Après plusieurs mois de travaux de rénovation, le Pavillon Populaire de Montpellier a ouvert ses portes en décembre avec une nouvelle exposition consacrée au célèbre photographe français, Raymond Depardon. Extrême Hotel présente la donation d’une centaine de tirages faite au musée Fabre. Autre grande nouveauté : le Pavillon Populaire a dévoilé le nom de sa nouvelle directrice artistique, Luce Lebart qui a pris ses fonctions ce début d’année 2026.

Portrait de Luce Lebart © Chau Cuong Lê / Hans Lucas

Ericka Weidmann : Vous êtes la nouvelle directrice artistique du Pavillon Populaire. Vous succédez à Gilles Mora, qui a dirigé cette institution pendant quinze ans. Qu’est-ce qui vous a poussé à déposer votre candidature ?

Luce Lebart : Le Pavillon Populaire est un espace exceptionnel, situé en plein cœur de la ville, et il porte bien son nom puisqu’il est libre d’accès, ce qui est rare également. Montpellier est une ville à laquelle je suis particulièrement attachée : j’y ai d’ailleurs commencé ma carrière aux Archives départementales de l’Hérault.
Mais au cœur de cette envie, il y a surtout celle de programmer et de concevoir des expositions dans la dynamique initiée par l’ancien directeur artistique, Gilles Mora : des expositions historiques ambitieuses, inédites, ouvertes à toutes les pratiques de la photographie. L’aspect éditorial est également très motivant puisque chaque exposition du Pavillon est l’occasion d’éditer un beau livre de référence. J’adore les livres de photographie, j’aime autour les lire que les concevoir. J’ai d’ailleurs découvert très tôt les ouvrages de Gilles Mora, alors que j’étais jeune étudiante à l’École Supérieure d’Arles. J’apprécie particulièrement son approche de l’histoire de la photographie : ni strictement académique, ni élitiste, mais à la fois accessible, érudite et recherchée. C’est exactement ainsi que j’aime raconter l’histoire de la photographie. Tous sont tous ces éléments qui ont rendu cette perspective particulièrement enthousiasmante.

Le Pavillon doit continuer d’être un lieu incontournable, un lieu de référence pour tous les passionnés de photographie et de son histoire, mais aussi pour tous les publics. Il doit rester un espace de découvertes, où l’on se sent bien et où l’on peut faire des rencontres importantes avec des œuvres, des idées et des auteurs.

Le pavillon populaire

E.W. : Quelle est votre ambition pour ce lieu d’exposition, à la fois sur le territoire français et à l’échelle européenne ?

L.L. : Le Pavillon doit continuer d’être un lieu incontournable, un lieu de référence pour tous les passionnés de photographie et de son histoire, mais aussi pour tous les publics. Il doit rester un espace de découvertes, où l’on se sent bien et où l’on peut faire des rencontres importantes avec des œuvres, des idées et des auteurs.
Renforcer le rayonnement et la vitalité territoriale et internationale du Pavillon passe par l’inscription de son programme dans de grandes manifestations nationales et internationales, comme le Bicentenaire de la photographie en 2026 et 2027, ou encore le festival des Rencontres d’Arles, à travers le programme du Grand Arles Express. Chaque exposition contribuera à consolider ce dynamisme et à multiplier les liens avec différents acteurs de l’art et de la culture artistique et scientifique en France et à l’étranger, grâce à des partenariats et des collaborations.
Renforcer la proposition éditoriale en la singularisant permettra de rencontrer l’univers foisonnant et créatif du livre photo. Tout cela, bien sûr, en préservant ce qui fait la singularité du Pavillon Populaire : présenter à Montpellier des expositions de photographies ambitieuses et inédites en France, avec une programmation ouverte à la diversité des esthétiques : photographie documentaire, patrimoniale, artistique, scientifique, etc.

La première télévision. Bourgogne (France), 1963. Photographie de Janine NIEPCE (1921-2007). © Janine NIEPCE / ROGER-VIOLLET

E.W. : Le Pavillon Populaire a toujours affirmé une volonté d’ouverture au grand public, notamment grâce à la gratuité. Comment envisagez-vous de préserver, voire de renforcer, ce lien avec le public ?

