Ce printemps, le BAL consacre un hommage d’envergure à Guido Guidi, figure majeure mais longtemps discrète de la photographie européenne. Intitulée Col tempo — « avec le temps » — l’exposition, conçue en collaboration avec le MAXXI Museo nazionale delle arti del XXI secolo à Rome dans le cadre des 70 ans du jumelage Paris–Rome, rassemble près de 200 tirages en dix-huit séquences. Deux années de travail auront été nécessaires pour donner forme à ce parcours ample, qui embrasse l’ensemble de l’œuvre du photographe italien.

Guido Guidi, San Mauro in Valle, 1956 © Guido Guidi

Depuis les années 1960, Guido Guidi arpente la Romagne, sa région natale, sans spectaculaire ni emphase. Un pan de mur, un talus, une façade quelconque, un bord de route sous une lumière pâle : il regarde là où, d’ordinaire, l’œil glisse. Il photographie aussi Venise, mais préfère à ses fastes les zones latérales, les franges industrielles de Porto Marghera, paysages blessés des années 1970. Dans ces lieux que l’on dit sans qualité, il reconnaît le terreau d’une histoire contemporaine — politique autant qu’esthétique — de la photographie.

Guido Guidi, Ravenna, 1972 © Guido Guidi

« Photographier n’est pas révéler. La photographie n’est pas expression », affirme Guidi. Loin de toute grandiloquence, il se méfie de l’image définitive, de l’œuvre parfaite. Chaque photographie est une tentative, une note, un essai fragile. Elle ne clôt rien : elle ouvre. Guidi parle de processus de connaissance, d’étapes plutôt que de résultats. Alors il recommence, revient, insiste. À première vue, les images semblent se répéter ; en réalité, elles déplacent imperceptiblement le regard. La variation est leur secret. Entre deux prises presque identiques, quelque chose a changé : la lumière, la distance, la densité du silence.

Guido Guidi, Preganziol, 1983 © Guido Guidi

Le parcours de l’exposition, traversé de noir et blanc puis de couleur, laisse apparaître cette fidélité obstinée au visible. Dès les années 1980, l’usage de la chambre photographique transforme sa manière de voir — « la chambre m’a aidé à voir », dit-il. La couleur devient matière pensante : saturation retenue, brillance sourde, teintes poussiéreuses qui semblent filtrées par le temps lui-même. Les formats verticaux, souvent, découpent le monde avec netteté, comme si la connaissance passait par une fracture, une coupe franche dans le réel.

Guido Guidi, Tomba Brion, San Vito di Altivole, 2007 © Guido Guidi

Guidi infiltre aussi l’architecture, qu’elle soit anonyme ou signée par de grands maîtres. Il ne hiérarchise pas. Un détail négligé vaut un monument. Un fragment de béton dialogue avec l’histoire de l’art italien — de Piero della Francesca aux strates modernes. Mais jamais la citation n’écrase l’image : elle affleure, discrète, dans la construction de l’espace, dans la lumière qui tient les formes.

Avec Col tempo, le BAL offre plus qu’une rétrospective. L’exposition révèle une œuvre dilatée, impossible à enfermer dans une catégorie, qui nous rappelle que la photographie ne montre jamais tout. Elle parle aussi de ce qui échappe au cadre, de ce qui persiste hors champ. Elle nous apprend à regarder à nouveau — lentement, patiemment — jusqu’à ce que le moindre détail commence, enfin, à faire signe.

INFORMATIONS PRATIQUES

ven20fev(fev 20)12 h 00 mindim24mai(mai 24)19 h 00 minGuido Guidi. Col tempo, 1956-2024Col tempo, 1956-2024LE BAL, 6, Impasse de la défense 75018 Paris


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ven19jui(jui 19)12 h 00 minjeu31déc(déc 31)19 h 00 minL'Espace entre nousExposition collectiveLE BAL, 6, Impasse de la défense 75018 Paris

Alix Decreux
Diplômée d’un master Lettres & Humanités – Écritures et médias à la Sorbonne Nouvelle, Alix Decreux est rédactrice culturelle depuis l'obtention de son baccalauréat. Forte d'expériences en rédaction, communication et relations presse, elle est aujourd'hui pigiste pour plusieurs médias et écrit sur l’art et les pratiques culturelles contemporaines.

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