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Lors de son lancement en 2018, toute l’attention de la profession avait le regard tourné vers ce nouveau festival dédié exclusivement aux femmes photographes. Une attention divisée entre ceux qui attendaient une action concrète au manque de visibilité des femmes photographes, et ceux qui pensaient qu’on ne peut pas créer un événement uniquement avec des femmes ! Béatrice Tupin a lancé ce nouveau festival qui se conjugue au féminin pluriel, en Normandie dans sa ville d’adoption d’Houlgate. La seconde édition se déroulera cet été à partir du 7 juin prochain, et accueille comme marraine la plus française des photographes américaines : Jane Evelyn Atwood.

« Formée aux États-Unis, j’étais habituée à un environnement de travail non « genré ». À mon retour en France, j’ai découvert la difficulté d’être à la fois photographe et maman. Incompatible pour certains dans des rédactions qui refusaient de m’envoyer sur le terrain du fait de mon « statut » de mère. Finalement, cela a été une chance car j’ai dû contourner cette difficulté en montant mes propres projets. » – Sophie Brändström

Après Françoise Huguier en 2018, c’est au tour de Jane Evelyn Atwood d’endosser le rôle d’ambassadrice de cette nouvelle édition. Celle qui ne se voit pas comme une « femme photographe mais comme une photographe tout court », porte malgré elle le combat que mènent toutes les femmes photographes : celui d’exister. Elle sera exposée au Jardin des Roses avec sa série « Darya, Badante », un reportage sur une femme ukrainienne vivant comme aide à domicile dans l’appartement de quatre sœurs entre 77 à 94 ans. Elle ne retourne qu’une seule fois par an dans son pays pour voir sa famille. Ce travail qui l’accapare 24h/24, elle le fait pour ses filles. Elle pense revenir en Ukraine une fois que ses filles seront mariées et son mari en retraite, mais comme elle, rares sont les Badanti qui retournent vivre dans leur famille, s’usant la santé et la vie au profit de leur travail.

« J’ai constaté que les discriminations sexistes étaient véhiculées par les femmes – qui souvent passent aussi les commandes photo – autant que par les hommes. Le mythe du photographe masculin aventurier est tenace. Pour autant, cela m’a parfois aidé d’être une femme photographe ; le débat est complexe. Je souhaite avant tout que mon travail soit choisi pour sa qualité. » – Florence Joubert

Cette année, elles seront 14 à exposer dans la petite ville balnéaire normande. On retrouve Florence Brochoire avec un documentaire local sur les pêcheurs à Port Guillaume, entre Cabourg et Houlgate. L’artisanat est au cœur du travail « l’art et la matière » de Sophie BrändströmFlorence Joubert et Floriane de Lassée nous dépaysent, en nous faisant voyager dans l’Atlantique Sud et le Pacifique, avec leurs sujets respectifs ‘Georgie du sud, une renaissance’ et ‘Le caillou Pacifique’. Anna Kuhn, lauréate du festival 2018 présente ‘Héroïnes », une fiction qui rend hommage à des femmes comme Emma Bovary, Lolita ou Thérèse Desqueyroux.

« En Colombie, j’ai subi du harcèlement sexuel de la part de mes collègues et patrons, des attitudes et remarques sexistes à longueur de journée. De plus mes capacités étaient sous-estimées : on me demandait de faire des photos de beauté, d’aliments, de décoration, alors que je fais de la photographie sociale. J’ai encaissé en silence. À cette époque, je ne voulais pas faire de vagues, j’étais une jeune femme qui essayait de survivre dans une profession masculine. Pour autant, je me considère comme une femme photographe : la photographie est l’expression de moi-même en tant qu’artiste, et être une femme en fait pleinement partie. » – Joana Toro

« Parce qu’on ne fait pas peur, on se permet souvent de nous insulter. Un CRS pendant les manifestations des « gilets jaunes » nous a traitées, une collègue et moi, de « sales putes ». Les insultes sexistes, et sur notre physique, sont monnaie courante. On me dit régulièrement : « Avec votre physique, on a du mal à vous imaginer sur un terrain de guerre », comme s’il y avait un physique pour cela… Et lorsque l’on nous présente, on s’attarde sur notre apparence plutôt que sur notre travail. » – Véronique de Viguerie

La photoreporter Véronique de Viguerie nous présente son sujet sur la drogue aux Philippines, tandis que la photographe colombienne Joana Toro partage avec nous un journal intime sur son pays. Des portraits extravagants de Ouka Leele, aux photos de presse d’Anne-Christine Poujoulat, à la danse par Agathe Poupeney en passant par les chamanes de Flore-Aël Surun, nous avons également des portraits d’artistes réalisés par Sandra Reinflet et la série des Chinois à la plage par Corinne Rozotte ! Un directeur de festival avait prédit que Béatrice Tupin ne pourrait pas tenir 10 éditions avec les travaux des femmes photographes… nous tenons le pari! Et si elle y arrivait !?

http://www.lesfemmessexposent.com/

INFORMATIONS PRATIQUES

ven07jui(jui 7)10 h 00 minsam31aou(aou 31)18 h 00 min2ème édition Les Femmes s'exposent Organisateur: Les Femmes s'exposent Type d'événement:Festival,Photographie

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