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Dans la carte blanche que nous avons confié à notre invité de la semaine, le critique d’art et rédacteur en chef adjoint de la revue Artpress, Etienne Hatt, souhaite partager ses réflexions qui constituent, pour lui, un cadre de référence dans les activités du métier de critique. Aujourd’hui, sa première exploration : la photographie est-elle devenue anachronique ?

L’un des premiers articles que j’ai proposés à Artpress était une enquête sur les photographes qui avaient arrêté la photographie. C’était une manière littérale et brutale de contribuer aux débats récurrents sur la fin de la photographie. Cet article, bien sûr, je ne l’ai pas écrit, et je ne l’écrirais sans doute jamais. J’ai, depuis, acquis la conviction qu’on pouvait toujours aborder la photographie comme un médium et que c’était là une preuve de sa survie. Cette approche a sans doute été encouragée par des artistes qui, depuis quelques années, prennent la photographie, ses techniques, son histoire ou sa théorie pour objet. Isabelle Le Minh le fait avec une grande justesse et beaucoup d’humour.

La notion de médium est, en effet, de la plus grande actualité. Régit par un ensemble de règles et de possibilités que l’on respecte ou contre lesquelles on joue, un médium n’est jamais neutre. Il est même déterminant. Cela vaut d’autant plus pour ceux qui, comme la photographie, connaissent des bouleversements techniques susceptibles de produire de nouvelles images. Ainsi, le numérique a-t-il révolutionné notre imagerie, aujourd’hui tendue entre image de synthèse et « image pauvre ». Il a aussi suscité des réactions, comme le retour massif des techniques anténumériques ou la rematérialisation de la photographie.

Pourtant, aborder la photographie comme un médium peut aujourd’hui sembler anachronique. En effet, ne sommes-nous pas entrés, depuis plusieurs décennies déjà, dans une ère qualifiée de post-médium par la critique qui constata le repli des pratiques traditionnelles comme la peinture et, en regard, l’affirmation de nouvelles formes hybrides ou dématérialisées ? Plus précisément, pour la critique Rosalind Krauss, le numérique a remis en cause l’existence-même du médium photographique en balayant la notion d’« index » que ses écrits avaient contribué à imposer et qui, selon elle, faisait la spécificité du photographique. On pourrait aussi affirmer, au contraire, que la photographie existe désormais comme un médium irréductible à une essence et libéré de toute assignation. Son objet serait alors toujours le réel, bien sûr, mais pas que.

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