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Masterclass Oeildeep : Voir venir la barbe bleue, un conte psychologique par Emmanuelle Corne

Cette semaine, nous poursuivons la restitution d’une Masterclass Œildeep un peu particulière. L’équipe, composée de Sonia Seraidarian, Diana Lui et Jean-Christian Bourcart, a accompagné 17 photographes du collectif Le Bal des Rejetons pour faire œuvre ensemble. Pendant 17 semaines consécutives, nous allons partager avec vous leurs projets. Découvrez la série « Voir venir la barbe bleue » par la photographe documentaire Emmanuelle Corne une traversée sensible et lucide des mécanismes d’emprise, où l’image devient un acte de survie et de dévoilement.

Le Bal des Rejetons est un collectif d’auteurs photographes réunis autour de l’envie de diffuser des regards sensibles à un public large. Après « Un voyage photographique en France », publié en 2022 aux Éditions de Juillet et diffusé dans de nombreux festivals, 17 photographes s’emparent de mythes et légendes pour raconter le monde. Découvrez leurs histoires et cette aventure collective.

Voir venir la barbe bleue

Il était une fois, dans un pays qui se croyait en paix, un homme au regard de velours. Il offrait des palais de verre, des promesses d’absolu et de sécurité.

On l’appelait La Barbe Bleue, non pas pour la couleur de ses poils, mais pour l’ombre froide qu’il jetait sur tout ce qu’il prétendait aimer.

Il s’installait dans le creux du quotidien, transformait chaque promesse en une clôture, et chaque mot d’amour en un voile posé sur les yeux de celle qu’il convoitait. Ses cadeaux étaient des chaînes.

« Ne regarde pas derrière cette porte, » disait-il. La porte, c’était sa colère. La porte, c’était son passé. La porte, c’était la vérité d’un système où l’on possède l’autre comme on possède un objet.

Dans le palais, les fenêtres étaient larges mais l’air était rare. Sa femme apprit vite à marcher sur la pointe des pieds, à polir son silence pour ne pas rayer le vernis. Elle habitait cet environnement mental fait de murs qui se resserrent, où son humiliation devient son décor. Elle s’effaçait, image après image, sous le poids d’une cécité sociale qui préfère appeler sa détresse “une passion”.

Pendant que le monde ferme les yeux et se bouche les oreilles, un regard se glisse dans les interstices du drame. Il ne vient pas pour témoigner d’un cadavre, mais pour capturer l’effacement lent d’une identité.

Des images racontent désormais ce que la bouche n’a pas pu dire. C’est le récit d’un environnement mental où chaque souvenir doit être réparé, chaque fragment de l’être recousu, pour ne pas sombrer tout à fait.

Elle a décidé de ne pas mourir, et de vivre, de ramasser les morceaux d’elle-même éparpillés sur le sol. Puis de témoigner du phénomène en ouvrant les fenêtres du château.

La lumière devient celle de la lucidité, de la survie qui accepte de ne plus se taire. Ce récit est une boussole pour reconnaître l’ombre avant qu’elle ne nous engloutisse.

Après avoir consacré une partie de sa vie professionnelle à la librairie et à l’édition en sciences humaines et sociales, Emmanuelle Corne se tourne vers la photographie documentaire en 2017.
Son travail est largement orienté vers tous les visages des femmes : militantes, engagées, résistantes, résiliantes, actives, radicales, solidaires.
La dimension sociale l’anime aussi particulièrement: elle mène de front des travaux engagés contre les exclusions sociales et accompagne notamment depuis 2020 les familles qui recherchent leurs disparu·es au Mexique.
En 2025, elle s’engage dans un projet de recherche sur le territoire de Seine-et-Marne et témoigne des liens d’affections entre l’humain et la flore aux lisières des villes.
Chargée de production multimédia à la FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), elle produit des contenus aux écritures alternatives et est autrice de nombreux diaporamas sonores.
Membre des collectifs « le Bal des Rejetons » et « Public Averti »
Emmanuelle Corne vit entre l’Allier et Paris.

Site web : https://www.emmanuellecorne.org
Instagram : @ emmanuellecorne


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Les inscriptions sont ouvertes pour la prochaine !

Oeildeep soutient la création photographique par le biais d’un programme de formation longue durée fondé sur la pluralité des regards. Des experts aux perspectives variées, un accompagnement personnalisé sur 6 mois en groupe et à distance, et un partage continuel d’expériences offrent des espaces riches de rencontres et d’échanges pour mieux appréhender notre rapport de création au monde. La créativité est stimulée pour un développement approfondi des projets au sein d’une véritable communauté de soutien.
Chaque année, tous les projets réalisés lors des Masterclass sont publiés dans 9 lives Magazine et présentés lors de Rencontres de la photographie à Arles.

https://oeildeep.com/masterclass


VoUs êtes photographes et vous souhaitez donner de la visibilité et de la résonance à votre travail ? Notre rubrique Portfolio vous est consacrée !

Comment participer ?
Pour soumettre votre travail à la rédaction, il vous suffit d’envoyer à info@9lives-magazine.com

• Une série composée de 10 à 20 images. Vos fichiers doivent être en 72DPI au format JPG avec une taille de 2000 pixels dans la plus grande partie de l’image ;
• Des légendes (s’il y a) ;
• Un texte de présentation de votre série (pas de format maximum ou minimum) ;
• Une courte biographie avec les coordonnées que vous souhaitez rendre public (site web, email, réseaux sociaux…)

À LIRE
Le Bal des Rejetons, une autre radioscopie de la France
Des Oiseaux de Nathalie Baetens par Nathalie Chapuis (atelier EXB)

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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