Temps de lecture : 3 minutes et 23 secondes

Alors que le musée Tinguely vient de rouvrir le 12 mai, moyennant un système de protection spécifique, l’exposition « Amuse-bouche. Le Goût de l’art » a été prolongée jusqu’au dimanche 26 juillet 2020. Connaissez-vous le sucré, salé, acide, amer et umami ? Comment percevons-nous l’art à partir d’aliments et de leurs saveurs spécifiques ? Que se passe-t-il lorsque l’expérience de l’art passe principalement par notre bouche ou notre langue ? Est-il possible de décrire et de traduire des expériences gustatives en images ?

Autant de questions que soulève cette exposition tout à fait singulière et innovante qui a nécessité certains aménagements pour ce déconfinement. Roland Wetzel directeur du musée a réussi à la prolonger et nous dresse le bilan qu’il fait de cette période de crise.

«La participation interactive dans l’exposition -Amuse-bouche- a été adaptée selon les nouvelles contraintes»

Quels défis et arbitrages attendent le musée Tinguely pour une réouverture réussie ?

C’est facile et difficile en même-temps. Il faut que les gens aient envie de nous rendre visite. Dans la situation actuelle il est important qu’on fasse tout pour qu’ils se sentent à l’aise et de minimer les risques de contagion. Ainsi, chaque institution suit un concept de protection / protocole sanitaire et recommandations émises par l’Office Fédéral de la santé public (OFSP). Ce plan constamment adapté et la taille de notre musée permettent une situation relativement confortable dans le sens où nous avons beaucoup d’espace. En gardant les distances requises, on pourrait accueillir jusqu’à 220 personnes par heure.

Quel bilan faites-vous de cette crise à ce stade et notamment en ce qui concerne “Amuse-bouche” ?

Cette crise nous a demandé de la solidarité dans les relations personnelles et sociétales. La flexibilité sera une recette qui nous accompagnera encore pour un bon moment. La crise nous a montré à quel point des données qu’on estimait inchangeables peuvent se transformer en toute vitesse. L’exposition ‘Amuse-bouche’, qui s’inscrit dans une série d’expositions dédiée aux cinq sens humains, s’exprime avec un fort potentiel d’interactivité, comme l’étaient les autres. L’expérience du goût est une /sensation personnelle. Nous réagissons donc avec des offres personnalisées à cette nouvelle situation. Déjà, c’est formidable qu’on puisse rouvrir le musée Tinguely aujourd’hui. Il reste le bémol que les visites guidées et les évènements spéciaux ne peuvent pas avoir lieu, au moins pas pour les semaines à venir.

Quelles ont été vos priorités en terme de contenu digital pendant cette période de confinement où l’offre est pléthorique ?

Un grand nombre de nos visiteur.euse.s nous rend visite plusieurs fois. Ils ont une ‘relation personnelle’ avec ce qu’on offre. Il était donc évident que ceci représente notre base afin de concevoir notre contenu intitulé ‘TINGUELY@HOME’ en ligne : L’accès à la collection avec le ‘Méta-Tinguely’, les offres d’ateliers pour enfants et adultes, et les ‘fenêtres’ pour les artistes avec lesquels on collabore pour les expositions passées et au future. Il ne faut pas vouloir réinventer le musée dans cette situation, mais c’est essentiel de pouvoir garder le contact et de compléter l’expérience muséale. Et le domaine numérique a encore beaucoup de potentiel à accompagner nos activités. Nous souhaitons prolonger ce nouveau format au-delà du confinement et nous vous tiendrons volontiers au courant sur les nouveaux contenus numériques pour les grands et petits visiteur.euse.s.

En terme de solidarité vis-à-vis de l’écosystème de l’art fortement fragilisé, quelles initiatives ont du sens selon vous ?

Dans la situation d’un musée d’art, ce sont les pigistes, les artistes, les guides et les personnes fragiles qui sont à la fin des chaines de dépendances. C’est avant tout à eux qu’il faut penser et qu’il faut soutenir. A Bâle et en Suisse, des programmes publiques et privés ont été créés pour venir en aide avec des moyens financiers afin de permettre à ces groupes de continuer leurs projets et recherches.

Pensez-vous que cette alerte aura une empreinte durable sur nos comportements face à l’art et aux expositions ?

Selon moi, ceci représente une vraie rupture et ça va changer les comportements. Je suis persuadé que l’art jouera un rôle très important dans le processus de réflexion sur ce que ce virus fait avec nous comme individus et comme membres de sociétés. Déjà pour notre prochaine grande exposition avec l’artiste japonais Taro Izumi, qui va ouvrir début septembre, l’artiste réagit d’une façon intelligente et examine avec de nouvelles œuvres à ces nouvelles conditions de vie et de communication.

INFOS PRATIQUES :
« Amuse-bouche. Le Goût de l’art »
prolongée jusqu’au dimanche 26 juillet 2020

Le concept de protection établit des règles de comportement qui entrent en vigueur lors du déconfinement. En outre, nous recommandons de planifier la visite au musée à l’avance en utilisant notre billetterie en ligne. La participation interactive dans l’exposition « Amuse-bouche » a été adaptée selon les nouvelles contraintes. Les visiteur.euse.s recevront à la caisse un « set de dégustation », qui complètera la visite de l’exposition.

Par ailleurs, tous les événements autour de l’exposition notamment les visites publiques avec ses interactions interactives restent malheureusement suspendus jusqu’à nouvel ordre.

Néanmoins, nous pouvons recommander vivement de combiner la visite du musée avec une escale au Parc Solitude qui entoure le musée ou une promenade au bord du Rhin juste devant la porte du bistro « Chez Jeannot » qui ouvrira également ses portes à partir du 12 mai.

A venir :
Les dates des prochains projets d’exposition « Pedro Reyes. Return to Sender » et « Taro Izumi. Ex » seront communiquées sous peu.

Musée Tinguely
Paul Sacher-Anlage 2
4002 Basel, Suisse
https://www.tinguely.ch/fr/

X
X