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Le paradis nomade d’Hamid Sardar

Temps de lecture : 4 minutes et 36 secondes

Hamid Sardar expose à la galerie Hegoa un récit photographique épique sur l’art de vivre mongol au sein de la Nature, comme il pouvait en être dans un lien imaginaire des premiers hommes, chasseurs-cueilleurs, parties du vivant et points levants du monde comme à la part magique qui en émane.

Un voyage plus secret se fait à travers les yeux des personnages et des animaux dans une triangulation qui prend sa source dans les yeux mêmes du photographe et qui donne à sa photographie, extrêmement construite, à la fois sa profondeur et son immédiateté, dans une séduisante présence où tout se dévoile, prend force et s’expose, tout, des paysages aux corps des personnages, des animaux, où tout est vivant, avec acuité et mordant, ironie, dans une douceur qui fait photographie.

© Hamid Sardar / galerie Hegoa

« J’ai voulu mettre en scène une épopée humaine afin de nous permettre de rêver, de nous identifier à ces bergers, chamans et chasseurs, et de nous donner envie de protéger cette culture et cette nature. » déclare Hamid Sardar sur ARTE.

Ces paradis nomades parlent de toute une culture mongole possiblement menacée, de nature, de chasse, de pêche, de traditions, de chamanisme. Par sa photographie, Hamid chante la vie, sans borne et libre d’elle même, un symbole de ce que pourrait être La Vie Sauvage, dans son idéalité, c’est à dire la vie première dans une naturalité qui fait sens, basée sur l’harmonie et l’intégration de ses mouvements au Grand Souffle, comme le connurent autrefois, nos ancêtres, ici. C’est dire que l’oubli de ce temps là, la façon dont nous existons, fait état de l’empreinte de cet imaginaire, glissements de l’ombre qui gouverne, intérieurement, pour sortir d’une nuit de l’âme et pouvoir être séduit entièrement, dans un mouvement d’adhésion profond et heureux par cet Eden, si justement photographié. L’attraction des photographies d’Hamid Sardar raconte un peuple insoumis à l’ordre mondial, menacé visiblement, elle ne pourrait avoir lieu sans cette empreinte, voie libératoire pour que nous puissions (re)trouver le chant perdu de ces Edens, y reconnaître une beauté salutaire, voyage des voyages, temps des temps, présent de l’image qui initie ainsi en soi et qui évoque, appelle, séduit.

Hamid Sardar vit depuis 15 ans dans cette communauté, il est chez lui en Mongolie, aussi n’est-il pas dans un geste fabriqué, au delà de son intérêt documentaire, ethnographique, linguistique, dans un “reporting” de ce qu’une conscience psychologique aurait pu dessiner de son intérêt et de son objet d’études, Hamid est de plein pied dans cette vie salutaire des origines, chasseur, chaman, photographe, il livre un travail de l’intérieur, sans arrière-pensées, d’un bloc, dédié à l’émerveillement de cette vie au jour le jour et dont il révèle, dans cette exposition, les meilleures images, celles qui accomplissent son geste au plus près de lui même, au plus proche de notre regard, dans une célébration constante de tout ce qui entre dans sa photographie, un plein en somme de sensations inscrit plastiquement la douceur des nuances de gris dans la sensualité des matières, formant un portrait du tout vivant, du tout perçu.

© Hamid Sardar / galerie Hegoa

Hamid Sardar met en photographie le sacré d’un lien ancestral au territoire, au chant de la terre et du ciel, il montre dans des images extrêmement libres et composées, toute la Beauté des scènes de chasse, traitées comme une aventure où les personnages, hommes et animaux, sont inscrits sans hiérarchie au titre du vivant par l’appartenance au monde. Toute une sensibilité donne lieu par la photographie à faire battre le pouls de ces vies hautes en couleurs et dont le trait reste inscrit profondément en soi.

