Carte blanche à Michel Kirch : Photoshop, un gros mot ?

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Pour sa troisième carte blanche, notre invité de la semaine, le photographe Michel Kirch, aborde la retouche numérique en photographie. Après nous avoir parlé de la  pratique traditionnelle en argentique, il approfondit la question de l’utilisation du digital à des fins artistiques…

Bien avant l’informatique, des photographes ont utilisé la matière photographique, le réel avéré, pour en faire des fictions, des fables ou des poèmes visuels. Je pense aux épures de Man Ray ou aux constructions fantastiques de Jerry Uelsmann…
Depuis l’informatique, tout s’est accéléré, libéré. De tous temps la découverte d’un outil (photoshop) a propulsé la créativité. En photographie cela a d’abord semblé suspect : une sorte de trucage insultant la vérité… Parce que longtemps la photographie a été dévolue au reportage, à l’ambition artistique « sensible », ou « esthétique ». Un parent pauvre et trop pressé de la tradition picturale.
Le livre de Régis Debray, « l’oeil naïf », sorti en 1994, parlait déjà de la révolution numérique à venir dans un chapitre intitulé « effet spécial »… On y voit une oeuvre de Seb Janiak avec Notre Dame très érodée environnée de palmiers et d’un marigot. Vision d’un réchauffement climatique à venir, dans un temps géologique, dont l’impression saisissante provient de l’effet fortement réaliste inhérent au processus photographique. Je le cite : « la perversité réside dans le naturel convenu des deux sujets imbriqués par incrustation numérique : un rio équatorial et Notre Dame… Cette continuité fait vaciller en nous le temps et l’espace, par contagion brusque de deux univers cloisonnés dans notre esprit : le gothique et les tropiques… l’exactitude au service du délire… Le numérique est devant nous comme l’Amérique devant Colomb : on n’en connaît que les côtes et on devine à peine un Nouveau Monde. »
Avec la révolution informatique l’outil WEB apparaît, amenant encore de nouvelles possibilités.
Je l’utilise parfois pour des sujets spécifiques : dans le thème « Homo Fukushima » en particulier, dont le concept est de faire un sujet ayant pour cadre le Japon sans y être jamais allé. Les fonds sont toujours fabriqués à partir d’images personnelles sur des sols géologiquement identiques (volcanisme)… y sont alors adjointes, collées, insérées, misent en situation nombre d’images puisées dans l’actualité, présentes sur le net, utilisées comme matière première.
Ces ajouts sont des éléments informatifs, des ponctuations, je les transforme, les incorpore, provoquant une synergie des éléments incorporés dans une fiction réaliste. Mes images restent la fondation essentielle, mais les ajouts font pénétrer dans l’oeuvre créée de l’inconscient collectif. Le résultat est une sorte de réalisme magique, dans lequel est exprimé ce qui fait toujours de la photographie un témoignage, mais par un geste artistique allant au delà.
Pour le photographe plasticien il n’y a plus un besoin absolu de se déplacer aujourd’hui dans un monde à portée de clic, sauf situations où le ressenti sur le terrain serait prédominant. Nous sommes là de plein pied dans le monde globalisé, relié et interconnecté, où le virtuel et le réel n’ont plus de frontière étanche. Une méta-réalité dans laquelle le matériel charrié par le net agit comme une sorte d’inconscient collectif incarné. De nouvelles vérités apparaissent, exprimant l’imaginaire personnel dans l’espace collectif.
Aujourd’hui plus personne n’en doute : une vérité n’est jamais absolue et un artiste a le devoir d’imposer la sienne, par tous les moyens.

INFORMATIONS PRATIQUES
Retrouvez Michel Kirch, invité d’honneur du 116e Salon d’Automne
Du 10 au 13 octobre 2019
Champs Elysées
75008 Paris
Entrée libre
https://www.salon-automne.com/
https://www.michelkirch.com/

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