L'Invité.e

Karin Hémar, journaliste et commissaire, est notre invitée

Temps de lecture estimé : 9mins

Portrait d’enfance Karin Hémar. Tous droits réservés

C’est semaine, nous accueillons la journaliste et commissaire d’exposition indépendante, Karin Hémar. Son travail étant habituellement tourné vers les autres, depuis le 10 mai, elle présente un travail personnel mêlant photographies et collages à la galerie ArchiLib dans une exposition intitulée « Voici la surface » que nous vous dévoilons aujourd’hui… Parallèlement à cela, elle a choisi, jusqu’à vendredi de nous partager ses coups de cœur et nous la retrouverons à l’occasion de la 3ème édition du Parlement de la Photographie au Palais de Tokyo, le 7 mai lors d’une table ronde consacrée à la commande commerciale.

Depuis plus de 20 ans, Karin Hémar accompagne institutions, galeries et entreprises en élaborant avec et pour elles des projets destinés à laisser une empreinte culturelle.
Elle développe par ailleurs sa propre pratique photographique, et travaille à des compositions associant, voire confrontant ses images saisies au quotidien à d’autres supports, tels que chutes de papier peint ou archives vernaculaires. Sa série intitulée « Voici La Surface » – clin d’œil à Susan Sontag – est exposée Galerie ArchiLib, à Paris jusqu’au 20 mai.

Son activité de conseil se concentre sur la stratégie créative, la communication et la médiation. Photographie, art contemporain, métiers d’art, design et art de vivre sont ses sujets de prédilection, qu’elle aime mêler dans une vision transversale. Une discipline inspirant l’autre pour donner naissance à des initiatives originales, notamment entre marques et talents d’horizons variés. Journalisme culture et modération de conférences lui permettent aussi de mettre en lumière les acteurs et créateurs du monde des arts qu’elle rencontre.

En tant que commissaire, elle compte à son actif des expositions et évènements conçus ex-nihilo tels que la tournée « Eclats d’enfance » avec 33 photographes, « Jane Birkin célèbre l’Entente Cordiale France-Grande-Bretagne », « Carte Blanche au designer Marc Newson », « Jean-Loup Sieff pour Reporters Sans Frontières », « Cinecittà, Regards croisés », « Art-vidéo, la Chine se filme ».

Elle siège au Bureau des Filles de la Photo, association des professionnelles de la photographie, et a été membre de plusieurs pré-jurys (dont Résidence BMW 2020, Prix européen Art Explora Académie des Beaux-Arts 2021).

Karin a débuté sa carrière à l’international, au sein de grands groupes audiovisuels.

Elle est diplômée de l’Executive-MBA Management, Communications et Sociétés du Celsa ainsi que du 3ème cycle en Droit et Administration de l’Audiovisuel de Paris 1- La Sorbonne.

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L’auteur Ludovic Roubaudi signe le texte qui introduit l’exposition personnelle de Karin Hémar « Voici la Surface », actuellement présentée Galerie Archilib à Paris.

UN, DEUX, TROIS / SIX, NEUF

Il y a du Chiffre dans les créations de Karin Hémar. Un code à percer, comme une énigmatique suite mathématique qui pourrait s’écrire : 1, 2, 3 / 6, 9.

Sans titre, Série Voici la surface © Karin Hémar. Tous droits réservés

Sans titre, Série Voici la surface © Karin Hémar. Tous droits réservés

Sans titre, Série Voici la surface © Karin Hémar. Tous droits réservés

Sans titre, Série Voici la surface © Karin Hémar. Tous droits réservés

Sans titre, Série Voici la surface © Karin Hémar. Tous droits réservés

Sans titre, Série Voici la surface © Karin Hémar. Tous droits réservés

Sans titre, Série Voici la surface © Karin Hémar. Tous droits réservés

Le un serait le hasard de l’instant. La promenade, des milliers de pas quotidiens, au hasard des villes et de la vie.
Deux, le regard posé sur les petits sourires de la rue : une ombre claire, un manteau coloré, une canette rouge posée sur le bleu d’une table de bateau.
Trois, la photo. Rapide, presque furtive, mais jamais volée. Le sujet pénètre le cadre, il n’y est ni happé ni projeté.
Puis l’éblouissement dans des dimensions qui nous échappent. L’abandon poétique où rien n’est mathématique, et tout en dehors de la raison. « Mes images sont pour moi un point de départ, le déclencheur de mon imaginaire. Je ne cherche pas à témoigner de LA réalité. Je ne crois pas que la photographie le permette vraiment. A chacun son regard, sa réalité », dit-elle.
6, 9, l’écart de temps vide et sans schéma. Là où la photo sort de son boîtier pour gagner le tirage. Ce moment où, dans l’intimité de l’atelier, elle oublie et s’oublie, assemble et se rassemble. Tout son art est là, dans cette frontière entre la rigueur et l’abandon.
« J’aime l’idée de retrouver la photo brute, sortie de son contexte, pour la faire évoluer et l’emmener ailleurs. Je m’installe alors dans un temps plus lent, propice au cheminement intérieur et au travail manuel ». Il n’y a plus alors de recherches, mais des évidences qui se tissent.
Longtemps elle a piqué un détail de ses photos d’un trou d’aiguille. Un tout petit manque invisible qui révélait le merveilleux. Aujourd’hui, elle compose ses œuvres avec du papier peint. « Par mes collages, je viens prolonger ou perturber la photographie, lui donnant ainsi un aspect unique. J’altère la surface. Je joue avec les formes, les couleurs, les matières mais aussi avec les symboles, le sens que j’y vois ou que j’y mets. Charge au regardeur de s’en emparer à son tour librement ».
Peut-être ne faudrait-il pas se contenter de voir ce que ces images nous montrent, mais aussi écouter ce qu’elles nous racontent. Le monde qui se promène sous d’autres yeux que les nôtres, un gobelet de plastique vide devant une prison vénitienne, un léopard métropolitain, un point vert sur une couture de sable. Autant de petites et grandes joies du regard reliées les unes aux autres par un déclic niché entre 1, 2, 3 / 6, 9.