L.L. : C’est exceptionnel d’avoir un lieu de cette envergure dont les expositions sont entièrement gratuites. C’est un choix politique fort, et il a évidemment un coût. À mon arrivée, j’ai été soufflée par l’ampleur des initiatives menées par le service de médiation de la Ville, à la fois sur place, pour tous types de publics, y compris des publics spécifiques (personnes malvoyantes, malentendantes…), mais aussi hors les murs, auprès de centres de travailleurs, d’établissements pénitentiaires ou d’hôpitaux. Le Pavillon Populaire développe ainsi une politique de médiation gratuite et inclusive qu’il est essentiel de poursuivre. Les publics les plus difficiles à capter sont les adolescents. Lorsqu’ils viennent, c’est souvent lors d’une sortir organisée par leur collège, leur lycée ou avec un parent. C’est un âge fragile, où l’on est particulièrement sensible, et parfois la rencontre avec une image ou une idée peut changer beaucoup de choses et créer du lien. Cette question du lien est vraiment essentielle.

1955, Lucien HERVÉ, La Haute Cour de Justice, Chandigahr, Inde.

E.W. : Vous êtes historienne de la photographie, commissaire, autrice, chercheuse… Comment ces différentes approchent influencent-elles votre manière de concevoir un programme d’expositions ?

L.L. : Le fait d’être historienne, et d’avoir travaillé au sein de collections privées et publiques, oriente naturellement mes premiers réflexes de programmation : ils partent toujours de rencontres avec des images. Je souhaite favoriser aussi bien les relectures d’œuvres canoniques que la recherche d’images et d’œuvres méconnues : regarder à côté, ou derrière ce qui se présente en premier lieu, autrement dit montrer ce qui est resté dans l’ombre.
Les XIXᵉ et XXᵉ siècles ont été d’une immense richesse photographique, et il reste encore beaucoup à montrer, à partager, à faire sortir des tiroirs – en plus de la création contemporaine. J’ai ainsi une véritable appétence pour des pratiques et des usages de la photographie encore peu représentés dans les circuits traditionnels. L’idée est de conjuguer les deux : continuer à valoriser des figures reconnues tout en ouvrant la porte à des démarches moins visibles.
J’ai à cœur d’alterner les approches curatoriales afin de faire vivre au public des expériences d’exposition variées. La première exposition, en juin 2026, sera collective, thématique et historique : un parcours à la fois ludique et érudit à travers deux siècles d’expérimentations et d’innovations photographiques. « Premières fois / Premières photos » est une invitation à un voyage ludique et érudit dans 200 ans d’innovations et d’expérimentations de la photographie. La suivante, prévue pour décembre 2026, sera une rétrospective inédite consacrée à un grand photographe français : Lucien Hervé. En termes d’expérience, ce n’est pas du tout la même chose : la rétrospective invite à une rencontre plus intime et personnelle, à la fois avec une œuvre et avec un individu

E.W. : C’est un peu un retour aux sources que de revenir à Montpellier, puisque vous avez débuté votre carrière aux Archives départementales de l’Hérault en tant que responsable des fonds figurés. Qu’est-ce que cela représente pour vous de retrouver cette ville et son territoire culturel ?

L.L. : C’est à la fois émouvant et réjouissant. J’ai quitté Montpellier en 2011 pour travailler dans des institutions dédiées à la photographie à Paris (la Société française de photographie), au Canada (le Musée des beaux-arts), en Angleterre (Archive of Modern Conflict) et en Italie (le festival Fotografia Europea). En quinze ans, tant de choses ont changé ici : la ville s’est transformée. Quand on y arrive aujourd’hui, on a vraiment l’impression d’entrer dans une ville idéale du futur.
La jeunesse y est toujours aussi présente, et l’art comme la culture y sont partout et tellement accessible. Quel plaisir de rencontrer mes nouveaux collègues et de retrouver les anciens, de découvrir les travaux des photographes de la relève et de revoir ceux que j’ai connus, dont les œuvres ont mûri. Je me suis même fait la réflexion qu’il existe aujourd’hui une véritable « école montpelliéraine » de la photographie, un peu à l’image de celle de Vancouver.

EN CE MOMENT AU PAVILLON POPULAIRE

mer03déc(déc 3)10 h 00 min2026dim12avr(avr 12)18 h 00 minRaymond Depardon Extrême Hôtel Pavillon Populaire // Espace d'art photographique de la Ville de Montpellier, Esplanade Charles de Gaulle, 34000 Montpellier


À VENIR

mer01jul10 h 00 mindim01nov18 h 00 minPremières fois / Premières photosUne relecture réjouissante de l’histoire de la photographiePavillon Populaire // Espace d'art photographique de la Ville de Montpellier, Esplanade Charles de Gaulle, 34000 Montpellier

mer09déc(déc 9)10 h 00 min2027dim11avr(avr 11)18 h 00 minLucien HervéOmbre et LumièrePavillon Populaire // Espace d'art photographique de la Ville de Montpellier, Esplanade Charles de Gaulle, 34000 Montpellier

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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