Le Salon Photodoc des Photographes indépendants se tiendra du 9 au 12 octobre 2026 à l’Hôtel de l’Industrie, Place Saint Germain des Prés à Paris, avec un vernissage le 9 octobre à 18h.
Cette année, le thème proposé « La Gratitude : une alliance avec le vivant » a inspiré et rassemblé plus d’une vingtaine de photographes qui ont osé s’engager sur les voies sensibles d’un territoire qui nous a semblé urgent d’explorer collectivement en ces temps alarmants de crise écologique, sociale et politique.

En cette année du Bicentenaire de la photographie, un parlement des photographes se tiendra au salon photodoc le 11 octobre 2026 de 15h-17h autour de la photographie documentaire se reinvente ! Les photographes du Salon feront entendre leurs voix mais tous les acteurs de la photographie et les photographes qui réinventent concrètement la photographie documentaire par leur choix esthétiques, leurs stratégies de production et leur positionnement éthique face aux sujets qu’ils photographient, sont invités à venir participer à ce premier parlement des photographes.

Là-bas, Mafate, 2026 © Patrick Frontezak

La gratitude est une expérience sensible, intime et universelle qui nous relie à ce qui vit — en nous, autour de nous, et au-delà de nous. Elle ouvre un espace d’attention, de reconnaissance et d’échange : accueillir ce qui est donné, et répondre par un geste, une présence, un regard. Elle peut être un moment de grâce, une manière d’habiter le monde autrement, en conscience de notre appartenance à la Terre et de notre relation aux autres — humains comme autres qu’humains. En ce sens, la gratitude engage une éthique du soin, une responsabilité envers le vivant dans un monde marqué par la crise écologique, sociale et démocratique, par les menaces géopolitiques et le réarmement militaire.
Ce salon photodoc2026 se propose d’explorer les multiples visages de la gratitude à travers la photographie. Les artistes ont été invités à faire émerger des formes du vivant — singulières ou collectives —comme autant de précipités d’existence, à raconter des histoires, encore des histoires comme nous y incite le philosophe et militant autochtone brésilien Alton Krenak, à capter des instants où se tissent des liens, visibles ou invisibles et à faire ainsi apparaître la force du vivant. Des images qui témoignent, interrogent, célèbrent — et participent à maintenir vivantes nos manières sensibles d’exister.
Patrick Frontezak y expose sa série « Le chant de la Terre ».

S’ouvre le chemin, 2021 © Patrick Frontezak

LAVER LES OMBRES
ou quand la Terre rejoint ses images

Certaines œuvres nous remettent dans le droit chemin de l’image en nous menant jusqu’à leur très profond, là où se love en creux leur intensité vibrante, nous appelant à l’éprouver, à l’écouter et à se laisser transformer par elle. Il ne s’agit plus de représenter mais de rencontrer, de se laisser saisir par une grâce, une fragilité, une brisure, une audace, un obscur, d’en faire l’expérience et de se relier dans une alliance sensible avec cette Terre mise à mal par l’hybris humaine.

Du péril, s’écarter, 2026 © Patrick Frontezak

Patrick Frontezak nous y invite avec sa série « Le Chant de la Terre » où chacune de ses photographies porte ce geste tendu vers l’incommensurable, l’inouï qui se découvre à ses yeux aux détours d’un chemin. Il existe une expression en photographie que l’écrivaine Jeanne Benameur nous rappelle en exergue d’un livre éponyme : Laver les ombres (2008), signifiant mettre en lumière un visage pour en faire un portrait. Patrick Frontezak procède également de ce geste en dégageant ténuités, fragilités et forces de ces étendues qu’il traverse de son pas d’arpenteur photographe, cartographiant l’empreinte secrète d’une Terre en alerte, blessée de ses humains mais glorieuse dans ses résistances.  

