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Carte blanche à Françoise Paviot : Interphotothèque, une initiative exemplaire

Temps de lecture : 3 minutes et 39 secondes

Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invitée de la semaine, la galeriste et commissaire Françoise Paviot, nous présente l’Interphotothèque, une initiative destinée aux conservateurs et aux responsables de fonds photographiques. Cet organisme a notamment été un véritablement pionnier concernant le statut des photographes.

Interphotothèque est un organisme de liaison et d’information sur l’image, destiné aux conservateurs et aux responsables de fonds photographiques, rattaché via La Documentation française, aux services du premier Ministre. Il a été conçu et mis en place par Geneviève Dieuzeide au début des années 70 et, à ses côtés, j’en ai animé et développé les activités pendant plus de vingt ans (1). A cette époque, la photographie commençait à avoir un droit de cité officiel et les interrogations se multipliaient aussi bien sur la conservation, l’analyse, l’inventaire des collections que sur le droit d’auteur et la terminologie.
Novateur dans ses idées et ses modes de travail, Interphotothèque a permis de résoudre via des commissions de travail, des rencontres et des publications, une partie des nombreux problèmes que se posaient les responsables de collections photographiques et d’élaborer une politique de gestion des fonds photographiques en France. Avec le temps je m’aperçois par contre que certains des problèmes posés n’ont toujours pas trouvé de solution voire même, avec l’arrivée des images numériques, se sont démultipliés.

La gestion des collections photographiques est un travail passionnant pour qui le prend à cœur, mais peu reconnu à sa juste valeur. Il est essentiel car les collections publiques, extrêmement nombreuses et d’une incroyable richesse, sont à la fois la mémoire mais aussi l’avenir de notre culture. Une des premières tâches d’Interphotothèque a été de continuer le travail d’inventaire des collections en France qui avait été entrepris après la seconde guerre mondiale. C’est ainsi qu’après avoir passé mon bac, je me suis retrouvée, pendant l’été, à réaliser des enquêtes destinées à être publiées dans le Répertoire des collections photographiques à Paris. Par ailleurs, un inventaire, national cette fois-ci et concernant les collections publiques et les agences, se poursuivait avec le répertoire Iconos. Ce dernier a donné lieu à une base de données aujourd’hui disparue dont le projet Arago devait prendre le relai. Les photographes, comme les galeries d’ailleurs, sont tout autant concernés par cette gestion qui prend beaucoup de temps et demande précision et méthode.(2) Comment classer ses images, comment les retrouver facilement, faut-il tout conserver ? : pour les photographes qui s’inquiètent de l’avenir de leurs archives, ces questions sont essentielles et les fonds soigneusement légendés et classés ont plus de chance de trouver un lieu d’accueil et survivre.

Meuble de classement contenant les phototypes couleurs du Pôle Image du Centre des Monuments Nationaux

Dans les années 70, le statut de photographe n’était pas reconnu dans les grilles de salaires de la fonction publique. Les photographes du Centre Pompidou par exemple, étaient rattachés aux grilles de la chimie, ceux du Ministère de l’agriculture étaient assimilés aux « vétérinaires », ailleurs on pouvait trouver un « photographe-chauffeur » …. Là encore Interphotothèque a été pionnier en la matière et la commission « statut des photographes » a travaillé pendant de nombreuses années à cette reconnaissance et également à celle du droit des photographes de la fonction publique à faire figurer leur nom sur leurs images.

Je ne peux pas ne pas citer une dernière commission (il y en a eu bien d’autres : conservation, terminologie…) concernant les droits d’auteur et les modèles de contrats-types pour commande de reportages par une administration à un photographe privé. Trois possibilités avaient été envisagées : Achat en exclusivité, Achat en co-exploitation et Achat à l’unité. Là encore, Interphotothèque a fait figure de pionnier puisque ces modèles ont été repris et adaptés par plusieurs syndicats de photographes professionnels avec qui nous avions mis au point ces documents.

Quelques publications d’Interphotothèque

Quand en 2013, le Comité des Galeries d’art m’a demandé de participer au Comité de professionnalisation de l’AGESSA, j’ai retrouvé avec plaisir mon cerveau droit public, le gauche étant devenu privé avec l’ouverture de la galerie. Ce Comité devait examiner le cas des photographes dont les revenus était inférieur à au seuil de référence et ne pouvait pas à ce titre bénéficier de la sécurité sociale. Et je dois dire que nous avons eu beaucoup de travail, car ils étaient et sont toujours nombreux. Mais c’est à cette occasion que j’ai pris conscience du fait que les droits d’exposition n’étaient absolument pas comptabilisés car souvent inexistants és alors qu’ils pouvaient, s’ils l’étaient, être pris en compte dans les calculs et remonter le niveau des revenus. J’en ai fait plusieurs années la remarque en ayant l’impression de prêcher dans le désert. Heureusement, le principe a fini par être pris en compte et le droit d’exposition maintenant existe, de la même façon qu’il existe à la radio ou à la télévision, dès que figure un extrait d’une œuvre sonore ou cinématographique.

Reportage aérien Paris 1971 c Interphotothèque -Sodel M.Brigaud

A travers cette présentation d’Interphotothèque qui est loin d’être complète car les activités ont été très nombreuses (3), je voulais rendre hommage à tous ceux qui ont participé à cette aventure et en particulier à Geneviève Dieuzeide qui en a été à l’origine. Je voulais aussi rappeler le rôle des documentalistes qui se consacrent à la gestion des fonds d’images et celui des iconographes qui leur redonnent naissance à travers les publications qu’elles sont chargées d’illustrer. Tous les responsables de collections avec lesquels nous avons longuement collaboré, nous avions un réseau de plus de 500 responsables de fonds photographiques, ont pris peu à peu leur indépendance et mis en place leurs propres méthodes de travail. Interphotothèque s’est tu depuis quelques années, l’aventure est devenue de plus en plus complexe et l’avenir des images est passé dans d’autres mains.

(1) Béatrice Kalaydjian et Irène Kamenka ont également partagé cette aventure avec moi.
(2) Consulter pour exemple la base Regards du Pôle image du Centre des Monuments nationaux : www.regards.monuments-nationaux.fr
(3) On pourrait notamment citer les reportages aériens effectués sur la France pendant de nombreuses années en collaboration avec d’autres services publics.