EvénementsL'InterviewPhoto

Salon de l’image fixe et animée. Entretien avec Marianne Chandernagor

À la veille de célébrer son vingtième anniversaire, le Salon de la Photo évolue, il faudra désormais aussi compter sur la vidéo, une pratique qui s’est fortement développée ces dernières années. Un nouveau nom « Salon Photo & Vidéo » et un nouveau logo. Une évolution qui se poursuit après le déménagement de la manifestation, en 2022, à la Grande Halle de la Villette. Pour décrypter cette transformation de l’un des principaux salons européens dédiés à l’image, entretien avec la directrice, Marianne Chandernagor.

Expositions © Salon Photo & Vidéo

Ericka Weidmann : L’événement devient « Salon Photo & Vidéo ». Qu’est-ce qui vous a poussé à ce changement de nom ?

Marianne Chandernagor : Ce changement est le fruit d’une longue réflexion. Nous y pensions déjà lors de notre arrivée à la Villette : nous avions la volonté de porter un événement qui traite de l’image dans son ensemble. Notre première mission a été de développer la dimension culturelle afin de ne pas nous limiter au matériel. Le salon réunit aujourd’hui une dizaine d’expositions et bénéficie du soutien du ministère de la Culture.
S’intéresser à l’image dans son ensemble, c’est aussi s’intéresser aux différentes pratiques. Cela fait plusieurs années que nous constations que le matériel commercialisé, tout comme la pratique des utilisateurs, s’orientaient de plus en plus vers la vidéo. Les chiffres sont éloquents : environ 85 % des appareils photo numériques permettent de faire de la vidéo, et une grande partie du marché est aujourd’hui dominée par des produits hybrides photo et vidéo.
C’est véritablement l’évolution des usages qui nous a poussés à changer de nom. Nous avons mené une enquête auprès de photographes professionnels et amateurs afin de mesurer leur intérêt pour la vidéo. Les résultats ont montré qu’un tiers des photographes professionnels pratiquaient la vidéo. D’autres études internationales confirment cette tendance, certaines indiquent même que 54 % des photographes professionnels y ont recours dans leur activité. Cette évolution se retrouve également chez les amateurs.
Concernant nos visiteurs, un sur cinq pratique la vidéo en parallèle de la photographie. Cette décision a été validée par le syndicat propriétaire de l’événement, qui regroupe l’ensemble des fabricants d’appareils photo : tous ont confirmé l’intérêt, voire la nécessité, d’afficher clairement un positionnement photo et vidéo.

Ce sont donc l’ensemble de ces éléments qui nous ont conduits à franchir le pas. Je tiens toutefois à rassurer les visiteurs : nous ne devenons pas un salon dédié à la vidéo. Cela reste un salon centré sur la photographie, mais en version augmentée avec une mise en lumière de la pratique vidéo.

Portrait de Marianne Chandernagor © Jean-Louis Carli

E.W. : Concernant votre enquête, avez-vous obtenu des éléments de réponse expliquant pourquoi de plus en plus de photographes se tournent vers la vidéo ?

M.C. : Nous ne sommes pas entrés dans le détail, mais un élément important peut expliquer ce développement, aujourd’hui, 91 % des entreprises utilisent la vidéo comme outil marketing. Les photographes qui travaillent dans le corporate collaborent avec ces entreprises qui ont des besoins dans ce domaine. Cela est une opportunité de marché pour eux. Je pense que disposer de cette double compétence est important pour répondre aux attentes des clients. Je n’ai pas de chiffres précis, c’est purement intuitif, mais prenons l’exemple des mariages, la demande pour des reportages combinant photo et vidéo est de plus en plus forte. Donc je crois que les photographes sont portés par la demande.

E.W. : Quels sont les nouveautés associées à ce changement de nom ?

M.C. : Nous avons établi un parcours de visite ainsi qu’un programme d’animations dédiés à la vidéo, afin de faciliter l’expérience des visiteurs spécifiquement intéressés par cette pratique.
La grande majorité de notre public professionnel est composée de photographes, mais nous comptons également entre 5 et 6 % de visiteurs issus des secteurs de l’audiovisuel et du cinéma. Nous irons donc un peu plus loin que la simple vidéo, en proposant notamment du matériel cinéma sur certains stands.
Concernant l’offre de matériel, ce n’est pas une nouveauté puisque ces équipements étaient déjà présents, mais ils bénéficieront d’une mise en valeur renforcée. Des stands seront également consacrés aux accessoires (optiques, éclairage, son…) et, depuis l’année dernière, nous présentons aussi du matériel lié aux drones pour la prise de vue aérienne, une demande forte du public.
Enfin, concernant le programme d’animations : des créateurs de contenu interviendront sur notre scène live, des tables rondes seront organisées à l’auditorium, et la vidéo fera également son entrée au Forum des pros. Ce dernier proposera des conférences dédiées aux professionnels, avec des thématiques orientées business : formation à la vidéo, rémunération, développement de clientèle…

Conférences © Salon Photo & Vidéo

E.W. : Depuis votre arrivée, comment évaluez-vous la fréquentation du salon ?

