commanditaire m’a sollicitée pour une mission particulière. À la tête d’une importante société de sécurité sous contrat avec des villes et capitales à travers le monde, il souhaitait mettre en valeur la puissance de son système de vidéosurveillance : performance technologique, finesse de captation, précision des détails, fiabilité globale du dispositif. Mais alors que nous étions encore en train de finaliser cette commande, est survenu le confinement, et avec lui l’arrêt brutal de toute activité provoqué par le surgissement de la Covid-19. Malgré la sidération collective, le centre opérationnel de la société continuait de fonctionner sans interruption, poursuivant sa mission de surveillance. Il a donc été décidé que je mènerais cette commande à son terme.

Grâce à une connexion sécurisée et partagée, j’ai ainsi plongé dans des milliers d’images issues de caméras réparties dans le monde entier : villes fantômes, rues dépeuplées, territoires soudain mis à nu. Une fois la commande honorée et le résultat remis au commanditaire – mise en valeur de son système de vidéosurveillance – celui-ci m’a autorisée à extraire et à interpréter, à partir de ces « archives » – véritable archéologie filmée d’un monde déserté – le matériau nécessaire à la constitution d’une série photographique plus personnelle.

L’enjeu de ce projet, intitulé 2020 – A Viral Odyssey, a d’abord été pour moi de dépasser mes propres peurs, engendrées, comme pour la majorité des populations, par l’enfermement à domicile. Ensuite, il a été nécessaire de révéler ces images issues d’appareils d’enregistrement autrement : non plus comme un simple flux de surveillance, mais comme une ressource d’intelligibilité et de conscience, permettant d’appréhender une situation que nous vivions sans parvenir à la concevoir. Je dois avouer que la découverte d’images de surveillance montrant certaines des villes et capitales parmi les plus peuplées du monde, soudain vidées de toute présence humaine du fait des restrictions massives, a constitué pour moi un véritable choc. En créant cette série, j’ai voulu faire acte de mémoire de cette étrange guerre – une guerre d’un nouveau genre, une guerre sans nom.

À partir des images initialement sélectionnées pour le commanditaire, j’ai conservé pour cette série personnelle celles représentant des capitales pittoresques ou réputées pour leur surtourisme, devenues méconnaissables en raison de l’absence totale d’activité et de circulation. En visualisant ces images sur mon écran, je les ai photographiées une à une, afin de faire ressortir de manière significative la texture microstructurée et ses effets parasites de moiré de l’écran lui-même. Je les ai ensuite assemblées selon les différents fuseaux horaires, de manière à refléter une « constellation » géographique et temporelle à l’échelle d’une même journée : par exemple entre les neuf villes de Sydney, Buenos Aires, Jinshanling, Ahmedabad, New Delhi, Wuhan, Shanghai, Beijing et Kuta ; ou encore Venice, Bangkok, London, Madrid, Turin, Athens, Paris et Beirut ; ou bien Munich, Paris, Rome et London. Au fil de ce travail, j’ai finalisé vingt-quatre montages dans lesquels apparaît un monde exempt d’agitation humaine, mais qui, de manière troublante et paradoxale, se trouve « colonisé » par des animaux de toute nature. Le défi de 2020 – A Viral Odyssey est de montrer que l’acte photographique, loin d’être un simple enregistrement, possède une force de révélation capable de déjouer la banalité du flux et, ce faisant, de dépasser son époque. Voir devient alors un acte critique, rappelant qu’aucune image ne peut être comprise indépendamment du contexte qui la produit. La vingt-cinquième image – inspirée des techniques subliminales du cinéma – condense cette tension : elle agit en profondeur, déplaçant imperceptiblement notre lecture de l’ensemble.

Depuis, cinq années ont passé. Elles semblent avoir été nécessaires pour que le regardeur mesure pleinement la portée de cette série, unique en son genre. Il y a déjà près d’un siècle, dans La Catacombe de Molussie, le philosophe Günther Anders écrivait : « Nous ne voyons pas les choses, mais les fonctions. Toutefois, nous ne voyons pas non plus avec les yeux, mais avec les opinions – celles que d’autres nous donnent pour que nous voyions comme ils veulent que nous voyions. Ces opinions sont le pouvoir, donc la réalité. Et comme ce sont d’abord elles qui décident comment nous voyons, elles sont elles-mêmes invisibles. »

Isabelle Rozenbaum est photographe et vidéaste. Ses œuvres explorent l’intime, l’univers onirique et les dystopies contemporaines à travers quatre projets au long cours comprenant Image manquante comme nouveau territoire de la conscience, État de Veille comme nouveau territoire de l’obscène (dont la série : 2020 – A Viral Odyssey), Sleeping Works comme nouveau territoire du rêve, ainsi que Ma vie, Mon œuvre comme nouveau territoire de la biofiction. Elle coanime la plateforme collaborative de création et de critique D-Fiction.

https://www.rozenbaum.com
https://www.instagram.com/antoine_schoenfeld
https://www.linkedin.com/in/antoine-schoenfeld-%F0%9F%93%B7-137ba736/

La série est à découvrir jusqu’au 31 janvier à la Médiathèque de Vélizy-Villacoublay (78)
INFORMATIONS PRATIQUES

mar13janToute la journéesam31Antoine SchoenfeldDépartementalesMédiathèque de Vélizy-Villacoublay, 3 Pl. Bernard Dautier, 78140 Vélizy-Villacoublay


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• Une série composée de 10 à 20 images. Vos fichiers doivent être en 72DPI au format JPG avec une taille de 2000 pixels dans la plus grande partie de l’image ;
• Des légendes (s’il y a) ;
• Un texte de présentation de votre série (pas de format maximum ou minimum) ;
• Une courte biographie avec les coordonnées que vous souhaitez rendre public (site web, email, réseaux sociaux…)

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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