L’exposition L’équilibre du carré rend compte du regard insolite de Gaston Paris (1903-1964), de son intérêt pour les formes graphiques. Une sélection de cinquante-huit tirages est présentée parmi les Boîtes d’archives de couleur verte aux titres évocateurs : Expositions 1889, Paris Eglise Notre-Dame Intérieurs Détails, Spectacles EV M. Dietrich… Née fin 2020 sous la direction de Gilles Taquet, la Galerie Roger-Viollet à Paris est à l’origine l’une des plus importantes Agences presse photos, fondée en 1938 par Hélène Roger-Viollet (1901-1985) et son mari – tous deux journalistes et photographes.

La Galerie occupe l’emplacement des anciens bureaux. Depuis les années 1990, la Ville de Paris est détentrice de ce fonds exceptionnel constitué de six millions d’images en partie numérisées – la Galerie Roger-Viollet gère la diffusion. 

« Le côté un peu étrange dans la réalité »

Ouvrier sur un chantier. France, 1938. Gaston Paris / Roger-Viollet

En 1964, la veuve de Gaston Paris vend à l’Agence Roger-Viollet près de quinze mille négatifs. Photoreporter très reconnu dans l’entre-deux-guerres, Gaston Paris est tombé dans l’oubli de nombreuses années. Un second ensemble est acheté en 1983 – avant l’assassinat d’Hélène Roger-Viollet par son mari. 

Le couple a beaucoup œuvré pour la photographie mais comme le précise Christophe Guglielmo, chargé d’expositions, les photographies étaient classées par thèmes avec un numéro d’inventaire et des annotations pour chaque négatif, et pas par noms d’auteurs. L’historien de la photographie Michel Frizot a eu un rôle déterminant pour la valorisation de l’œuvre de Gaston Paris. Pendant plus de trente ans, il a chiné dans les Foires aux Livres et aux Vieux papiers, et découvert d’autres tirages-contacts, des feuillets de journaux… Il a également édité un ouvrage sur Vu, magazine d’actualités photos pour lequel Gaston Paris a travaillé dans les années 1930 – il était le principal photographe salarié. En 2022, deux grandes expositions au Centre Pompidou et à la Galerie Roger-Viollet contribuent à la renaissance de Gaston Paris.

Religieuses. Rome (Italie). Gaston Paris / Roger-Viollet

L’équilibre du carré montre son univers : le fameux format carré avec des cadrages partiels, des éléments géométriques, des recherches de perspectives. « Il aime bien le côté un peu étrange dans la réalité. Son œil va aller vers quelque chose d’un peu décalé », indique Christophe Guglielmo. On perçoit sa quête de situations inattendues, un plaisir à photographier sur un mode ludique. 

Tour Eiffel. Paris (7e arr.), vers 1939. Gaston Paris / Roger-Viollet

Le cinéma a été sa première vocation

De la vitrine de la Galerie Roger-Viollet, un acrobate attire l’attention des passants, rue de Seine. En salle, les demoiselles du Ballet de l’Opéra Garnier penchées autour d’un escalier à la forme arrondie regardent l’objectif. D’autres photos confirment l’intérêt de Gaston Paris pour les coulisses modernistes de cet édifice Second Empire : machineries et épaisses cordes, commandes d’éclairage… Il photographie aussi le lustre de l’Opéra Garnier, une lucarne ornée d’une Lyre. 

Opéra Garnier : le corps de ballet dans un escalier. Paris, vers 1937-1938. Gaston Paris / Roger-Viollet

La soufflerie aérodynamique de Chalais-Meudon, construite de 1932 à 1934 par l’ingénieur Lepresle. Meudon (Hauts-de-Seine), 1936. Gaston Paris / Roger-Viollet

Le cercle apparaît comme un motif récurrent. Gaston Paris saisit des images étonnantes dans les rues de Paris, au Sahara… Il maîtrise la lumière, crée des atmosphères et sait révéler la dynamique du mouvement. La Soufflerie aérodynamique de Chalais-Meudon (1936) pourrait être une scène de danse. Ses sujets sont variés avec une prédilection pour le music-hall, le spectacle, le cirque… 

Pendant sa jeunesse, Gaston Paris a été fasciné par les cabanes foraines, les trucages du cinéma muet. Le cinéma a été sa première vocation. Il débute comme décorateur en plateaux, et participe en 1929 au concours de la meilleure critique de films pour Cinémagazine – Marcel Carné est le lauréat. Gaston Paris rêve alors de raconter le « spectacle de la vie et de la rue ». 

Dans sa pratique, il privilégie les appareils de type Rolleiflex, plus mobiles, au format carré 6×6 centimètres. Influencé par le surréalisme et probablement l’Art déco, et bien sûr le cinéma, Gaston Paris s’inscrit dans son époque et expérimente des techniques avec des plongées et contre-plongées très radicales, des jeux d’ombre et d’éclat. 

Fatma Alilate

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu02oct(oct 2)14 h 00 min2026sam21fev(fev 21)19 h 00 minGaston ParisL'équilibre du carréGalerie Roger-Viollet, 6 rue de Seine 75006 Paris

Fatma Alilate
Fatma Alilate est chroniqueuse de 9 Lives magazine.

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