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Pour sa troisième carte blanche, notre invitée de la semaine Chantal Nedjib, reste sous le signe de l’Eloge de la lenteur. Après le festival de Vendôme et les Rencontres d’Arles, Chantal partage avec nous l’émotion ressentie à la lecture de l’ouvrage « Jusqu’au bout » d’Eric Bouvet.

La lenteur dont j’ai fait l’éloge cette semaine ne semble pas pouvoir s’appliquer à la photographie de guerre, par nature dans l’action, la plus réactive possible.

Et pourtant que de patience faut il pour inspirer la confiance et réussir à aller sur le front, ne pas se faire oublier des magazines et être au bon endroit au bon moment pour rapporter de bonnes photos, en vie …

Le photographe indépendant Eric Bouvet est bien connu des photographes et des magazines. Né en 1961, il est devenu photojournaliste en entrant à l’agence Gamma en 1981.
Indépendant depuis 1990, il travaille pour de grands magazines internationaux. Le Figaro Magazine a consacré 10 pages très élogieuses et très significatives à son travail pour son numéro 2000.

Son engagement dans la photographie a été reconnu par de nombreux prix, dont deux Visas d’or, cinq World Press, un prix Paris Match, et tant d’autres.

Son livre Jusqu’au bout publié en 2016 est passé trop inaperçu. Lisons- le avec attention, c’est une vraie leçon sur ce qu’est le travail de photojournaliste, avec une modestie incroyable. 
Dans un récit poignant, Eric Bouvet raconte à la première personne, avec ses tripes, comment il a accompagné des commandos russes en Tchéchénie en 1995.
Avec eux, il va au-delà de la raison jusqu’au bout d’une folie, celle des hommes en guerre.

Le photographe raconte ce qu’il ressent à chaque moment. Il nous fait vivre son quotidien dans les combats, ses veillées d’armes, ses fièvres, sa colère, ses frustrations, ses questions de père de famille, « Faut-il repartir avec ces fous de guerre ?…Je n’ai plus l’âge de jouer au petit soldat, mais le sujet est rare, exceptionnel, allez encore un effort », sa honte de « faire mon travail avec les plus forts, honte d’être simple témoin, honte d’être passif, honte de l’homme », ses éclats de rire nerveux.
Il raconte comment il change d’angle ou de sujet pour s’adapter aux situations, comment il renonce parfois à faire des images par manque de lumière ou le refus des blessé. « Je n’insiste pas »
On entend les hommes hurler, on les voit courir, remplis d’horreur, on entend les déflagrations violentes.
« J’ai horreur de cette violence. Mais c’est la guerre, alors les hommes de tout temps se permettent tous débordement ». 
Après des scènes de violence insupportables : « Je hais mes appareils photos, c’est à cause d’eux que je suis confronté à la déchéance humaine » .

Les portraits rythment le livre, implacables et splendides d’humanité, sans pathos malgré les drames sous jacents.

L’humanité d’Eric Bouvet est partout dans ce livre qui m’a plongée dans une émotion profonde. Un livre pour comprendre ce que ressentent ces hommes, observateurs qui risquent leurs vies pour alerter et témoigner des maux de notre époque.

INFORMATIONS PRATIQUES
« Vive la vie ! » réussit à écrire Eric Bouvet
Jusqu’au bout- 17€ – bouvet.photo@gmail.com
Publication à compte d’auteur Editions Theviewer, Arles

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