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Michel Draguet a annoncé avec le Ministre de tutelle David Clarinval le 29 avril, pouvoir rouvrir les MRBAB selon de nouvelles mesures de prévention prises en concertation avec d’importants musées internationaux notamment en Chine et au Japon, où les musées ont rouvert au public en mars 2020. Le Musée Old Masters qui se prête le mieux au respect de la distanciation sociale sera le premier musée à rouvrir le 19 mai.

Les autres collections des MRBAB suivront. Les bonnes pratiques et retours d’expérience enregistrées par les MRBAB seront volontairement partagées en Belgique et en Europe pour pouvoir servir de modèles à d’autres musées et organisations culturelles. Si l’art est un puissant antidote qui apporte réconfort et stimulation comme le souligne Michel Draguet, il passe dorénavant par une nécessaire décroissance et un recentrage des musées autour d’une scène de proximité et la valorisation de leurs collections.

« Nous ne rouvrons pas les Musées royaux des Beaux Arts pour sauver un budget ou une billetterie mais pour permettre au public de s’approprier des collections qui font partie de son identité, de trouver plaisir et réflexion à la mesure du passé»

Quels sont les défis majeurs posés par cette crise sanitaire aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) qui représentent 20 000 œuvres réparties en six musées et notamment au Musée Magritte qui attire le plus grand nombre de visiteurs ?

En ce qui concerne la crise telle qu’elle se déploie aujourd’hui on ne peut proposer au public que du contenu virtuel et il est certain que dans un musée dont les moyens ont été rabotés régulièrement par les gouvernements successifs, c’est assez compliqué. Si l’on compare le nombre de visites que nous avons par rapport à d’autres musées de même réputation et étant donné l’obligation qui nous est imposée de communiquer en trois langues, il est impossible d’improviser des contenus spontanés comme la période le demanderait. Dès que l’on fait une capsule vidéo sur les réseaux sociaux ou le site du musée, on se retrouve confrontés à une exigence en terme de qualité et des frais supplémentaires en traduction. Ces coûts interviennent dans une période sans aucune recette. Il est donc difficile de trouver un équilibre économique. Nous avons décidé de développer en plus des contenus en ligne habituels, des contenus un peu pirates ou marginaux que chaque membre du personnel peut alimenter à partir de son propre compte Instagram, Twitter, Facebook.. ce qui favorise un autre rapport au visiteur. Lors de mes visites au musée trois fois par semaine, pour régler les questions administratives urgentes, j’en profite pour créer des capsules et ainsi inviter les gens à visiter le musée avec moi. Récemment nous avons remarqué que le tableau de «l’Enlèvement du corps de Saint-Marc» par le Tintoret – qui n’est pas le plus mis en évidence habituellement –, a été le plus remarqué par nos visiteurs en ligne. Cela rend le musée plus convivial et interactif et l’on se rend compte finalement que ce qui frappe le visiteur c’est de pouvoir s’emparer d’une œuvre et la faire vivre. Comme tous les musées s’engouffrent dans une stratégie digitale tous azimuts, il devient compliqué d’initier quelque chose d’original alors que les spectateurs, confinés, déploient une imagination sans limite à partir de nos collections. C’est quelque chose qu’il faudra entretenir et développer à l’avenir. Nous profitons aussi de cette période pour faire certains travaux dans le musée que l’on ne peut faire en général comme par exemple de traiter les sols du musée Magritte, ouvert 7jours/7 pour préparer le musée à sa réouverture. En matière d’organisation, hormis un service de surveillance qui fonctionne 24/24h et le personnel technique et d’entretien qui vient en équipe réduite au musée, tout ce que le musée peut produire sous la forme du télétravail est mis en place avec. Celui-ci contribue à réduire l’empreinte carbone et les problèmes de mobilité propres à toutes les grandes villes européennes. Il sera sans doute à prolonger et à élargir au-delà de cette crise.

Quels scenari de reprise imaginez-vous et avec quels aménagements ?

