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Depuis ce printemps les Opéras de Paris (le palais Garnier et l’opéra Bastille) se sont offert un nouveau regard pour capter et représenter ce monde fastueux où, en coulisse, sur la scène et jusqu’au parterre, l’habit, qu’il s’agisse des costumes féeriques des acteurs ou des tenues d’apparat des spectateurs est un sujet en soi.  « Extraordinaire tous les jours » telle est la devise de la nouvelle campagne des Opéras de Paris que le photographe Charles-Henry Bédué a transcrit à sa manière, en posant son objectif là où s’y attend le moins.

Tout au long de sa mission et de ses allers retours entre le Palais Garnier et l’Opéra Bastille, Charles Henry Bédué a vécu au rythme des opéras et des ballets, la Sylphide, la Veuve joyeuse, les balais de Pina Bausch etc… et a pu se faufiler, appareil et flash à la main, dans les coulisses des deux établissements. Au rythme de la saison 2017-2018, il a produit une série qui raconte la vie de ces deux « grandes maisons » et qui met en lumière les acteurs autant que le public.  Pendant trois mois, Bédué a navigué dans les couloirs, les pièces du répertoire, les corps de métiers et aussi entre les siècles : d’un côté un palais du second Empire de l’autre, un édifice dont l’austérité rend à sa manière hommage à la culture lyrique.

« Le Palais Garnier, c’est le faste, les dorures, le cristal, le plafond de Chagall tandis que l’Opéra Bastille avec son carrelage omniprésent c’est le « dur » retour au réel ! » constate le photographe.

En effet le monument de Carlos Ott, construction iconique de l’ère Mitterrandienne inauguré pour le bicentenaire de la Révolution française avait horrifié les amateurs du grand art, même Jack Lang, alors ministre de la Culture, a concédé plus tard que « l’architecture de l’Opéra-Bastille n’est pas des plus exaltantes.  »

« Et malgré tout, souligne Bédué, dans les coulisses de l’Opéra Bastille, c’est Hollywood ! Les plateaux tournent, montent et descendent jusqu’à 25 mètres sous la scène, les acteurs ont beaucoup de place pour se mouvoir et on y est très à l’aise en tant que spectateur. »

Qu’on soit sensible au classicisme fastueux de Garnier ou au minimalisme moderne de Ott, les deux institutions remplissent la même mission : éblouir le public en puisant dans un répertoire artistique inépuisable et de réinventer sans cesse des thèmes presque mythologiques de la culture occidentale.  Barbier de Séville, Château de Barbe-Bleue, Falstaff, autant de noms à la fois familiers et mystérieux qui prennent vie au long des saisons, incarnés par une myriade de professionnels, chanteurs, danseurs, musiciens qui s’affairent dans cette grande ruche.

Pendant sa mission, le photographe a pu déambuler en toute liberté entre la salle et le plateau, découvrir les coutumes de ces tribus fantasques :

« Les danseuses ont une routine assez contraignante, elles doivent sans cesse répéter leurs mouvements jusqu’à la perfection, alors que l’ambiance dans le chœur est très détendue, les chanteurs entrent et sortent de scène avec une rapidité déconcertante, ils chantent parfaitement puis reprennent leurs discussions derrière les rideaux ».

A l’aise dans ce microcosme, Charles Henry Bédué a choisi de poser on regard sur les accessoires et autres ornements qui participent à la magie du spectacle et de ses lieux. Un tutu, un bouquet de fleurs, une bobine de câbles qui évoque les lacets d’un corset, autant de petits détails qui racontent aussi l’Opéra et qui traduisent une tendance un brin fétichiste que Charles Henry Bédué a hérité de ses expériences dans la mode, un autre empire du textile et du paraître.

De fait, il a tout naturellement été sensible à la parure à l’opéra, aussi bien celle des acteurs qui une fois vêtus incarnent le rôle de leur habit  en quelque sorte, et celle des spectateurs pour qui elle un élément d’entrée implicite. Plein feu, donc, sur les dentelles, les résilles, les velours brillants et les étoffes satinées qui se côtoient dans un décor de marbre et de dorure ou au contraire derrière les épais rideaux noirs qui séparent le monde public du monde de la scène.

L’habit comme « objet rituel » est au cœur de la photographie de Charles Henry Bédué comme l’atteste d’autres séries comme « L’habit fait le moine » ou encore « Le feu aux poudres » qui met en lumière tout ce qu’une tenue peut révéler des gens, même à leur insu. Plus à l’aise avec les étoffes et les superpositions fortuites qui se créent entre une robe et le marbre d’un escalier, Bébué ne photographie en effet jamais les visages et préfère faire parler les habits derrière lesquels les individus se dissimulent. C’est ce qui donne la singularité de ses compositions qui tranchent avec l’imagerie des campagnes traditionnellement réalisées pour l’Opéra.

Habituellement on a tendance à mettre en lumière la beauté des corps en action, l’expression du visage d’un ténor ou des vues d’ensemble de tableaux scéniques. Bédué, lui, pratique une photo en « close up » qui rapproche instantanément le regardeur des personnages de la scène et fait sentir du même coup la proximité des corps qui se pressent derrière les rideaux à cour ou à jardin. Et si l’on peut trouver un effet hyper réaliste à ces images que le flash sculpte avec précision, rien de la dimension fantastique n’est retiré à ces moments. Même traitement pour les spectateurs qui se retrouvent flashés de près, une coupe de champagne à la main ou corseté dans un bustier. Après tout on est à l’opéra !

Un conseil à présent : foncez à l’Opéra avant la fin de la saison !

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