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Denis Rouvre dévoile ses Unsung Heroes
Sanu Nani Magar

Temps de lecture : 3 minutes et 2 secondes

Unsung Heroes est un projet photographique réalisé par Denis Rouvre qui rassemble 50 portraits et témoignages de femmes accompagnées par Médecins du Monde sur 4 continents. Face aux violences morales, physiques et/ou institutionnelles que ces femmes subissent, ces portraits entendent mettre en avant les droits des femmes. Chaque jour de la semaine, le photographe français a dévoilé un portrait, Place de la République, à Paris*. L’occasion de découvrir ces héroïnes ordinaires.

Aujourd’hui, nous vous présentons le dernier portrait, celui de Sanu Nani Magar. Cette femme népalaise de 48 ans tri les ordures dans des conditions déplorables, pour pouvoir élever ses 5 enfants.

*Les portraits sont affichés dans différents autres lieux à Paris (Belleville, Barbès, Ménilmontant, centre de Paris…) et ils sont également exposés à Bordeaux sur les grilles des jardins de l’Hôtel de Ville.

Témoignage

Je m’appelle Sanu Nani Magar, j’ai 48 ans. Je suis de Dhadingbesi, du ward n° 4 de la municipalité de Dhadingbesi.

Je ne suis pas arrivée ici par choix. J’avais des difficultés. Il fallait trouver du travail, gagner de l’argent, alors je suis venue ici trier les ordures.

J’ai beaucoup d’enfants, il faut les élever, on n’y arrivait pas chez nous. Il fallait nourrir et habiller mes enfants. Nous sommes allés chercher du travail, ici et là. Puis, on est resté ici. On gagne assez pour survivre. Mais ils sont grands maintenant. Depuis, nous vivons tous ici dans la même maison.

J’ai mis au monde 6 enfants, 5 ont survécu. 4 filles et 1 garçon. Ma fille aînée a 31 ans, la deuxième 24, la cadette 22, la plus jeune 13 ans et mon fils a 21 ans.

Je cherchais du travail, il fallait rembourser nos dettes, on n’avait pas assez d’argent pour tenir le mois avec aucune autre ressource qu’un petit lopin de terre, c’est insuffisant.

Nous sommes d’abord allés à Teku et de là nous nous sommes installés ici. J’ai une amie qui travaillait sur ce site, à trier les ordures et c’est comme ça que nous avons trouvé du travail ici.
Mon mari travaille avec moi.

C’est un travail difficile, on ne sait jamais ce qu’il va survenir, il y a du verre, des débris, on trouve des aiguilles aussi. Le bulldozer et le bruit incessant des machines, cela me fait peur, ce n’est pas facile de travailler dans ces conditions, il faut toujours faire très attention et bien se protéger.

Tant que le camion vient décharger, il y a du travail, quand le camion ne vient pas, on n’a pas de travail, comme le samedi par exemple car il y a moins de camions. Je travaille en moyenne 22 jours par mois et gagne entre 400 et 500 roupies.

Je vis dans une maison plus bas. C’est sale. Notre maison est faite de tôles. Il n’y a pas d’eau. On doit la chercher à la pompe à eau et la porter, c’est difficile.

J’aimerais avoir de meilleures conditions de travail et aussi avoir de l’eau. Je préfèrerais cultiver comme avant mais nous n’avions pas assez pour survivre. Bien sûr j’ai des idées, des rêves mais je ne peux pas les réaliser. J’avais pensé à tenir une petite échoppe. Si j’avais les moyens, je ferais autre chose mais je n’ai pas d’argent, c’est surtout ça.

Il y a des groupes de femmes pour discuter de projets. Mais c’est déjà difficile de s’occuper de soi, de sa famille, il y a des problèmes, tout le monde à des problèmes. Ce serait bien de mettre en place des choses avec les autres mais voyez-vous, j’ai juste de quoi m’en sortir, je ne vois pas comment je pourrais aider d’autres personnes et puis quand on n’a rien les autres ne nous considèrent pas, ils ne nous écoutent même pas.

La vie est dure ici et il arrive que les hommes aillent boire là-haut, et quand ils boivent de trop, ils sont violents. On a tous des soucis, on supporte, on travaille et on arrive juste à s’en sortir.

Le projet

À travers son objectif, le photographe Denis Rouvre donne à voir l’acte de résistance de ces femmes et leurs engagements face aux violences politiques et sociétales d’aujourd’hui. Ces femmes se font alors ambassadrices de toutes ces « Unsung heroes »,pour faire évoluer les consciences et rétablir leurs droits bafoués.

Ce projet photographique s’inscrit au coeur du mandat de Médecins du Monde qui s’engage depuis près de 40 ans à soigner les populations les plus vulnérables, témoigner des entraves constatées quant à l’accès aux soins et aux droits et dénoncer les atteintes à la dignité et aux droits humains. Le droit des femmes à disposer de leur corps, à décider de leur sexualité, de leur santé et de leur vie partout dans le monde est un levier de progrès vers l’égalité de genre, un sujet qui est au centre des combats de Médecins du Monde.

Dans le cadre de ses projets, Médecins du Monde prend en charge et accompagne les personnes ayant subi des violences liées aux genres. Par le biais de cette exposition, l’association souhaite rendre hommage à ces femmes violentées, qui font preuve de résilience, d’abnégation et de courage.

unsungheroes.medecinsdumonde.org