Ligne de fuite, 2019 © Patrick Frontezak

Ses images se déploient en une constellation vibrante relevant d’un soulèvement. Le temps semble y être suspendu. Des silhouettes fines d’arbres accrochés à une colline pentue à la verticalité d’un fût se dressant face à un horizon chargé, les nappes brumeuses se dissipent et lèvent les fantômes de ses enfants morts pour laisser la place aux blancheurs irisées d’un paysage apaisé. Quel chemin prendre pour cette traversée ? Continuer peut-être vers cet arbre incliné secouant sa couronne et les roulis neigeux dessinant au loin des montagnes ? Rejoindre le marcheur en longeant les grilles graciles invitant à l’envol ? Et en haut, tout en haut dans le ciel, des nuages effilés assurent que la vie, toujours va. Mais il y a ces marques griffant le sol neigeux, ces fines branches d’un herbier intime. Il y a cet invisible, ses bruissements et ses silences blancs comme autant d’incantations muettes. Patrick Frontezak fait monter le Chant de la Terre, recueille les souffles, les murmures, les harmoniques opalescentes qu’elle lui glisse au cœur et dont il se fait le passeur. La pierre lovée dans son écrin étoilé imprime-t-elle le bout du chemin. Retenons-la. De quoi est-elle le nom ?   

Et le temps s’enroule, 2007 © Patrick Frontezak

Patrick Frontezak ne se contente pas d’observer, il participe à ce qu’il voit et rencontre, il entre dans ses images et ses photographies signent chacune et toutes ensemble un acte d’alliance avec le vivant. Sa gratitude envers ce que la Terre lui octroie de ses beautés, et lui partage de ses meurtrissures et de ses mystères, traverse son geste de création. Gratitude, restauratrice du vivant.  

Continuons à cheminer dans les entours et les détours de ces paysages, suivons les lignes que Patrick Frontezak délicatement nous tracent, arrêtons-nous là ou ici, laissons-nous emporter par ses images, nous y rencontrerons nos ombres et nos lumières. La voie s’ouvre toujours à qui veut bien s’y engager.

Christine Delory-Momberger

Patrick Frontezak est photographe et écrivain. Il est affilié à la Fédération Photographique de France. Ses photographies font régulièrement l’objet d’expositions dans des galeries et de publications dans des revues. Dernière exposition « Sérénités » à la Galerie 43, Paris, juin 2026.

INFORMATIONS PRATIQUES

ven09oct(oct 9)14 h i minlun12(oct 12)20 h i minSalonPhotoDoc des photographes indépendants 2026Hôtel de l'Industrie, 4 place Saint-Germain-des-Prés 75006 Paris 0 Ajouter à ma wishlist

Christine Delory-Momberger
Christine Delory-Momberger est anthropologue du vivant, universitaire, auteure photographe et fondatrice avec Valentin Bardawil de l’Observatoire des Nouvelles écritures de la photographie documentaire. Elle est également directrice du collectif de recherche international gis le sujet dans la cité Sorbonne Paris Nord-Campus Condorcet. Elle explore tant au niveau recherche qu’au niveau artistique les formes identitaires que prennent des figures de soi construites dans leur relation à l’intime, la mémoire, l’histoire personnelle et collective. Ses recherches universitaires et artistiques s’attachent également à comprendre dans un contexte anthropocène actuel comment on devient sujet relié avec les vivants et les non vivants, le visible et le non visible. Elle a publié plusieurs livres de photographie, d’essais et d’entretiens avec des photographes comme Antoine d’Agata, Klavdij Sluban, Jane Evelyn Atwood et elle a également co-écrit avec Valentin Bardawil deux ouvrages Le pouvoir de l’intime dans la photographie documentaire (2020) et Insurrection créatrice et photographie documentaire (2020). Dans le cadre de l’Observatoire des Nouvelles écritures de la photographie documentaire, elle organise avec Valentin Bardawil, des colloques internationaux où la photographie documentaire dialogue avec la recherche ; des symposiums où se rencontrent chercheur.es et artistes visuel.es ; des projections en images, en mots et en sons de séries photographiques au cours de l’événement annuel le banquet des vivants ; des entretiens mensuels publiés sur le site de l’Observatoire sous la forme du zoom du mois et repris pour certains par le magazine 9lives, creusant toujours plus profondément la construction intime et politique que porte tout travail documentaire et faisant ainsi émerger de nouveaux récits et de nouvelles histoires du monde. https://photodocparis.com/observatoire

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