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Dirk Snauwaert : Comme vous pouvez imaginer nous devons prendre en compte cette population de plus en plus fragmentée surtout dans des quartiers comme les nôtres. Les questions qui se posent sont dans quelle langue communiquer ? ou combien ? 3 à minima. Le public va de très académique et théorique jusqu’à une éducation sensorielle de base pour des gens qui n’ont pas de formation ou trop peu. Nous avons une collaboratrice qui a importé un format de Scandinavie, les journées pour bébés, pendant lesquelles tous les sens sont stimulés. Nous faisons aussi des formations pour des gens qui ne savent pas lire par le langage des signes plutôt que par l’ordinateur. Les résidences d’artistes amènent aussi un autre public. 9 lives : Votre programmation : D. S. : Chaque année, les expositions se répartissent entre artistes plus reconnus et d’autres moins, avec un volet par an très expérimental orienté vers des inconnus, comme par exemple la belge Sophie Podolski (1953-1974), poétesse et artiste au destin tragique, dont nous nous sommes rendus compte du potentiel de revoir l’avantgarde locale à Bruxelles. Ayant vu au fil de mes recherches qu’elle était très nomade et allait souvent à Paris et devait connaître toute la scène littéraire et artistique de l’époque, je pensais qu’il était important de la revaloriser également à Paris à travers ce partenariat avec le centre d’art avant-gardiste Villa Vallilieff –Bétonsalon. Connaissant bien Mélanie Bouteloup elle complètera favorablement notre approche. La plupart de nos expositions sont co-produites avec de grandes institutions comme pour René Daniels et le Mamco Genève, Koenraad Debobbeleer avec le musée suisse de Winterthur (septembre 2019). 9 lives : Autre future exposition : Inéchangeable, enjeux et perspectives D. S. : Aujourd’hui, être collectionneur c’est comme en Bourse, tout le monde achète les mêmes actions ! Mais ici, les collectionneurs gantois n’agissent pas comme les anversois, les bruxellois ou les courtraisiens. La Belgique est un territoire un peu comme l’Italie, ils prennent des risques, découvrent des talents, achètent tôt, ce qui implique qu’ils ne gardent pas tout. Je vois ici peu de collectionneurs spéculateurs, contrairement à New York ou à Londres où c’est devenu un métier, même si le marché à Bruxelles reste très actif. L »on remarque également que la réputation du collectionneur belge a été construite par une certaine génération de collectionneurs, singuliers et tenaces et j’espère que les générations suivantes vont suivre cette tradition de garder une collection, ne pas la vendre. Notre propos est très différent de celui de la Centrale (Private Choices), il est plus d’interroger la valeur d’une œuvre d’art qui ne peut être réduite au prix. Or aujourd’hui on ne regarde que la côte et les médias au détriment des autres valeurs véhiculées et incarnées par une œuvre qu’un collectionneur gardera toujours. L’aveuglement pour ces prix démentiels explique que le discours revienne à cette notion d’aura, du fétiche, du totem, du simulacre,telle que développée par les artistes des années fin 1990 avant la guerre de l’Irak qui a entrainé l’effondrement temporaire du marché de l’Art. Aujourd’hui j’ai parfois l’impression que l’on retourne à ce même discours, ces mots Baudrillard du tout simulation. Il s’avère aussi que 1989 est une date importante pour notre région à travers la signature initiale de l’autonomie de la Région Bruxelles Capitale, année de la chute du Mur, de Tiananmen et aussi l’exposition dite précurseur des Magiciens de la Terre, qui débute la mondialisation du milieu de l’art, date essentielle. Notre exercice à vocation muséographique est de voir si dans les collections privées on peut faire un accrochage d’importance à perspective historique, comme un modèle de musée à base de collections privées. Une idée qui fait son chemin, les ministres de la culture néerlandophone et francophone ont évoqué cette idée que les musées doivent plus travailler avec les collections privées. Plutôt qu’un collectionneur reprenne tout le musée, plusieurs donneraient des prêts. Même si l’on en parle beaucoup, le but est de faire un exercice pratique. Dès lors comme pour le Musée Absent, nous nous confrontons à cet enjeu : peut-on travailler avec les collectionneurs privées et monter une exposition représentative et qui fasse sens ? Nous venons de boucler la liste des prêts qui comporte forcément des lacunes, et en réalité tout musée n’a que des lacunes selon le principe même de la collection. Il y a 40 noms, 35 collectionneurs(euses) belges uniquement sur la volonté de prouver au monde politique que cet exercice est possible et de permettre à notre public de voir de leurs propres yeux des artistes et des oeuvres cruciaux afin d’en apprendre plus sur l’histoire de l’art. > (Re)lire la première partie de l’entretien. INFOS PRATIQUES : • Sophie Podolski, Le pays où tout est permis Jusqu’au 1er avril 2018 • Saâdane Afiif, Paroles Du 1er février au 22 avril 2018 Au cœur de l’exposition, un studio de musique complet. Vous êtes invités à venir y jouer de la musique et à participer à des improvisations. Inscrivez-vous à une session d’improvisation en choisissant le moment qui vous convient le mieux ici. • Inéchangeable à partir du 19 avril 2018 WIELS, Centre d’Art contemporain Avenue Van Volxem, 354 Bruxelles http://www.wiels.org Marque-page0
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