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Pour sa première carte blanche, notre invitée Marion Scemama a souhaité nous présenter une série réalisée par Véronique Bourlon. Directrice de l’action culturelle de la Scam, mais aussi photographe Véronique Bourlon a réalisé une image pour chaque jour du confinement de la crise sanitaire du covid-19. 55 jours d’isolement. 55 jours d’ouverture sur son monde… Un travail à paraître aux éditions Le Bec en l’air.

Véronique Bourlon n’est pas une photographe professionnelle. C’était une photographe jusque-là occasionnelle, amateure dirons-nous, au sens noble du terme. Je l’ai rencontré en 1995. Elle était responsable de la communication à la Fnac Montparnasse et moi adjointe de Laura Serani aux Galeries photo.
Des années plus tard, je l’ai retrouvée par hasard. Elle était devenue directrice de l’action culturelle de la Scam et moi je venais d’être nommée lauréate parmi d’autres de la bourse Brouillon d’un rêve*. Heureuses de nous retrouver, nous avons déjeuné ensemble et sommes devenues amies… sur Facebook.

Puis vint le confinement.
Au début, malgré mes velléités de mettre ce temps mort à profit, gagnée par la léthargie, la colère et bientôt la mélancolie, je passais beaucoup d’heures sur Facebook, seul lien virtuel mais bien vivant avec mes connaissances et mes ami.es. Je remarquais les post de Véronique. Chaque jour, à la même heure, elle publiait une photo de fleur. Au début je me disais des fleurs, c’est banal… et puis au fil des jours, j’ai découvert une écriture singulière. Ce n’était pas juste une photo de fleur comme on en a tant vu, mais des images intrigantes par le regard qu’elle leurs portait. Une sensualité parfois mortifère, une beauté vénéneuse, menaçante, dérangeante, parfois une fragilité vulnérable et émouvante émanaient de ses photos. Les fleurs du mal à fleur de peau…
Il m’arrivait de m’identifier à leur titre, aux références qui me parlaient : #Openingnight, Stormyweather, Injustice, Trouble, Sadness, Lacinquantaine… Ce qui m’étonnait le plus, c’était la régularité quotidienne et ponctuelle de ses publications, comme une impérative nécessité. Certaines étaient prises de jour, surexposées, d’autres de nuit, en intérieur, lumières sombres, certaines en couleur, d’autres en noir et blanc.
Finalement, au 25ème jour de confinement, je poste un commentaire : Véronique tu es en train de faire œuvre ! Image après image, quelque chose se structure, une vision, un regard, une écriture qui dégage quelque chose d’indéfinissable.

Quelques jours après, elle m’appelle et m’apprend qu’elle s’est acheté un appareil photo quelques semaines avant le confinement. Au premier jour, désemparée de se retrouver confinée chez elle, elle prend son appareil et cherche. Les fleurs. Une photo par jour. De jour, de nuit, au milieu de ses insomnies, elle tâtonne, expérimente, erre dans sa cuisine toutes lumières éteintes, allume le faible éclairage de sa hotte, place une plante, cadre au plus serré. Ce qu’elle voit la bouleverse. Elle appuie sur le déclencheur. C’était la naissance heureuse d’un geste photographique. La connexion intense entre ce qu’elle voit et ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même lui révèle la possibilité d’une ouverture vers des voies (des joies ?) jusqu’ici insoupçonnées.

Les réseaux sociaux feront le reste.
Une amie chère lui propose de publier son travail en édition limitée, hors commerce.
Le titre de ce livre ? Les fleurs du mal, journal d’un confinement. Et peut-être ensuite la perspective de les exposer un jour, dans un festival peut-être, où le thème du confinement rassemblerait toutes celles et ceux qui, désemparés, auraient pris leur appareil photo dans un geste libérateur.

A paraître : Les fleurs du mal, journal d’un confinement.
Édition hors commerce, Le Bec en l’air, 2020. Pour acquérir un exemplaire : veronique.bourlon@gmail.com

*Bourse Brouillon d’un rêve, dispositif d’aide à la création de la Scam.

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