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De l’abolition de l’esclavage en 1848 à l’entre deux-guerres (1914) l’exposition « du Modèle noir de Manet à Matisse » née à la galerie new yorkaise Wallach arrive au musée d’Orsay, dans une version élargie qui démarre avec la 1ère abolition en 1794. Ce sujet est une première en France, alors que Londres avait proposé « Black Chronicles » et Amsterdam « Black is beautiful : Rubens to Dumas ». Soulignons l’initiative du musée du Quai Branly, « The Colour Line » curieusement occultée, qui s’était penchée avec talent sur la ségrégation des artistes afro-américains et notamment la Harlem Renaissance, que l’on retrouve d’ailleurs ici.

Si de « nouveaux regards » sont suggérés en guise d’ouverture la première partie qui s’appuie sur les collections XIXème d’Orsay : Chassériau et Géricault (abolitionniste convaincu) avec ce superbe Joseph originaire d’Haïti, héros malheureux du Radeau de la Méduse, est assez académique et pompier.

Alexandre Dumas petit fils d’une esclave affranchie de Saint Domingue est l’objet de caricatures et la muse et maitresse de Beaudelaire, Jeanne Duval reste un objet de fantasmes. La présence des Noirs à Paris est cantonnée à l’époque aux secteurs de l’artisanat et domesticité (nourrices). Les enjeux esthétiques et politiques étant étroitement mêlés c’est pourquoi le choix a été fait de renommer certaines œuvres comme avec ce »Portrait de Madeleine » du Louvre au lieu de « Portrait d’une femme noire ». Les recherches effectuées sur l’identité de ces modèles ont permis aussi d’identifier la servante de l’Olympia, Laure, restée longtemps invisible au profit de cette courtisane alanguie qui va connaitre une postérité infinie comme on le voit avec cette copie de Gauguin.

Le monde du spectacle est un vivier très dynamique pour de nombreux artistes de couleur qui ne pouvant se produite aux Etats Unis choisissent Paris, tel l’acteur Ira Aldridge, premier à jouer Othello ou l’acrobate fascinante Miss La La qui va inspirer Degas. Le clown cubain Rafael, dit Chocolat, popularisé au cinéma par le rôle d’Omar Sy, au succès incroyable est aussi croqué par Toulouse Lautrec. Après une incursion à la force noire pendant la 1ère guerre mondiale : tirailleurs sénégalais et soldats noirs américains qui exportent le jazz, place à ce cosmopolitisme que chante Joséphine Baker dans un Paris transformé. La bohème parisienne des années 20 raffole de cette négritude triomphant dans l’Art Déco. La création de la Revue du Monde Noir et de la Revue de l’étudiant noir apportent une note sociologique à cet engouement pour les objets africains. Matisse qui découvre New York en 1930 est fasciné par les musicals de Harlem. Cette expérience fondatrice dans sa pratique des papiers découpés, l’incite à son retour à recourir à des modèles métisses, dont la fameuse Katherine Dunham, fondatrice des Ballets caraïbes.

Prolongements plus contemporains avec notamment Larry Rivers qui renverse les rôles et les couleurs de peau « J’aime l’Olympia en noire » et Ellen Gallagher et son auto portait avec Freud d’après Matisse.

Ne pas oublier de lever la tête pour voir l’œuvre en néon de Glenn Ligon, « Des parisiens noirs » ces figures oubliées du grand récit officiel de l’histoire de l’art. Une synthèse en quelque sorte des objectifs de cette exposition qui entend ne pas tomber dans les stéréotypes.

Les affiches avec Abd al Malik en ambassadeur suffiront-elles à inciter les jeunes générations à se pencher sur cette relecture ? Un partenariat d’éducation artistique mené auprès de 300 lycéens et collégiens franciliens a cherché à aborder ce sujet de manière pédagogique et sociétale dans un esprit de tolérance et d’ouverture.

A noter que l’exposition partira au Mémorial ACte de Pointe-à-Pitre à partir de septembre prochain.

INFORMATIONS PRATIQUES
Du Modèle noir de Manet à Matisse
Du 26 mars au 21 juillet 2019
Musée d’Orsay
1 Rue de la Légion d’Honneur
75007 Paris
https://www.musee-orsay.fr

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