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Née il y a moins de trois ans, la grande région Bourgogne-Franche-Comté a connu en son sein la naissance de la photographie. C’était il y a près de deux siècles, en 1827, avec l’importante découverte de Nicéphore NIÉPCE, né le 7 mars 1765 à Chalon-sur-Saône.
D’une fenêtre de sa maison natale à Saint-Loup-de-Varennes en Saône et Loire, NIÉPCE réalise, sans doute en saison d’été, la première photographie au monde: “Point de vue du Gras ».
Au fil du XIXe et du XXe siècles, le médium photographie voit son évolution technologique se développer particulièrement dans cette grande région.

L’année 1882 un beaunois, Etienne-Jules MAREY, médecin physiologiste, met au point la chronophotographie qui permet l’analyse du mouvement.

A la fin des années 1880, deux frères francs-comtois vont devenir mondialement célèbres : les frères Auguste et Louis LUMIERE. Tous les deux sont nés à Besançon ; leur père est alors peintre et photographe, originaire d’Ormoy en Haute Saône. La famille part s’installer à Lyon, où Auguste et Louis vont devenir de grands inventeurs. Ils créent en 1881 les célèbres plaques photographiques sèches en verre, dites « étiquette bleue », puis ce sont eux qui, quatorze ans plus tard, vont bouleverser le regard des habitants de notre planète en inventant le Cinéma. En 1903, ils mettent au point la première photographie en couleur : la plaque Autochrome, une image en couleur sur plaque de verre à base de grains de fécule de pomme de terre, image merveilleuse à contempler par transparence. Au fil de leurs recherches, les frères LUMIERE vont déposer plus de 170 brevets dans le domaine de la photographie.

Édouard BELIN né en 1876 à Vesoul, met au point en 1907 un appareil qui va porter son nom le bélinographe. L’appareil permet de transmettre à distance, au début par le télégraphe puis par téléphone en quelques minutes, une photographie. Le tirage photographique est disposé sur un rouleau, une cellule se déplace, analyse point par point le contenu de l’image et peut l’envoyer à des milliers de kilomètres sur un appareil identique qui lui recompose l’image.

Une grande usine d’optique installée à Dijon, SOM-BERTHIOT, va dans ses ateliers, construire pendant des années un dispositif optique complexe, ancêtre du zoom, baptisé Pan-Cinor.
Cet objectif à focale variable est inventé en 1949 pour les caméras de cinéma, par un ingénieur dijonnais, Roger CUVILLIER. 100 000 objectifs Pan-Cinor seront fabriqués à Dijon jusqu’en 1970 et vendus dans le monde entier. A l’âge de 28 ans, l’ingénieur Roger CUVILLIER dirigera l’usine de Dijon. L’entreprise comptera 700 salariés en 1962.

Autre point fort de l’industrie photographique mondiale, issue des progrès de la chimie dans ce domaine : la présence pendant plus de trente années à Chalon-sur-Saône, dès 1970, du plus grand fabricant mondial d’émulsions argentiques photosensibles noir et blanc et couleur, papiers, films, radiographies et produits chimiques destinés aux différents traitements photographiques.
La marque EASTMAN KODAK, en France KODAK-PATHÉ, va marquer l’histoire de la production photographique française et européenne. Chalon sur Saône sera l’unique site de fabrication du géant américain de la photographie basé en Europe. L’usine a été construite en 1962 sur 80 hectares, dans la ville même où est né l’inventeur de la photographie, Nicéphore NIÉPCE. Le géant de l’image argentique va employer sur ce site de Chalon-sur-Saône plus de 2 500 salariés ! Quarante-six années plus tard, de fin 2007 à février 2008, ce site industriel sera totalement détruit.
C’est ainsi que se tourne une importante page de l’histoire la photographie argentique.

Un nouveau type d’image naît. Cette photographie est numérique et va totalement bouleverser le marché mondial du huitième art. Ironie du sort dans cette évolution, l’image numérique est inventée en 1975 dans le plus grand des secrets par un très jeune ingénieur de chez KODAK à Rochester aux Etats-Unis…Steve SANSSON.

Mais la grande histoire de la photographie argentique résiste. De nombreux photographes et artistes de renom, originaires de la région et de différents domaines continuent de promouvoir la photographie et y consacrent leur vie.

Parmi eux, Jean-Claude MOUGIN né en 1943 à Delle en Territoire de Belfort, cet artiste photographe ancien professeur de philosophie en Tunisie puis au lycée WITTMER à Charolles, vit aujourd’hui à Paray le Monial. C’est le premier photographe français qui, en 1983, effectue des tirages par contact au sels de palladium et de platine, procédé complexe le plus stable dans le temps que l’on connaisse aujourd’hui. L’artiste expose en Chine, ses oeuvres se vendent au Etats-Unis comme en Europe.

Le Musée NIÉPCE, fondé en 1972 à Chalon-sur-Saône autour d’une collection historique d’appareils et d’objets ayant appartenu à l’inventeur de la photographie, est labellisé « Musée de France » et met en valeur de manière permanente l’histoire et l’évolution de la photographie.
On y propose toute l’année des expositions temporaires et permanentes à ses visiteurs.
Depuis 1974, l’établissement est aussi dépositaire du fonds iconographique particulier Jean COMBIER, créateur en 1914 d’une société spécialisée dans la fabrication de cartes postales.
Cette donation contient 1 million et demi de cartes postales et de négatifs réalisés par la célèbre entreprise CIM (Combier Impression Mâcon), alors spécialiste en photographie aérienne. L’entreprise a cessé son activité en 1982. Depuis 2009, le Musée s’est aussi engagé a conserver et à numériser des fonds de grands photographes, actuellement une vingtaine.

En dépit de l’évolution et des bouleversements de notre temps, le Musée NIÉPCE de Chalon-sur-Saône poursuit, année après année, sa mission culturelle, celle de protéger et de transmettre au grand public un important patrimoine photographique. Ce travail d’une quarantaine de salariés permet de suivre l’évolution du médium photographie, dans la Région Bourgogne-Franche-Comté et bien au-delà.

Je n’oublie pas le collège Robert DOISNEAU de Chalon-sur-Saône. Cet établissement bénéficie de la sixième à la troisième d’une “option photographie”, sous la houlette du Musée NIÉPCE.
Egalement la vie associative avec les nombreux clubs et ateliers photo qui accueillent les passionnés de l’image fixe.

J’ajoute qu’une “Route de la photo” est à découvrir dans la côte chalonnaise, elle a été créée par la maison NIÉPCE à Saint-Loup-de-Varennes, labellisée par le Ministère de la Culture “Maison des illustres”, sous l’égide de SPEOS, une école privée de photographie basée à Paris.
Ainsi la Région Bourgogne Franche-Comté a été durant près de deux siècles pilote et actrice du monde photographique. Aujourd’hui, cette grande Région continue de promouvoir le huitième art.

INFORMATIONS PRATIQUES
Conférence
La Région Bourgogne-Franche-Comté, berceau de la photographie et de son évolution
Le 8 octobre 2019
Salle de la Rodia à Besançon

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