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À travers cette deuxième carte blanche, notre invité de la semaine, le photographe et journaliste, Jacques Revon témoigne sur les similitudes et les différences de « l’instantané photographique » révélées tout au long de ses 45 ans de carrière.

Depuis près de quarante cinq années, j’effectue au fil du temps, un travail d’observation par l’image fixe, un peu particulier, une approche photographique de patience, de recherche et sélective lors de mes différents reportages.
Ce travail a débuté dès 1971. Depuis, et dans cet esprit, j’ai réalisé un peu plus d’une centaine d’images. C’est une très longue démarche que je poursuis. Mes photographies sont certes le fruit d’un moment très court, mais le déclic décisif a été précédé de beaucoup d’observations, d’attentes voire même de surprises. Ces moments uniques ont d’abord été saisis sur des films argentiques noir et blanc, puis sur film couleur, en diapositives et enfin maintenant sur un support numérique.
Ces images témoignent de divers moments de similitudes, mais aussi de différences dans ce que beaucoup appellent « l’instantané photographique ».

Mais ici, c’est d’abord une longue observation qui permet de décider ou pas de saisir cette image d’un instant particulier. Le contenu et le contenant se mélangent au point de ne faire qu’un. Les côtés informatifs et esthétiques conjugués concourent à donner à cet instant magique toute sa force. Cette démarche de curiosité scrutatrice et de recherche peut être aussi parfois le fruit du hasard. Il faut bien regarder autour de soi, avoir un peu de chance aussi, du moins l’aider.Chaque photographie que j’ai prise dans cet esprit à finalement sa propre histoire. Il m’est même arrivé, comme dans l’image présentée des bords du lac KIR à Dijon, d’attendre plus d’une demi-heure avant de décider de déclencher, photographie jointe.

Une longue attente pour capter un seul instant.

J’avais repéré en regardant ce paysage d’été des bords du lac Kir à Dijon, les deux hommes situés à gauche du cadre, discutant tranquillement et bien centrés devant l’ensemble de ces trois cabines de plage. J’avais aussi remarqué, à droite cette fois-ci, un autre groupe de trois cabines. Je me suis dit qu’il serait intéressant pour faire une nouvelle photographie de “similitudes” qu’un autre groupe de deux personnes passent pourquoi pas, devant ces trois cabines, je pourrai alors déclencher et, l’instant serait là, dans cette symétrie de rencontre et d’environnement.
Je me suis très vite rendu compte que ma démarche ne serait pas forcément facile à mettre en forme.
Effectivement, de nombreux promeneurs passaient sans cesse dans les deux sens sur le petit chemin, seuls, à pied, en famille, en petit groupe, en vélo, en courant…bref. Il me faudrait donc, si je souhaitais persévérer et réussir cette mise en page, attendre, attendre et encore attendre… l’heureux concours de circonstances. Ce que je fis.
Au bout d’un bon quart d’heure, je vis arriver par la droite, dans un intervalle de multiples passages, deux dames, je me dis que c’était bon, mais elles décidèrent de s’assoir directement sur le banc situé en plein centre de l’image. Certes, c’était aussi intéressant mais ce n’était pas ce que j’avais vraiment souhaité. Je pensais aussi: “pourvu que les deux hommes n’abrègent pas leur discussion et ne partent pas”….la photo n’aurait plus pour moi de raison d’être.
Et pendant de ce temps, bien entendu, des personnes continuaient à se croiser. Tout à coup l’espoir revint. Je vis arriver à droite ,c’est là que je regardais, assez loin tout de même, deux dames venir paisiblement dans la direction que j’espérais, était-ce pour moi le concours de circonstances que j’attendais depuis trente bonnes minutes? j’étais debout sans presque bouger, l’oeil droit rivé sur l’oeilleton de mon appareil? ( j’avais anticipé et régler mon appareil bien avant).

Restait enfin un dernier critère essentiel pour vivre ce court moment photographique que j’avais tant espéré; plus personne ne devait à l’instant précis , ni rentrer ni sortir du champ! excepté bien entendu les personnages principaux de mon histoire. Encore quelques secondes à attendre, les choses semblaient se présenter plutôt bien, les deux femmes se rapprochaient, la situation tant espérée se profilait, tout le monde était encore là, les deux promeneuses allaient pénétrer dans mon cadre et passer devant les trois cabines et là, clic! je déclencherais! Ce que je fis sans respirer. J’avais enfin saisi l’image que je voulais. Je pouvais rentrer chez moi heureux, le soleil se couchait de l’autre côté du lac, il se faisait déjà tard.

Autre exemple photographiquement plus spontané.

Est-ce le fruit d’un hasard ? Je me souviens de cet hélicoptère de la gendarmerie qui décolle subitement de
derrière les haies d’un terrain de sport en Saône et Loire, à Couches précisément. Je suis là en reportage pour France 3 pour la couverture d’un festival de Jazz, début juillet. Malgré ma fonction de rédacteur, mon appareil photo ne me quitte jamais. Je suis là sur le terrain de sport où s’installe le chapiteau qui va abriter cinq jours de festival. Mon regard est simplement attiré par ce dinosaure en carton et entreposé là pour un prochain carnaval.
Subitement alors que je ne vois rien, j’entend le bruit d’un moteur qui tourne. D’un seul coup surgit l’hélicoptère.
Le temps de déclencher et je m’aperçois que sa forme ressemble étrangement au dinosaure. Qui plus est, les deux sujets sont opposés dans leur position. Similitude ou différence?

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