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Il était difficile de ne pas évoquer cette pandémie qui nous touche tou·tes en cette période de confinement imposé. Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invité de la semaine, le photographe et journaliste, Jacques Revon nous parle de la photographie comme soutien face à cette urgence sanitaire.

Dans cette longue période de confinement imposé, la photographie peut créer grâce au réseau internet, un lien d’amitié et de soutien.

Dès le tout premier jour de confinement j’ai réalisé comme sans doute bien d’autres, que la photographie pouvait peut être avoir désormais un rôle de lien que l’on ne lui soupçonnait pas, dans cette nouvelle vie quotidienne devenue brusquement restreinte le 16 mars dernier.

C’est l’existence et la convivialité vécue au sein de l’atelier photographique associatif que j’ai crée en 2018 à Daix à l’APCSD, composé d’une quinzaine de membres, qui m’en a donné l’idée par sa manière de fonctionner.
Du jour au lendemain j’imaginais mal comment nos relations amicales pourraient s’arrêter “net”.
Nous devions d’ailleurs tous nous retrouver en fin de semaine, l’après-midi du samedi 21 mars, pour partir en balade photographique pratique, balade toujours programmée une fois par mois, en supplément des deux cours mensuels donnés en fin de semaine.

Pour éviter une cassure dans cette activité culturelle associative, j’ai eu l’idée de proposer à tous les membres photographes amateurs de continuer notre activité photographique via internet et par mail. D’autres communiquent déjà, il est vrai, depuis fort longtemps sur les réseaux sociaux.
Mais dans la présentation de ce projet, le principe, le contenu et la méthode devaient être selon moi philosophiquement quelque peu différents.

Il s’agissait, si le groupe épousait cette idée, de réaliser quotidiennement, à la convenance de chacun, une photographie témoin de sa vie en confinement puis de me l’envoyer par mail dans la journée afin que je puisse moi-même renvoyer à tous, en fin de journée, l’ensemble des images, réalisées avec les petits messages les accompagnant.

La proposition fut vite accueillie par tous avec plaisir. Il faut dire ici que nous avions vécu durant toute l’année 2019 une aventure très particulière: chaque jour de l’année 2019 a été photographié par tous les photographes de l’atelier organisé en binôme planifié sur la totalité de l’année.
Aujourd’hui notre atelier est donc devenu en un rien de temps, virtuel , il fonctionne quotidiennement.

Dans la durée de ce temps suspendu inconnu, se pose bien entendu des questions: chaque jour, que dois-je vraiment photographier de nouveau en milieu fermé ? Les réponses sont différentes et variées. Chacun peut concrétiser à sa manière avec son appareil photo ou même avec son téléphone portable, des idées de création artistique, témoigner de ses activités à l’intérieur et de proximité, d’un nouveau changement de rythme de sa vie au quotidien ou de celle de sa famille, d’observations sur cet environnement familial bousculé, de son propre vécu, enfin au fil des jours qui se suivent et qui risquent de se ressembler, ce qui devient viscéralement essentiel.
Tous n’avaient jamais imaginé la photographie sous cet angle là et pourtant!
La photographie peut en un seul clic d’ordinateur, devenir dans une période grave et incertaine, un lien virtuel d’amitié et de soutien aux “confinés”, seuls ou pas.
Concrètement, avec cette démarche qui marie la photographie avec internet, nous pouvons garder le contact, découvrir ce que les autres ont vu, sélectionné et vécu le même jour derrière le viseur de leur appareil photo. Maintenant, les membres de l’atelier me le disent, ils attendent tous les soirs que les photos des uns et des autres apparaissent sur leur ordinateur.
Dans cette période que nous n’avions jamais oser imaginer, notre appareil photo peut nous aider à nous protéger d’un vécu quotidien difficile. En premier lieu le choix du sujet puis la pensée de cadrer, de mettre en page, de conserver ce que nous voyons qui peut nous surprendre ou que nous aimons, peut nous engager à positiver et nous transporter moralement dans un futur ailleurs meilleur. L’appareil devient alors le prolongement de nous-même, un outil anti stress, il nous encourage à imaginer, à créer, à témoigner et à écrire dans ces circonstances surréalistes, des pages d’une période particulière de notre vie.

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