Par rapport à nos expositions nous avons pris une attitude assez radicale, de faire l’impasse sur les expositions en 2020. Il faudra du temps pour rétablir la circulation des publics, que la sortie de crise passera jusqu’à l’obtention d’un vaccin par l’annulation de tous les événements de masse et que du point de vue économique la rentabilité d’une exposition en quatre mois s’avère insoluble. Pour une période plus ou moins longue, il n’y a plus de business modèle pour les expositions. Il y a dès lors un travail d’information à mener auprès des politiques parlant de culture sous la forme d’événements de masse. C’est vrai pour les expositions mais pas pour les collections. À l’exception sans doute de la Joconde. Si nous arrivons à prouver qu’il y a moyen de gérer nos collections comme un parc ou comme une grande surface, alors il sera possible de rouvrir nos musées en y proposant des « promenades culturelles ». En Belgique le déconfinement est prévu pour le 3 mai même si des mesures ont été prises par le gouvernement sans doute sous la pression de certains acteurs économiques, pour permettre aux magasins de bricolage et pépinières de rouvrir plus tôt. J’ai donc pris la liberté de contacter les membres du gouvernement pour leur souligner à quel point les musées sont aussi importants et que l’on peut les gérer en adoptant les mêmes méthodes que celles pratiquées dans les grandes surfaces. À savoir, respect d’une distance de sécurité entre les personnes, nombre maximum de personnes par salles, gestion des files et organisation d’une billetterie on line. Cela permettrait ainsi aux musées de rouvrir en commençant sans doute par les circuits les plus évidents. Dans le cas des MRBAB, les maîtres anciens en priorité puis le Musée fin de siècle. Évidemment le musée Magritte reste le plus difficile à gérer dans ce domaine, ce qui nous conduit à réfléchir. S’il doit être fermé jusqu’à l’arrivée d’un vaccin (soit plus d’un an), ne pouvant respecter les geste barrières et de sécurité, pourquoi ne pas placer les œuvres de Magritte dans les salles d’expositions temporaires afin que le visiteur puisse y accéder dans de normes salutaires ? Et cela après la présentation des collections d’art du XXe siècle prévue pour la sortie de l’été. Nous allons travailler davantage à des expositions en valorisant les collections sur l’ensemble de l’année 2020 et printemps 2021.

En quoi le modèle économique du musée entraîne t-il des perspectives différentes face à la sortie de cette crise ?

Il faut toujours se méfier car au-delà de certains fantasmes liés au monde d’après, la dynamique première de remise en question ayant suivi les grandes périodes d’épidémies de notre histoire n’a jamais résisté longtemps à l’attrait des logiques financières, comme c’est le cas pour de nombreuses institutions culturelles.
J’ai le sentiment aujourd’hui que le monde des musées est divisé en deux groupes. D’une part, des entités dont le projet économique est entièrement fondé sur les expositions mobilisant dès lors d’importants budgets et qui vont
donc devoir tenir le cap dans les mois qui viennent avec l’hypothèse d’un 2ème retour de la pandémie, comme cela semble être le cas à Singapour aujourd’hui. Ces musées vont avoir du mal à développer des projets économiquement viables tout en respectant des conditions sanitaires strictes. D’autre part, des institutions qui ont un mode de fonctionnement différent avec l’essentiel du travail porté sur les collections. Ceci offre l’avantage de pouvoir mieux gérer les flux sans être comprimés dans une rentabilité courte.

Quel impact a cette période sur l’écosystème artistique et culturel de Bruxelles qui participe grandement à l’attractivité de la capitale ?