Le merveilleux ici se fait des sensations des poils et des peaux, des fourrures, des crocs, des feulements et des grognements, des caresses, de tout ce qui est sens. Ici moins qu’au Far west, dans ce Far East, nulle prédation ou soumission de l’homme aux fantasmes de pouvoirs belliqueux, une grand quiétude illumine les yeux des personnages de ce conte shamanique où tout est juste, à sa place, dans une simplicité auréolée de joies, d’une vie indivise et pleine de l’esprit, où chacun, des enfants et des hommes fait voyage, conte, imaginaire et images comme ces illustrations des romans de Jack London, mais il s’agit ici d’une sagesse, c’est à dire d’un émerveillement et d’une connaissance, sans doute prise à son sens premier: nous naissons aussi de ces photographies à l’instant où nous entrons par les yeux dans ce monde imagé, parce que le photographe est au centre de son image et qu’il nous invite à suivre de ses yeux ces présences magnifiquement libres, tout un monde….Il faut voir notamment ce jeu avec l’ours, cet enfant qui rayonne dans un cri salutaire, l’infini de la prairie et des montagnes qui se dessinent au loin sous un ciel nuageux et tendre, ces hommes sur leur chameau, revenant de la chasse, ces pêcheurs au coeur de la glace, cette femme portant un faon, comme un astre issu des eaux, le rythme des tambours sacrés, tout s’illumine de la présence de cette lumière au centre de l’intention du photographe, noble et subjugante, murmures du vent, chant des sources et des eaux vives, cri perçant de l’aigle, murmure des tambours, feu, caresse des fourrures, présence du loup au pelage fauve, puissance de l’ours, tous, forces tutélaires et animaux totémiques reliant le passage de l’homme vers la nuit rédemptrice et le monde des ancêtres.

© Hamid Sardar / galerie Hegoa

Si le travail photographique d’Hamid touche si profondément par son intensité heureuse, c’est qu’il est le résultat d’une opiniâtreté, d’une solitude recomposée à chercher l’instant parfait, voir le cavalier-fauconnier sur son cheval cabré quand l’aigle revient se poser sur sa main, et le résultat des réflexes de prises de vues ”à l’ancienne”, dans toute la pertinence de ses choix. Bien au delà de la composition et du cadre, de l’émulsion et de la lumière, parfaite tant en couleur qu’en noir et blanc, c’est précisément l’intention active du photographe qui appelle à ce que tous les éléments de sa composition trouvent leur convergence dans un éblouissement, pour preuve, si les hommes sont si présents en eux mêmes, les animaux regardent droits dans la camera comme des acteurs inspirés, si bien que c’est tout l’état de Nature qui s’exprime ici, à travers les yeux d’Hamid, pour témoigner de ce qu’ils sont et de ce que devrions être aussi, ici, a minima, des êtres à part entière, vifs, aimants et libres d’eux mêmes.

© Hamid Sardar / galerie Hegoa

C’est sans doute aussi pourquoi cette aventure du regard reçoit en retour notre gratitude, elle nous rend à ce rêve agile comme un état des possibles, son engagement à vouloir préserver ces cultures autochtones fait partie de notre imaginaire, de notre identité globale. Ce travail photographique est non seulement un document ethnographique fabuleux, il témoigne en plus de ses correspondances avec ce que nous sommes ici devenus, c’est pourquoi il apparait aujourd’hui essentiel tant par la défense de ces cultures que pour nous inclure dans ce rêve parfait et propitiatoire, épique, romanesque. Un hymne à la liberté se trouve conté et c’est, sans doute ce dont nous avons, ici, grand besoin. Hamid Sardar est ce conteur dont le témoignage et l’œuvre sont voyages, voyage de la sensation, par toute face du monde et voyage de l’âme en pays mongol, entre terre et ciel. Inoubliable voyage de la présence et de l’aimant.

© Hamid Sardar / galerie Hegoa

En attendant la réouverture des expositions suite aux mesures sanitaires exceptionnelles, nous souhaitons continuer à soutenir les musées et les galeries en leur offrant une visibilité pendant cette difficile période.

ven13mar(mar 13)11 h 00 minsam27jui(jui 27)19 h 00 minParadis nomadesHamid SardarGalerie HEGOA, 16, rue de Beaune 75007 ParisType d'événement:Exposition,Photographie