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Tu seras une femme, ma fille : Kipling par Prune Nourry chez Guimet !

Temps de lecture : 1 minute et 59 secondes

En parallèle à la sortie de son premier livre chez Actes Sud résumant 10 ans de recherches artistiques, Prune Nourry bénéficie d’une carte blanche magistrale au musée Guimet qui lui a ouvert ses portes en grand ! Sa rencontre en 2014 avec Sophie Makariou, la présidente de l’institution parisienne a été le déclencheur de ce projet hors norme.

Jamais un artiste contemporain n’avait été accueilli de la sorte parmi le Panthéon d’Emile Guimet qui a toujours fasciné la jeune femme. Il faut dire qu’à 32 ans rien ne l’arrête, sillonnant le monde pour y débusquer scandales et projections sur le genre, notamment la sélection prénatale abusive en Inde ou en Chine avec le sacrifice de générations entières de petites filles amorçant de profonds déséquilibres démographiques. Ces « Holy daughters », fruit d’une hybridation entre un corps prépubère et une vache sacrée et »Terracotta daughters » aux allures de guerriers de l’armée dans la chine de l’époque Xian. Cette apprentie sorcière formée à l’Ecole Boulle repousse toujours les limites lançant des » Dîners procréatifs » entre Paris et Genève, performances très sélect autour de cocktails in vitro et un « Spermbar » à New York sur la 5ème avenue, dénonçant à partir d’un food truck les dérives de l’industrie du don du sperme aux US. Enfant à la carte, bébés domestiques, fétichisation de l’animal de compagnie, elle se positionne au carrefour entre les sciences du vivant, l’anthropologie, la psychanalyse et l’art convoquant de nombreux spécialistes pour l’accompagner dans ses projets.

Pour Guimet elle imagine un gigantesque buddha en hommage aux buddhas afghans de Bamiyan détruits par les Talibans en 2001 et dont les fragments parsèment chaque étage du musée, comme le fil conducteur de la déambulation qu’elle suggère. Une invitation au lâcher prise et à un processus de possible guérison par l’art et la spiritualité, « la destruction n’est pas une fin en soi ». La tête dans la rotonde habituellement réservée aux créations contemporaines est l’une des pièces les plus abouties. Piquée de 50 000 bâtons d’encens ou aiguilles d’acuponcture en lien avec la médecine traditionnelle chinoise, et pénétrable elle recèle tout un monde imaginaire d’offrandes au défunt qui reprennent la tradition égyptienne des serviteurs de l’au delà (les oushebtis). Le 21 juin prochain une empreinte du buddha sera dévoilée et déposée dans la cour khmer du rez-de-chaussée. Preuve tangible, matérielle et immatérielle, qui rejoint la dimension de relique au cœur des enjeux de la démarche de l’artiste et des collections du musée. Ce dialogue se poursuit au fil des cultures explorées par Guimet par des ponctuations de l’artiste entrant subtilement en résonnance dans les salles. Abondance, ambivalence, paysages corporels, présence, bienveillance traversent ce voyage au plus profond de l’âme et de l’incarnation du corps.

Prochainement Prune Nourry présentera à New York dans le Meatpacking District une sculpture de 8 mètres de haut à côté du Whitney Museum au moment de la sortie de son livre aux US. Effet garanti pour cette pro de l’événement !

INFOS PRATIQUES :
> HOLY, carte blanche à Prune Nourry
Jusqu’au 18 septembre 2017
Musée National des Arts asiatiques Guimet
6 Place d’Iéna
75116 Paris
http://www.guimet.fr/
> Prune Nourry
Serendipity
Actes Sud Beaux Arts Coédition Studio Prune Nourry
Hors collection
Mai, 2017
20,5 x 28,0 / 272 pages
ISBN 978-2-330-07861-4
45,00€
http://www.actes-sud.fr