C’est difficile à dire dans la mesure où l’on voit que la fin du confinement en Chine induit des comportements par rapport à la culture qui n’ont rien à voir ce que l’on a pu voir en Europe. Ce qui s’annonce ressemble économiquement à une catastrophe avec des charges mais plus aucune recette, les réseaux sociaux entretenant une activité mais n’apportant aucun revenu au musée. La sortie de tout cela est étroitement tributaire des caractéristiques de chacun, la culture recouvrant des réalités fort différentes, le musée étant fondamentalement différent de l’opéra ou d’une salle de concert. Nous ne fonctionnons pas avec un seul endroit où tout le public est amassé durant un temps donné mais sur une durée longue, qui se répète jour après jour dans un espace de quelque 20 000m2. Cela induit donc une toute autre manière de répondre aux normes sanitaires et donc de pouvoir envisager une réouverture. Le ratio visiteurs étrangers à Bruxelles va être proche de zéro pendant un certain temps à la faveur de la décision qui sera prise à la fin du mois quant à la circulation intra-européenne, la circulation extra-européenne sera elle, très probablement interdite et sans doute pour tout l’été. Ces hypothèses vont poser beaucoup de problèmes à l’économie touristique. Cela veut dire que les institutions se retrouvent devant un public local qui connaît parfois mieux les musées à l’étranger que ceux de sa ville. Il y aura aussi un public important qui privé des distractions usuelle viendra peut-être vers des musées qu’il n’a jamais imaginé fréquenter. A part les mécènes ou les abonnés, et les membres des Amis, pour le grand public cela va être une occasion de venir et de revenir pour découvrir les musées et institutions culturelles de proximité.Ce sont des opportunité à saisir avec enthousiasme. C’est consommer « local » et offrir aux habitants de cette ville et de ce pays l’opportunité de se réapproprier leur patrimoine.
Que vous inspire la situation des musées américains menacés de fermeture et obligés de se séparer de beaucoup de leurs équipes ?
Le musée américain n’est pas différent de la société américaine et est le reflet d’une culture capitaliste. Tout y est sujet à marchandisation – même la santé – et ce qui ne rentre pas dans modèle meurt impitoyablement. Ces musées sont donc beaucoup plus dépendants de nous de la fréquentation du public et du tourisme pour certaines destinations. Menacés de faillite, ils vont réagir fort différemment de nous. Il y a une différence de structuration fondamentale. La survie d’un certain nombre d’entre eux va dépendre d’une mobilisation pour les défendre car il y a aussi dans les musées américains des personnalités peu présentes dans nos musées, qui sont des philanthropes, des mécènes, et non des simples sponsors. Ceux-là devraient avoir un rôle à jouer pour faire en sorte qu’à l’issue de cette crise, l’institution soit toujours en état de marche. La politique de Trump avec sa volonté farouche de ne pas soutenir la culture, risque d’accélérer la dynamique. C’est une situation très critique qui n’est que le revers de l’extrême fluidité et du dynamisme de la scène artistique et muséale américaine.
Chaque médaille a son revers.

Quelles mesures en pratique sont prises par les MRBAB depuis le 19 mai ?

– Dans le musée, un parcours sous forme de promenade est à respecter : Télécharger ici le plan du musée
– Les mesures à suivre pendant la visite :
• Une jauge horaire avec des quota a été mis en place afin de répartir le nombre de visiteurs tout au long de la journée. A l’achat d’un billet online, on vous demandera de choisir une heure. Veuillez respecter l’heure choisie. Une tolérance de max. 1h est acceptée.
• Il y a un parcours préétabli, sous forme de promenade à travers le musée. Veuillez-vous y tenir.
•  A l’intérieur du musée, les règles de distanciation sociale s’appliquent. Les visiteurs sont priés de garder une distance de 1,5 m.
• Selon la dimension des salles, plus ou moins de personnes seront acceptées en même temps. Le nombre à respecter sera indiqué à l’entrée de chaque salle.
• L’utilisation des ascenseurs sera limitée aux visiteurs à mobilité réduite.
• Par précaution pour les visiteurs et le personnel, uniquement le paiement par carte bancaire sera accepté à la billetterie.
• Afin de réduire le risque de contamination, les audioguides ne sont pas disponibles à la location.
• Les visiteurs pourront utiliser des casiers au vestiaire. Ceux-ci seront désinfectés après utilisation.
• A l’entrée un contrôle de sécurité sera effectué. Le gardien ne touchera pas aux biens du visiteur.
• Nous vous demandons de prendre le moins possible avec vous. Les grands sacs et trolleys seront refusés; les sacs à main et petits sacs à dos seront acceptés.
• Les sanitaires et autres endroits sensibles (poignées, portes) seront régulièrement nettoyés.
• Près des bornes de billets électroniques, aux caisses et Museum Shop des gels hydroalcooliques et des lingettes désinfectantes seront disponibles.
• Toutes les activités pour les visiteurs individuels seront annulées jusqu’à nouvel ordre, ainsi que les réservations pour les groupes.
En dehors de ces mesures spéciales, le règlement du visiteur reste de vigueur.

Nous encourageons les visiteurs à acheter leurs billets en ligne, si possible. Vous trouverez le webshop ici.
Et toujours le contenu digital :
#FineArtsAtHome
Les vidéos, expositions virtuelles, contenus exclusifs et ateliers créatifs :
 https://fine-arts-museum.be/fr/open-museum

Bruegel The Originals : expositions virtuelles, vidéos, expérience de réalité virtuelle
https://www.fine-arts-museum.be/fr
Flemish Masters 2018-2020, The Stay at Home Museum
Visit Bruegel as A Vip
https://www.flemishmasters.com
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