INFORMATIONS PRATIQUES

mar10mai(mai 10)9 h 30 minven20(mai 20)18 h 00 minVoici la surfaceKarin HémarGalerie Archilib, 49, boulevard de la Villette, Belleville, 75010 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

Le portrait chinois de Karin Hémar

Si j’étais une œuvre d’art : Le boléro, chorégraphié par Maurice Béjart, sur la musique de Ravel. J’ai grandi à Bruxelles ; le ballet du XXème siècle y était établi. Je ne sais combien de fois j’ai assisté à ce spectacle, marquée par le regard droit, les mains et la présence de Shonach Mirk et Jorge Donn, qui ont chacun interprété cette pièce.
J’aurais aussi pu citer les créations de Jean-Claude Ellena, un homme délicat et profond, dont trois parfums m’accompagnent depuis des années. Bois d’iris (The Different Company), Cuir d’Ange (Hermès) et Epice Marine (Hermès). Ce dernier, né d’une rencontre avec le chef Olivier Roellinger, m’évoque à la fois mes racines bretonnes et le voyage.
Si j’étais un musée : The Isabella Stewart Gardner Museum.
Il abrite les collections et relate les voyages d’une femme audacieuse ayant défié les conventions de la bonne société bostonienne à la fin du XIXème siècle.
Si j’étais un artiste : Bodil Udsen, ma grand-mère, une femme fragile et puissante.
Admirable comédienne danoise, elle a fait le grand écart entre le cabaret et Beckett, interprété Gertrude Stein dans un seul-en-scène époustouflant, Médée, la Callas…
Si j’étais un livre : Je m’appelle Asher Lev. De Chaïm Potok.
L’art, les traditions, la religion, la famille. Les choix.
Si j’étais un film : The Barber, l’homme qui n’était pas là. De Ethan et Joel Coen
« … plus on regarde, moins on sait de choses ».
Si j’étais un morceau de musique : Tell me a tale. De Michael Kiwanuka

Une vieille âme soul qui n’avait pourtant que 25 ans à la sortie de ce titre, extrait de son premier album, en 2012.
Si j’étais un photo accrochée sur un mur : Bénarès, Inde, 1956, dédicacée par Marc Riboud.
Cet homme malicieux et généreux, grand voyageur, a cru en moi. Je lui dois plus qu’il n’a jamais su.
Si j’étais une citation : « Au bout du compte, l’image photographique nous lance un défi : « Voici la surface. A vous maintenant d’appliquer votre sensibilité, votre intuition, à trouver ce qu’il y a au-delà, ce que doit être la réalité, si c’est à cela qu’elle ressemble ». Les photographies qui ne peuvent rien expliquer elles-mêmes, sont d’inépuisables incitations à déduire, à spéculer, à fantasmer ».
Cette citation de Susan Sontag a inspiré le titre de mon exposition. Je trouve qu’elle s’applique aussi à certains êtres, surtout lorsqu’ils sont secrets.
Si j’étais un sentiment : La curiosité.
Qui va de pair avec le respect.
Si j’étais un objet : Un Damier.
Pour le jeu, le contraste et la nuance, les chemins.
Si j’étais une expo : La suivante que j’aurai j’espère le cran d’organiser autour de mon travail personnel, en collaboration avec des talents que j’estime. Après le réel et l’imaginaire, j’aborde en ce moment le thème du passé. Loin d’être figé, celui-ci peut être rejoué.
Si j’étais un lieu d’inspiration : Tous, pour peu que l’on sache se laisser surprendre.
Si j’étais un breuvage : Mezcal Margarita, en bonne compagnie.
Fumé, piquant, frais.
Si j’étais une héroïne: Les êtres dangereux dont parle T.E. Lawrence, les rêveurs éveillés.
“Ceux qui rêvent la nuit dans les recoins poussiéreux de leur esprit s’éveillent au jour pour découvrir que ce n’était que vanité ; mais les rêveurs diurnes sont des hommes dangereux, ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts, pour le rendre possible.”
Les sept piliers de la sagesse.
Si j’étais un vêtement : Celui qui ne dévoile qu’une facette de soi à la fois.
Une chemise blanche, un manteau à la Iris Apfel, un smoking vintage YSL porté à même la peau, une robe fluide ou…. une paire de kickers de petite fille.

CARTES BLANCHES DE NOTRE INVITÉE

Carte blanche de Karin Hémar : Inspiration cinématographiques (mardi 17 mai 2022)
Carte blanche de Karin Hémar : Inspirations bibliographiques (mercredi 18 mai 2022)
Carte blanche de Karin Hémar : Mentorat pour les Femmes Photographes (jeudi 19 mai 2022)
• Carte blanche de Karin Hémar (vendredi 20 mai 2022)

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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