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Partager Partager OtherSide Benoît Maire ou l’art de l’irrésolution, rencontre avec Alice Motard, commissaire de la monographie au CAPC Marie-Elisabeth De La Fresnaye28 mai 2018 Commissaire en chef du CAPC depuis mars 2016, Alice Motard est la commissaire de la fascinante monographie dédiée à Benoît Maire, artiste bordelais, lauréat du Prix de la Fondation Ricard en 2010 et du 1% artistique de la future MECA qui accueillera notamment le Frac Aquitaine en septembre 2018. Elle revient sur les jalons de la thèse déployée par l’artiste à cette occasion. 1 Les enjeux et questionnements de Thèbes : Unité des 3 temps de la tragédie grecque La tragédie grecque, et le principe des trois unités qui la caractérise, est bien présente à travers plusieurs séries d’œuvres qui jalonnent tout le parcours de l’exposition. Le lieu de la tragédie pourrait être le ciel tel qu’il est dépeint dans la série de Peintures de nuages de l’artiste. Le temps est incertain et figé, il s’agit d’un présent potentiellement menaçant, activé par le biais d’une série de Journaux de guerre, des quotidiens de la période 1939-45, que l’artiste collecte et dont il entoure un mot/concept sur chacune de leur « Une ». Ces journaux déployés pour la première fois à une si grande échelle forment une ligne dans l’exposition ; ils sont accrochés à une hauteur d’enfant, envisagé ici comme le visiteur qui écrira le futur. S’il n’y a pas de tragédie mondiale déclarée depuis plus de 70 ans, le conflit n’a pas pour autant disparu mais se matérialise sous d’autres formes. La façon dont la Seconde guerre mondiale était analysée dans la presse par le langage de l’époque intéresse l’artiste qui la compare à la manière dont on qualifie aujourd’hui un conflit qui ne dit pas son nom. Enfin, l’action de la tragédie se manifeste par les collisions provoquées par la rencontre entre les nombreux objets de l’exposition (dont les Châteaux, ces petites constructions en laiton dans lesquelles Benoît Maire mêle éléments naturels et artificiels) et le sens qui est produit, ainsi que par la valeur d’usage potentielle du mobilier du collectif d’architectes Ker-Xavier, qu’il est possible d’utiliser bien que cela ne soit pas explicitement formulé. 2. Parcours et scénographie : J’aime décrire l’exposition, qui se déploie en miroir au sein de deux ailes du musée, comme une émanation de l’hémisphère gauche et droit du cerveau de l’artiste à partir de laquelle chaque série trouve son pendant, comme par exemple avec ces deux films, d’un côté une jeune fille qui joue au tennis prise au piège dans un loop infini où le dé a remplacé la balle (le piège de la répétition, un thème cher à l’artiste), et de l’autre, un nouveau film, Le mot origine, qui met en scène un personnage face au paradoxe de l’œuf et de la poule, un triste sire un peu pathétique qui choisit de ne pas se poser de question. Ces deux parties et les quelque 90 œuvres qui composent l’exposition forment un tout, en « all over » selon les propos de l’artiste. Revenons sur les Peintures de nuages L’artiste développe cette série depuis 2012 à partir d’un protocole auquel il ajoute des techniques testées au fur et à mesure, n’étant pas peintre au départ. Ce qui caractérise ces peintures est le motif du nuage qui traverse l’histoire de l’art et constitue le support de projection par excellence. La thèse de l’artiste revient à dire que toute peinture est une peinture de nuages en quelque sorte si tant est qu’on la regarde à une certaine distance qui n’est plus celle de la reconnaissance du signe. Comme par exemple avec une nature morte de Chardin qui si on la regarde de très près peut révéler des nuages. Il y a comme une mise en abyme de la peinture. 3. Qu’est-ce que le concept de différend pour l’artiste et en quoi irrigue-t-il toute l’exposition ? Ce processus qu’il adapte et renouvelle depuis 2008 en s’appropriant un concept du philosophe Jean-François Lyotard qui désigne un conflit insoluble faute d’idiome adéquat (c’est-à-dire faute de terrain langagier commun, pour faire très court), le conduit à poser le postulat que l’exposition pourrait être le lieu de résolution de l’énigme véhiculée par tous les sphinx (objets d’art, artefacts, œuvres qui cultivent l’ambiguïté quant à leur statut) qu’elle contient. La première monographie dédiée à l’artiste est publiée à l’occasion de l’exposition. En parallèle découvrez l’exposition de Benoit Marie dans le centre d’art Chasse Spleen, « Nature morte » (jusqu’au 26/10/2018), exposition de groupe. Benoit Maire est représenté en France par la galerie Obadia, Paris, Bruxelles. Infos pratiques : Benoît Maire Thèbes CAPC jusqu’au 2 septembre 2018 Marque-page0
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