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Isabel Muñoz est l’une des photographes les plus reconnues d’Espagne. Nous avons entamé en 2016 une collaboration qui a fait naître une grande exposition en avril dernier à Tabacalera et un ouvrage, avec le Ministère de la Culture espagnol. Je publie ici un extrait de sa préface qui raconte notre rencontre et la genèse du projet.

Avec toute la générosité qui la caractérise, Isabel Muñoz, nous a tout dévoilé : ses tiroirs et toutes les images et les histoires qu’ils contiennent. Elle avait compris, tout comme nous, l’évidence et même la nécessité de construire un projet commun : un état des lieux, un face à face sans concessions.

Comment parler, livrer un condensé juste d’une oeuvre si l’on ne connaît pas l’intégralité d’une production? Nous avons examiné plusieurs dizaines de classeurs de planches-contacts, scruté chaque tirage platine, ressorti les premiers albums de jeunesse et les premiers essais à l’albumine. Nous avons assisté à l’oeuvre en train de se faire : sur un bateau au large de Matarò, au Japon avec les danseurs de butō, dans les effluves chimiques du laboratoire.

On regarde trop vite les choses. Ou bien l’on reste empoigné de manière indélébile par la première impression. Isabel Muñoz est bien souvent ce vague souvenir, heureux, de corps délicieusement érotiques auquel on s’est attaché au détriment de la connaissance de l’œuvre.

Naturellement, notre proposition originale au caractère rétrospectif a laissé place à un nouveau projet différent, chapitré, en rupture. Il fallait à tout prix rompre avec les icônes, avec une certaine idée de la beauté, qui n’est plus en phase avec ce qu’est devenu aujourd’hui la photographe. Le choix de ses sujets se durcit, son approche est devenu plus grave. Il s’agit d’une quête générique, celle de l’homme en général, et aussi celle d’un territoire, le monde. Voilà un sujet bien difficilement définissable. Isabel Muñoz ne revendique pas le statut d’anthropologue et ne situe pas sa photographie dans la catégorie du document. Elle déteste plus que tout la réduction de ses images à de simples signes esthétiques.

Nourrie d’une puissance instinctive, l’oeuvre d’Isabel Muñoz est à l’image de son auteur : complexe et insaisissable. Elle crée ce que l’on peut appeler, faute de mieux, des images. Nous préférons dire qu’elle voit ses personnages à l’envers. Leur condition ne détermine pas ce que nous voyons. Elle accède, et nous fait accéder, à des aspects que le sujet lui-même cèle.

Et puis, il y a cette liberté, toile de fond de son univers qu’Isabel Muñoz poursuit avec intransigeance, grâce à une équipe de femmes qu’elle a constitué. L’autonomie du studio est portée et défendue par ce gynécée. Cette exigence d’indépendance se répand. Féminisme ou engagement social, la liberté est un combat de chaque instant. Aucune exclusivité pour personne, aucun compte à rendre, ni aucune dette, le studio travaille sous la seule pression de la photographe. La photographie palliative d’Isabel Muñoz ne fera que grandir.

The Red Eye poursuit sa collaboration avec Isabel Muñoz avec trois nouveaux projets à découvrir cette année :
– « Mi-homme, mi-bête » pour Planche(s) Contact, une commande sur le cheval (du 20 octobre au 25 novembre 2018)
– « L’Anthropologie des Sentiments / Fragments » à la Galerie Esther Woerdehoff (….)
– Un solo show à Prisme pour Paris Photo avec la Galerie Esther Woerdehoff (….)
Le livre est en vente sur http://www.the-red-eye.fr

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu25oct(oct 25)12 h 00 minsam22déc(déc 22)19 h 00 minL'Anthropologie des sentiments / FragmentsIsabel MuñozGalerie Esther Woerdehoff, 36 rue Falguière, 75015 ParisType d'événement:Exposition,Photographie


sam20oct(oct 20)10 h 00 mindim25nov(nov 25)19 h 00 minFestival PLANCHE(S) CONTACT 2018Festival Planche(s) Contact, 143 Avenue de la République, 14800 DeauvilleType d'événement:Exposition,Festival

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