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Les agences photo, une résistance française
VU’, une vision d’auteur

Nous poursuivons notre exploration des agences photographiques. De l’âge d’or du photojournalisme à l’apparition de l’intelligence artificielle générative, en passant par l’arrivée du numérique, comment ces structures ont-elles fait face aux différentes crises qui ont jalonné leur histoire ? Après Magnum Photos et Sipa Press, nous avons rencontré Patricia Morvan, ancienne codirectrice et responsable des projets culturels de l’agence VU’, juste avant qu’elle ne fasse valoir son droit à la retraite.

Cette année, l’agence VU’ célèbre son 40e anniversaire. C’est Christian Caujolle et Zina Rouabah qui la fondent, avec le journal Libération comme principal actionnaire. Un peu plus de dix ans après sa création, l’agence est cédée au groupe Abvent (éditeur de logiciels d’architecture et de design), dirigé par Xavier Soule. Elle a cette particularité de réunir des photojournalistes et des photographes auteurs. Pour pallier les pertes de revenus, et malgré le soutien solide du groupe Abvent, les équipes ont mis en œuvre des solutions et développé de nouvelles activités. La situation reste fragile, comme nous l’explique Patricia Morvan, ancienne codirectrice de l’agence et ancienne responsable des projets culturels, qui a rejoint la structure en 1992 et qui vient tout juste de faire valoir se droit à la retraite.

« Pour sauver les agences, on a besoin d’un certain protectionnisme, il faut faire travailler les photographes qui vivent sur le territoire. La France est championne pour faire travailler des photographes étrangers. Ce qui ne serait pas un problème si ça ne se faisait pas au dépend des photographes du territoire. Ce que l’on sait c’est que le modèle qu’on a connu ne fonctionne plus. On ne peut pas éternellement se partager les parts d’un gâteau qui devient de plus en plus petit. » – Patricia Morvan

Portrait de Patricia Morvan

« À mon arrivée, la presse est la partie la plus rémunératrice de l’agence : elle constituait un peu plus de 50 % du chiffre d’affaires, le reste se partageant entre le corporate et le culturel. Lors du rachat de VU’ par Abvent, nous avons déménagé boulevard Henri-IV (Paris 4e), avec la création de la galerie. Elle a tout de suite rencontré un très beau succès, nous avons eu la chance de connaître cette ascension fulgurante, qui a permis à l’agence de faire face à l’arrivée du numérique.
Entre 1998 et 2008, nous avons eu de très belles années. C’est à partir de 2010 qu’un vrai changement s’est opéré : un déclin qui touchait aussi bien l’agence que la galerie. Nous enregistrions une baisse importante des commandes. La situation de VU’ a toujours été un peu particulière, car les baisses de chiffre d’affaires étaient en quelque sorte absorbées par Abvent. VU’ était déficitaire, mais cela ne mettait pas vraiment la structure en danger. Aujourd’hui c’est différent, Xavier Soule a vendu Abvent. »

Développement de nouvelles activités

Face à ces crises successives, de nouvelles activités ont été mises en place au sein de l’agence et de la galerie. C’est ainsi qu’est née VU’ Éducation, un pôle de formation dédié aux photographes.

« Nous avons commencé à organiser des workshops au tout début des années 2010, cette activité a commencé à connaître du succès et le département s’est développé au point de devenir le deuxième chiffre d’affaires de l’agence après le corporate. Cette activité est aujourd’hui en difficulté suite à la baisse du plafond de financement des fonds de formation professionnelle, beaucoup ont déjà dépassé leur quota et ne peuvent plus faire un stage. Comme beaucoup d’autres, nous avons dû annuler des stages.
La presse qui était au départ majoritaire économiquement parlant a nettement reculé. Cela s’explique par une baisse des commandes. En 2025, pour le chiffre d’affaires en presse 28% sont des commandes et 65% pour la vente d’archives. Il y a cinq ans, les commandes étaient à 72%. Ca s’est complètement inversée. »

Malgré la mise en place de nouvelles stratégies, les différentes activités économiques sont en baisse avec une visibilité réduite sur l’avenir.

Un modèle à bout de souffle

« Je pense que pour sauver les agences, on a besoin d’un certain protectionnisme, il faut faire travailler les photographes qui vivent sur le territoire. La France est championne pour faire travailler des photographes étrangers. Ce qui ne serait pas un problème si ça ne se faisait pas au dépend des photographes du territoire. La valorisation d’un photographe, passe par le fait qu’il soit reconnu par l’institution culturelle pour lui donner accès à des commandes, c’est particulièrement important dans le domaine du luxe. Évidemment il y a la chute des prix, l’augmentation de la concurrence, et avec l’arrivée de l’intelligence artificielle générative, cela ne présage rien de bon. Ce que l’on sait c’est que le modèle qu’on a connu ne fonctionne plus. Le seul levier pour l’agence serait d’augmenter notre commission, mais c’est impossible car les photographe ont déjà le couteau sous la gorge. On ne peut pas éternellement se partager les parts d’un gâteau qui devient de plus en plus petit. »

> À relire… Entretien avec Marine Merindol, directrice des opérations de Magnum Photos
> À relire… Entretien avec Mete Zihnioglu, directeur Sipa Press
> À suivre… Entretien avec Olivia Delhostal et Marie Delcroix, cofondatrices de Modds.

https://agencevu.com/

À LA GALERIE VU’

jeu10sep14 h i minsam10oct18 h i minMP#06 - Exposition du Mentorat Photographique du Fonds Régnier pour la Création avec l’Agence VU’Exposition collectiveGalerie VU', 60 Av. de Saxe, 75015 Paris 0 Ajouter à ma wishlist

ven30oct(oct 30)14 h i minsam28nov(nov 28)18 h i minPark Chan-wookQuand l’horloger immobilise le tempsGalerie VU', 60 Av. de Saxe, 75015 Paris 0 Ajouter à ma wishlist

Article publié dans le numéro #391 de juin du magazine Réponses Photo

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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