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Manifeste droits d’auteur par Les Filles de la photo

Temps de lecture : 2 minutes et 46 secondes

L’association Les Filles de la Photo vient de publier un manifeste en réponse au modèle d’ubérisation de la photographie défendu par la start-up MEERO et d’autres plateformes similaires. L’une des missions de l’association « Les Filles de la Photo* » est la défense des photographes et plus spécifiquement celle d’une rémunération juste respectant leurs droits patrimoniaux conformément à la législation en vigueur.

De nouveaux opérateurs viennent changer la relation photographes / commanditaires, sous couvert d’apport de chiffre d’affaires complémentaire et d’une plus grande fluidité de travail.
Ces derniers pourraient être générateurs d’une précarité accrue des photographes. De nombreuses études pointent une dégradation des pratiques tarifaires en-dessous du coût de production des images, parfois une concurrence déloyale voire une généralisation de la gratuité dans le secteur culturel, etc …

Vous l’avez compris, nous souhaitons vous parler de Meero, plateforme proposant un modèle économique s’appuyant sur des pratiques similaires à celles de Uber notamment.

La stratégie de développement de la plateforme est multiple :
– Recrutement d’un volume important de photographes référencés pour réaliser des reportages immobiliers, des photographies de mariage, de produits et maintenant tous les visuels pour lee-commerce à bas coût. La promesse de la plateforme étant de proposer des revenus complémentaires réguliers.
– Approche de photographes de renom afin d’asseoir la notoriété et la réputation de la plateforme au travers de cas clients plus haut de gamme (donc mieux payés) et de masterclass via la Fondation Meero
– Offre de visibilité à des photographes reconnus dont les portraits professionnels seraient mis en avant dans la stratégie éditoriale de la plateforme pour renforcer son image professionnelle et qualitative et surtout attirer à la fois les «petites mains » (main d’oeuvre bon marché) et les clients.

Nous pourrions considérer qu’il s’agit de l’ordre normal des choses et de la modernisation du marché mais nous pensons qu’il faut résister afin de garantir la protection juridique des photographes.

Nous savons d’ores et déjà que les équipes de Meero, mais aussi d’autres plateformes s’appuyant sur un modèle économique équivalent, contactent les photographes en direct (y compris ceux qui sont représentés). Ceci alors même que les dirigeants de la plateforme déclarent confier des missions d’exécutants à des photographes ramenés au rang d’opérateurs, les dépossédant ainsi de leur statut d’auteurs.

Les filles de la photo défendent une grande clarté dans la relation qui lie les photographes aux commanditaires Si les photographes sont sélectionnés sur la qualité de leur dossier, comprenant des séries personnelles représentant un travail d’auteur, il est de la responsabilité du client de payer des droits au photographe. Ceci, quelle que soit la créativité demandée dans le cadre de la commande portée par Meero. Il est évident que la plateforme va chercher dans ce cas à collaborer avec un photographe capable de faire une lumière, de choisir un angle, etc …

Pour notre part, nous vous recommandons la plus grande vigilance et d’alerter les photographes avec lesquels vous travaillez. Meero ne les considère pas comme des créateurs car le modèle économique les dépossède totalement de leurs droits d’auteur tout en les rémunérant à des niveaux inacceptables. Il est de notre devoir de communiquer le plus largement possible sur ce risque et d’encadrer le développement de ce modèle.

Les sociétés d’auteurs et les syndicats professionnels (ADAGP, SAIF, UPP) se sont déjà saisis du sujet et alertent de façon unanime sur les risques de telles pratiques remettant en question le droit français.

Nous comptons sur tous les acteurs de la filière pour en parler le plus largement possible aux photographes et, si possible, nous faire remonter des informations du terrain à la fois sur les expériences menées avec la plateforme mais aussi ses différentes techniques d’approche des photographes. Bien évidemment nous sommes également intéressées par les expériences et les arguments des photographes qui auraient des avis différents.

Nous espérons que l’écosystème de la photographie sera majoritairement sensible, comme nous, à cette vigilance.

– Les filles de la photo
Contact : Sabrina Ponti pour le Groupe droits d’auteur
lesfillesdelaphoto@gmail.com

*L’association Les Filles de la photo est le premier réseau féminin de l’écosystème de la photographie, créé en 2017 avec Marion Hislen, Chantal Nedjib et Florence Moll. Elle coordonne un réseau de femmes issues d’une vingtaine de métiers de l’écosystème de la photographie- mais non photographes elles-mêmes.

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