M.C. : En termes de volume de visiteurs, la fréquentation est en hausse : nous atteignons aujourd’hui environ 37 000 visiteurs. Ces dernières années, nous avons beaucoup œuvré à mieux identifier nos publics, notamment les professionnels. Nous proposons des services et des contenus spécifiquement dédiés aux professionnels, il était donc important de mieux qualifier cette cible.
L’évolution la plus marquante concerne l’âge des pratiquants, qui tend à rajeunir. En 2019, la moyenne d’âge était de 54 ans, aujourd’hui, elle est de 47 ans, et cette tendance pourrait encore s’accentuer dans les années à venir. La part de visiteurs venant de régions est en légère hausse, même si la manifestation reste encore très francilienne.
Fait plus étonnant, malgré le contexte économique, le panier moyen est en augmentation depuis trois ans. Il est surpondéré par les professionnels qui s’équipent et renouvellent régulièrement leur matériel. Du côté des particuliers, nous avons affaire à un public de passionnés, prêt à consacrer un budget conséquent à leur pratique.
Le salon reste majoritairement orienté vers le matériel neuf, mais il propose également des services de réparation, nous avons aussi la brocante du dimanche dédiée à la photographie argentique.

Expositions © Salon Photo & Vidéo

E.W. : Percevez-vous un certain regain de l’argentique, notamment de la part des plus jeunes photographes ?

M.C. : Tout à fait. Pour l’argentique, la clientèle est plus jeune. Nous avons plusieurs pôles dédiés à cette pratique, dont notamment la brocante, où ce public vient chercher du matériel argentique en état de fonctionnement. Il s’agit donc moins de collectionneurs à la recherche d’objets rares. Cet événement dominical attire également une clientèle internationale. Même si cela reste une niche, elle est en croissance. 
Depuis trois ans, on observe également le retour de Ricoh (Pentax) sur le salon et à chaque édition, la marque augmente la surface de son stand au vu du succès rencontré par ses produits.

Expositions © Salon Photo & Vidéo

E.W. : Présentez-vous une programmation associée au Bicentenaire de la Photo inauguré en septembre prochain ?

M.C. : Oui, c’est pour notre grande expo ! Nous avons considéré que nous avions toute la légitimité pour nous positionner sur un historique de 200 ans de matériel photo. Avec l’aide de nos partenaires, nous souhaitons présenter deux siècles de développement technique : une large partie sera consacrée à l’argentique et une attention particulière sera portée au numérique, en approfondissant trente ans d’innovations technologiques. Depuis 2008, la vidéo s’est démocratisée grâce à la mise sur le marché de matériel hybride. L’objectif de cette grande expo est d’établir un parallèle entre l’évolution technologique et celle de l’œuvre photographique, en montrant comment l’objet a influencé la création. Pensée comme une exposition immersive, elle permettra aux visiteurs de manipuler certains appareils.

E.W. : Comment voyez-vous l’évolution du salon dans les prochaines années ?

M.C. : Je crois qu’il est essentiel de montrer que nous ne sommes pas seulement un salon grand public. Nous accueillons de nombreux professionnels. Il existe des salons B2C, B2B et notre particularité est de nous adresser aux deux cibles avec des offres spécifiques pour chacun, ce qui fonctionne très bien. Nous souhaitons également encourager la venue de photographes professionnels européens.
Il existe une troisième cible singulière dont il est important de parler, ce sont les créateurs de contenu. Certains sont des amateurs très actifs, d’autres des professionnels. Pour eux aussi, nous avons mis en place un accueil et un contenu spécifiques.
Nous sommes positionnés sur un secteur très attractif, et le fait que les pratiquants soient de plus en plus jeunes est un excellent signe pour l’avenir. Nous devons nous adresser à ce plus jeune public, plus large. Nous avons un vrai rôle à jouer sur la pédagogie, notamment en matière d’authentification et de protection intellectuelle surtout avec le développement de l’IA. J’aimerais que le salon joue ce rôle-là.

E.W. : À ce sujet, prévoyez de traiter des sujets sur l’IA ?

M.C. : Évidemment, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur l’intelligence artificielle. Le programme n’est pas encore finalisé, mais l’IA sera abordée au Forum des pros et sur la scène live. Peut-être aussi au niveau de notre espace du Bicentenaire, car elle représente une évolution majeure de ces dernières années. Nous ne nous limiterons pas à l’IA générative, il s’agira également de montrer comment l’IA peut être un outil pour accompagner le travail des photographes au quotidien.

INFOS PRATIQUES
Salon Photo & Vidéo
Du 8 au 11 octobre 2026
Grande Halle La Villette
211 Av. Jean Jaurès
75019 Paris
https://www.lesalondelaphoto.com/

À LIRE
Salon de la Photo 2024 : Entretien avec Marianne Chandernagor et Simon Edwards

Article publié dans le numéro #390 de mai du magazine Réponses Photo

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

You may also like

En voir plus dans Evénements