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Carte blanche à Cécile Schall : Ma première photo – Dark Materials IV de James Sparshatt

Temps de lecture estimé : 4mins

Le coeur a ses raisons que la raison ignore

Pour sa troisième carte blanche, notre invitée de la semaine, la fondatrice de fotofever, Cécile Schall, nous dévoile la première photographie qu’elle a collectionnée. Il s’agit d’une image réalisée par le photographe britannique James Sparshatt. Une acquisition faite lors de la première foire que Cécile a organisée ! Une double première !

Après 15 ans de marketing dans des grands groupes internationaux, j’ai eu cette idée folle de vouloir travailler dans l’art, avec cette petite voix ancrée en moi qui voulait promouvoir la photographie, cet art majeur choisi par mes aïeux quelques années après son invention en France… Je me suis retrouvée à lancer une foire d’art contemporain à Paris avec des galeries venant du monde entier, moi qui n’avais jamais mis les pieds dans une galerie ni dans une foire d’art…mais c’était parti pour une nouvelle vie, bien décidée à réussir !

Je ne savais pas que c’était impossible alors je l’ai fait. En 5 mois, j’ai monté la première édition parisienne de ce concept anglo saxon qui allait révolutionner le monde de l’art, donnant accès à l’art à tous ceux qui n’ont pas les codes. C’était la première édition de Affordable Art Fair à l’Espace Champerret à Paris en mai 2008. Pendant les quelques mois de préparation de cette foire, j’avais commencé à sélectionner les images des oeuvres qui allaient illustrer le dossier de presse, le flyer, le catalogue …

Dark materials IV – The joy of waves at sunset. After pilgrimage to the holy sites of Gokarna, Karnataka it is time to celebrate on the beach and in the surf © James Sparshatt copie

Parmi toutes ces photographies, il y en a une qui m’a interpellée : Dark Materials IV de James Sparshatt, présentée par la galerie londonienne Capital Culture. J’aimais cette image, sans trop savoir pourquoi. Quelques mois plus tard, la foire a lieu. J’accueille les galeries, je vois les oeuvres s’accrocher au fur et à mesure de cette journée de montage et je découvre alors Dark Materials IV, non plus l’image ou le fichier de l’image mais l’oeuvre, la vraie, en grand et là….le choc ! En écrivant ces lignes je repense à cette émotion que j’ai ressentie en la rencontrant, j’en pleurais ! James le photographe était là. Je lui ai dit que son oeuvre, il me la fallait. Elle m’avait émue, elle m’avait élue.. On discute le prix et surtout l’étalement du paiement sur 10 mois.

Le soir du vernissage, j’étais tellement heureuse de partager ma rencontre avec mon mari…qui n’a pas eu le même coup de foudre que moi ! Peu importe, le coeur a ses raisons que la raison ignore disait Blaise Pascal. Il me la fallait, je l’ai eue. Le soir du démontage, j’ai annoncé à mon mari que je l’avais achetée et qu’il nous fallait la ramener à la maison. La question de mon mari : mais où allons nous l’accrocher ? Je n’en savais rien mais j’étais bien persuadée qu’elle trouverait sa place dans notre maison à Montreuil. Depuis juin 2008, elle trône sur la cheminée. Elle fait plus d’1M50 !

Les souvenirs peut-être, l’inconscient justement

Je n’ai compris que bien plus tard l’énigme que contenait cette œuvre dans mon for intérieur. Au travers de ces 5 personnages en bord de mer, au coucher du soleil, elle représentait l’essence même des vacances heureuses passées en compagnie de mes cousins au bord de la mer en Bretagne…L ‘émotion de la vie ! Un souvenir d’enfance immuable ressurgissait à travers elle.

Plus tard, un de mes galeristes fotofever, un expert en photographie, me dit que cette photographie représente pour lui la version contemporaine d’une célèbre photographie de Martin Munkásci « Enfants noirs au bord du lac Tanganika » de 1932, à l’origine de la vocation de Henri Cartier Bresson. Munkásci a été photographié par mon grand père Roger Schall en mai 1935 en arrivant à New York, après la traversée inaugurale du paquebot Normandie dont il était le photographe officiel pour le magazine Vu. Ils faisaient tous les 2 partie des grands photographes de Vogue de l’époque.
Et la boucle est bouclée, l’art fait voyager…

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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