L'InterviewPhoto

Les agences photo, une résistance française
modds, une agence à taille humaine

Nous finalisons notre exploration des agences photographiques. De l’âge d’or du photojournalisme à l’apparition de l’intelligence artificielle générative, en passant par l’arrivée du numérique, comment ces structures ont-elles fait face aux différentes crises qui ont jalonné leur histoire ? Après Magnum Photos, Sipa Press, VU’ nous avons rencontré Marie Delcroix et Olivia Delhostal, les deux co-fondatrices de modds, une agence de photographes portraitistes.

Marie Delcroix et Olivia Delhostal se sont rencontrées en 2000 chez Corbis Outline, agence américaine haut de gamme spécialisée dans les portraits de célébrités, alors propriété de Bill Gates. Ensemble, elles ont produit avec des photographes français des séries de portraits de personnalités françaises et internationales à Paris. Très vite, les images, qualifiées par les Américains de « style français et d’images dépressives », connaissent un succès de diffusion et génèrent des revenus importants, pourtant 10 ans plus tard, Corbis décide de fermer le département, c’est ce qui a décidé Marie et Olivia de poursuivre seules. En 2011, avec les photographes et le soutien de la presse, avec laquelle elles collaboraient, elles créent modds, une agence à taille humaine spécialisée dans les portraits de célébrités et de personnalités pour la presse. Une agence née de la conviction que la photographie française mérite d’être diffusée et défendue pour rayonner à l’international.

Nous sommes à un moment charnière. Pour l’heure, être présentes dans la presse et assurer la diffusion de nos archives restent une vocation : c’est ce qui permet à nos photographes de rayonner en France comme à l’étranger. Il faut être indépendants, autonomes, forts et fiers de notre culture. – modds

Marie Delcroix et Olivia Delhostal © Jérôme Bonnet

« Suite à notre départ, de grandes agences américaines nous ont proposé de nous diffuser, preuve qu’ils reconnaissaient la valeur de notre travail et de nos photographes. Nous avons décliné, souhaitant préserver notre liberté. Petit à petit, nous nous sommes aperçues que les frontières entre la presse, la publicité et l’art devaient disparaître. Le choix des photographes se portait spontanément sur des artistes sensibles, aux univers affirmés, tous avaient en commun la pratique du portrait. À l’ère de l’intelligence artificielle générative, nous pensons que c’est notre singularité qui constitue notre force : nous avons choisi de représenter certains de ces regards uniques, ancrés dans le réel. Au départ, notre activité reposait essentiellement sur la vente à la presse internationale. Depuis, le marché a évolué et s’est complexifié : modds est une agence premium, éloignée du stock générique, et certains marchés sont devenus inaccessibles pour des raisons géopolitiques. L’activité de portrait étant très transversale, elle ne se limite pas à la diffusion dans la presse, bien que celle-ci reste majoritaire. »

Une aventure humaine

La collaboration que les deux fondatrices entretiennent avec leurs photographes est particulièrement étroite : au-delà de leur rôle de diffuseur, elles jouent depuis l’origine un rôle de mécène, finançant expositions et ouvrages, accompagnant leurs auteurs sur le long terme.

« À la création de modds, la diffusion de photographies à la presse était la principale activité de l’agence. Quinze ans plus tard, ce n’est plus le cas : notre activité s’est élargie au corporate (portraits de dirigeants, reportages institutionnels, cartes blanches, communication des entreprises). Pour les commandes presse, nous ne prenons aucune commission, cela est assez atypique, la plupart des autres agences appliquent une commission, en revanche, nous diffusons les images après publication. La revente des images assure aux photographes des revenus réguliers et participe à leur rayonnement : quand un photographe fait la couverture d’un magazine, cela le remet sur le devant de la scène. »

Des combattantes face à l’adversité

« modds s’est construite avec ardeur, passion et amour pour la photographie. Nous avons à cœur de mettre en avant nos auteurs. Nous ne percevons aucune aide et nous ne sommes que deux : c’est vraiment de l’artisanat. Notre modèle économique a beaucoup évolué depuis nos débuts. Face aux crises, nous nous adaptons et cherchons de nouveaux supports et secteurs, nous nous reinventons, dernièrement, nous avons lancé modds Collection, qui propose des tirages à la vente. Avec 100 000 images d’archives, la collection modds est un véritable trésor. Nous sommes à un moment charnière. Pour l’heure, être présentes dans la presse et assurer la diffusion de nos archives restent une vocation : c’est ce qui permet à nos photographes de rayonner en France comme à l’étranger. Il faut être indépendants, autonomes, forts et fiers de notre culture. »

> À relire… Entretien avec Marine Merindol, directrice des opérations de Magnum Photos
> À relire… Entretien avec Mete Zihnioglu, directeur Sipa Press
> À relire… Entretien avec Patricia, agence VU’

https://www.modds.fr/
https://moddscollection.fr/

Article publié dans le numéro #391 de juin du magazine Réponses Photo

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

You may also like

En voir plus dans L'Interview