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Le peintre symboliste belge Fernand Khnopff (1858 -1921) n’avait pas bénéficié à Paris de rétrospective depuis plus de 40 ans, c’est donc un évènement que le Petit Palais orchestre avec bio en coproduction avec les musées Royaux des Beaux Arts de Belgique. Le commissaire Michel Draguet, directeur du musée belge, est un spécialiste de l’artiste et sort au même moment une monographie passionnante (Mercator) qui répare l’injustice faite à ce peintre, graveur, sculpteur et photographe, éclipsé à tort après sa mort.

Dès l’entrée du Petit Palais notre regard est happé par une vaste affiche reproduisant le « Portrait de Marguerite », sœur de Fernand Khnopff et personnage clé de son parcours, qui élégamment vêtue (la famille du peintre est d’origine aristocratique) le regard au loin, se tient devant une porte close. Comme si elle nous indiquait le chemin à suivre pour franchir le seuil de ce qui ressemble à l’évocation de l’atmosphère fin de siècle d’alors. La scénographie rehausse et magnifie cette sensation à partir de mises en scènes basées sur un code couleur inspiré de la maison-atelier de Bruxelles et de stèles audio-olfactives jouant sur cette symbiose des arts de l’époque, jusqu’à évoquer un véritable « salon symboliste » à partir des rencontres littéraires, théâtrales et musicales qui rythment la vie du futur fondateur du Cercle des XX.

Si l’artiste érige un « temple du Moi » dès le vestibule de sa demeure, nourrissant un goût de l’introspection à partir de ses souvenirs d’enfance à Bruges, il aime aussi à séjourner dans la propriété familiale des Ardennes aux paysages atmosphériques mystérieux, qu’il retranscrit avec bonheur, il devient vite le portraitiste attitré de la bonne société. Un art qu’il développe au départ à partir de ses proches, sa mère, sa sœur Marguerite, les enfants de ses amis comme le poète Emile Verhaeren. Une secrète complicité l’unie à Marguerite auprès de qui il teste de multiples poses et variantes, aidé de la photographie, qu’il retouche et rehausse à l’aquarelle et au pastel démultipliant l’aspect fantomatique et imaginaire du medium dans ce qui va ressembler à une quête du mystère féminin.

Oscillant entre effroi et fascination pour ces créatures inaccessibles et troublantes qui réactivent de grands mythes, comme Hypnos, la Méduse à la chevelure de serpents, la reine de Saba, Acrasia ou la débauche, Britomart ou la chasteté. Une ambiguité qui ajoute au désir de fusion en un être conciliateur et androgyne. La célèbre toile « L’art » ou « Des caresses » porte à son paroxysme cette rêverie alanguie et pétrifiée entre influences préraphaélites et Sécession Viennoise. Cet Œdipe tenant un spectre ailé, joue contre joue avec un sphinx à corps de guépard aux traits de Marguerite, d’une grande sensualité semble ne pas avoir révélé tous ses mystères. Mysogine Khnopff ? Dans un autre grand pastel qui n’a pas pu voyager malheureusement, « Memories » ce sont 7 femmes, chiffre symbolique, captées dans un crépuscule automnal étrangement semblables, captives d’un horizon clos. Une réponse à Seurat et au réalisme de son « Dimanche à la Grande Jatte » dont il reprend la composition en frise.

Note de fin mélancolique avec la transcription du roman Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach, ville chère à l’enfance du peintre, qu’il associe souvent à un portrait de femme. Un compagnonnage intellectuel qui ajouté à sa fascination pour les Primitifs Flamands ajoute à cette nostalgie vaporeuse, intemporelle et tourmentée.

Un délice ouaté et raffiné, que prolonge concerts et conférences, précipitez-vous en cette période incertaine et chahutée !

Programmation associée : ateliers d’écriture

INFORMATIONS PRATIQUES
Fernand Khnopff maitre de l’énigme
Jusqu’au 17 mars 2019
Petit Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris
http://www.petitpalais.paris.fr

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