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Les agences photo, une résistance française
Magnum Photos, une pionnière

Depuis la création des premières agences photographiques au tout début du siècle dernier, ces structures de production et de diffusion n’ont eu de cesse de s’adapter aux (r)évolutions du métier et, plus largement, aux transformations de nos sociétés. De l’âge d’or du photojournalisme à l’apparition de l’intelligence artificielle générative, en passant par l’arrivée du numérique, comment ces agences ont-elles fait face aux différentes crises qui ont jalonné leur histoire ? Découvrez notre première rencontre avec Marine Merindol, directrice des opérations de Magnum Photos.

Au milieu des années 1940, les photographes distribués en agences perdaient la propriété de leurs images et n’avaient pas droit de regard sur leur utilisation. Pour pallier cette situation, Magnum Photos, première agence appartenant à ses photographes est créée en 1947.
Marine Merindol arrive chez Magnum Photos en 2008, aujourd’hui, elle occupe le poste de directrice des opérations. Elle revient sur le modèle économique initial de l’agence, ainsi que sur les évolutions et adaptations face aux mutations du métier au cours de ces huit dernières décennies.

Portrait de Marine Merindol © Cristina de Middel / Magnum Photos

Un modèle qui se réinvente

« Si l’activité principale de départ est uniquement la presse avec l’âge d’or du photojournalisme, dès 1955, l’agence organise sa première exposition, « Magnum First », qui inaugure le département culturel. Par la suite se développent des projets collectifs. C’est la force de Magnum que de créer, comme l’appelait Henri Cartier-Bresson, « cette communauté de pensée ». Dans les années 80 se développe la partie corporate, ce sont alors les rapports annuels d’entreprises. En 2000, on passe à l’ère numérique, et Magnum démontre sa capacité à se réinventer. L’arrivée de nouveaux photographes avec des écritures singulières, comme Martin Parr marque un tournant. On ne se situe plus dans la photographie humaniste traditionnelle, de nouveaux champs s’ouvrent, qui laisseront la place à des photographes comme Alec Soth. Dans cette ère numérique, il faut se défendre et résister. Cela nous amène, dans les années 2010, à développer la vente en ligne de tirages petit format : les Square Print Sales. Le déclin de la presse nous a forcés à trouver de nouveaux revenus, mais la volonté d’évoluer et de se réinventer existait déjà bien avant. »

La crise de la presse, conjuguée à l’arrivée des microstocks et des grandes agences au forfait, a impacté toutes les agences. Magnum n’est pas épargnée : la perte de revenus sur ces 20 dernières années dépasse les 50 % dans l’activité éditoriale. Le développement d’autres modèles économiques a permis à l’agence de faire face, bien que difficilement, à ces pertes financières.

« L’arrivée de ces offres à bas prix a été très brutale, mais je ne crois pas que nous soyons en réelle compétition avec Getty Images. Magnum reste unique : nous avons la capacité de mener des projets collectifs, d’organiser des expositions, livres, workshops, et de produire des commandes, qu’elles soient éditoriales ou commerciales. Nous ne serons jamais une machine comme Getty. Ceux qui viennent chez nous cherchent une histoire, un regard, bien plus qu’une simple image. »

Le trésor des archives

Les archives sont le trésor de chaque agence. Celui de Magnum compte plus de 2,2 millions d’images (hors archives physiques), un fonds considérable à préserver et à faire vivre. Des projets éditoriaux sont menés dans ce sens, comme l’exposition « World in Color », qui a permis de redécouvrir et de faire revivre des archives jusqu’alors dormantes.

« La richesse des archives, c’est le cœur de Magnum. Nous devons continuer à les faire vivre, tandis que de nouveaux photographes rejoignent l’agence. Les images de Robert Capa et Werner Bischof passent dans le domaine public, leurs décès étant survenus il y a plus de 70 ans, mais Magnum continuera de les représenter, car nous en conservons la connaissance et l’histoire. Pouvoir utiliser une image est une chose ; pouvoir en faire un livre ou une exposition, portés par une vérité et une histoire, en est une autre. »

Développement vers l’éducation

En près de 80 ans, les activités économiques liées à la presse ont cédé leur place au culturel. C’est aussi l’une des préoccupations de l’agence, dont le statut d’agence de presse est remis en question chaque année lors de la commission paritaire des publications et agences de presse, une instance composée à parité de représentants de l’Etat et de professionnels de la presse. Une inquiétude latente, qui ne freine pas pour autant les nouveaux développements de l’agence, notamment ceux liés à la transmission.

« Il était nécessaire de développer de nouvelles activités corporate, en allant vers le commercial, ce qui n’est pas forcément au goût de tout le monde. Je pense à Cartier-Bresson, qui estimait que travailler pour une marque revenait à vendre son âme. Mais l’arrivée de photographes comme Martin Parr a complètement démocratisé ce secteur. Si les marques viennent nous voir, c’est parce qu’elles ont une vision d’un photographe sur leur histoire et sur leurs valeurs. Aujourd’hui, c’est une part importante de notre activité économique.
Il y a aussi toute la partie éducative, avec les workshops, qui prend une place croissante. Ce département évolue sous le nom de Magnum Learn, et se déploie dans le monde entier. Nous lançons pour nos 80 ans notre premier programme de workshop annuel : le Magnum Learn Lab pour être au cœur de l’action et apporter un soutien aux générations futures.
Il est essentiel de comprendre que ces différents secteurs d’activité fonctionnent ensemble, je ne crois pas que l’un puisse exister sans les autres. L’éditorial est au cœur de ce que nous sommes et de ce que nous produisons. C’est lui qui nous permet de développer nos projets culturels, éducatifs et commerciaux. »

Marine nous confie qu’il reste très difficile de maintenir une telle structure face aux nombreuses évolutions des marchés et des technologies. « Ce qui pourrait vraiment aider nos agences photo, ce serait un soutien à la création de la part des pouvoirs publics, afin de pallier la baisse éditoriale et d’aider les photographes à produire. »

> À suivre… Entretien avec Mete Zihnioglu, Sipa Press, l’agence tous risques

https://www.magnumphotos.com/

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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