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Aglaé Bory, première lauréate du Prix Caritas Photo Sociale

Temps de lecture estimé : 7mins

La première édition du Prix Caritas Photo Sociale, présidée par agnès b. vient d’être décernée à la photographe Aglaé Bory pour son projet « Odyssées ». Myr Muratet et Julie Joubert sont les deux photographies finalistes et une mention d’honneur a été remise à Pierre Faure.

La lauréate se voit attribuer une dotation de 4 000 € et sa série sera édité dans ouvrage publié par Filigranes. Une exposition aura lieu à Paris cet automne, avec des extraits des photographies des 3 autres finalistes. Les oeuvres des photographes bénéficieront d’une large visibilité à travers d’autres événements en région d’ici fin 2021.
Ce Prix Caritas Photo Sociale vise à valoriser le travail d’un·e photographe portant sur les thèmes de la pauvreté, de la précarité et de l’exclusion en France, au cœur de la mission des organisations du Réseau Caritas France. Le Prix Caritas Photo Sociale ne privilégiera aucun genre, traitement ou procédé photographique.

Aglaé Bory
Odyssées

Odyssées est un travail photographique sur l’exil réalisé dans la ville du Havre. L’Odyssée d’Homère raconte l’histoire d’un retour qui n’en finit pas. Le retour d’Ulysse à Ithaque après vingt longues années d’absence. Ce travail est un écho à ce récit de voyage originel. Aglaé Bory a suivi plusieurs personnes en situation d’exil, demandeurs d’asile ou réfugiés, le plus souvent en attente de statut. La plupart d’entre eux vivent dans des centres d’hébergement en attendant la réponse de l’administration. L’attente est souvent longue et douloureuse. Elle les isole du réel et les enferme dans un espace mental en suspens. A travers cette succession de portraits et de paysages, la photographe voulu créer une correspondance entre leur intériorité et les paysages dans lesquels ces personnes évoluent afin de rendre perceptible ce sentiment d’exil. Elle les a photographiés dans leurs lieux de vie, dans leur territoire quotidien bien que précaire et temporaire. Leurs regards se perdent à travers les fenêtres. Ils sont dans le flou. Ils s’en remettent souvent au ciel, dont l’azur semble pourtant les ignorer.
La mer est le refuge de leur intériorité, de leurs espoirs et leurs promesses. Elle est la réalité physique de la distance parcourue souvent ils l’ont traversée pour arriver jusqu’ici et de l’éloignement. Tous souffrent de déracinement et d’inquiétude quant à leur avenir. Lorsqu’ils ont acquis un statut de réfugié, la rupture avec leur pays d’origine est une obligation, le retour y est impossible. Quand ce statut leur est refusé, le retour devient une obligation, ils doivent quitter le territoire français. Ce retour devient alors le symbole de leur échec quand il ne constitue pas un danger pour leur vie. Le retour est ainsi tout à la fois rêvé et craint.
http://www.aglaebory.com

Myr Muratet
Porte de la Chapelle

Depuis plus d’une quinzaine d’années, Myr Muratet, photographe résolument urbain, circonscrit sa recherche photographique à un territoire bien défini, partant de la gare du Nord jusqu’à la banlieue, de la porte de la Chapelle à celle des Poissonniers et ses marchés informels.
C’est dans ce triangle du nord de Paris que les flux migratoires – sans-papiers, réfugiés SDF, Roms, polyconsommateurs – convergent, rendus invisibles, dans le paysage urbain que fréquentent les Parisiens au quotidien. Et c’est là aussi où est né, vit et opère ce photographe en marge de tout réseaux associatifs.
Chaque renfoncement est un abri potentiel qu’on cherche à éliminer. » Un constat qui depuis revient comme un leitmotiv, montrant comment s’exerce le contrôle du pouvoir sur la moindre portion de territoire.
« Je ne fais pas un travail sur les pauvres, nuance-t-il, je cherche à voir comment les gens qui n’ont rien ou pas grand chose essaient de se construire une existence. Et montrer comment ceux qui résistent… ne résistent pas vraiment. Ils sont plutôt dans l’évitement. On ne résiste pas au pouvoir et à la force. Partant de ce constat il s’est également attaché à rendre visible les formes infinies des dispositifs anti-personnels mis en oeuvre pour contraindre les populations précaires.
http://www.myrmuratet.com

Julie Joubert
Mido

Julie Joubert a rencontré Ahmed en 2017 dans un centre de réinsertion pour jeunes en difficulté. Via les réseaux sociaux, ils se sont retrouvés deux ans plus tard. Diminutif, surnom, pseudonyme: MIDO est un moyen de brouiller les pistes de sa trajectoire incertaine. Se présentant sous différentes identités au fil de ses rencontres, Ahmed se cache autant qu’il a l’envie d’être découvert. A travers un parcours de vie chaotique ponctué d’éléments douloureux, il survit avec le rêve de devenir modèle. Touchée par sa grande fragilité, son caractère autodestructeur ainsi que sa capacité à se dévoiler, Julie Joubert décide alors de le suivre dans son quotidien dans le quartier de Marx Dormoy à Paris.
Menacé d’expulsion puis incarcéré, le projet continue sous de nouvelles formes d’écritures. En effet, malgré son absence, Ahmed et Julie Joubert sont restés en contact. Des photographies à la volée qu’elle a prises au parloir du Centre de Rétention Administrative aux images qu’Ahmed a pu lui envoyer de sa cellule en prison, l’image pixellisée des vieux téléphones portables s’est imposée comme le moyen de restituer ce contexte. La fragilité de l’image basse définition coïncide alors avec la perte progressive de liberté.
L’utilisation de ces différents moyens de captation (numérique, jetable, images prises au téléphone portable) répondent à une cohérence esthétique nécessaire face au sujet. D’une réalité fantasmée à l’enfermement bien réel, de la fiction picturale à l’abstraction du pixel, les différentes qualités d’image accompagnent chacun des aspects de la vie d’Ahmed. Comme un miroir fragmenté, ces photographies dressent le portrait de ce jeune en devenir, se cherchant encore et toujours dans d’une société où il peine à trouver sa place.
http://www.juliejoubert.com

Mention d’honneur : Pierre Faure
France Périphérique. Montée de la pauvreté en France, témoignage photographique.

Économiste de formation, Pierre Faure documente depuis 2015 la montée de la pauvreté en France. Le titre « France Périphérique » est emprunté à l’ouvrage éponyme du géographe Christophe Guilluy qui aborde les problématiques politiques, sociales et culturelles de la France contemporaine par le prisme du territoire. Il s’intéresse à l’émergence d’une « France périphérique » qui s’étend des marges périurbaines les plus fragiles des grandes villes jusqu’aux espaces ruraux en passant par les petites villes et villes moyennes. Il souligne que désormais 60 % de la population — et les trois quarts des nouvelles classes populaires — vivent dans cette « France périphérique », à l’écart des villes mondialisées.
La France compte 8,8 millions de pauvres (INSEE, 2016). 2,3 millions de personnes vivent avec au mieux 672 euros par mois (pour une personne seule). Comble pour l’un des premiers producteurs agricoles mondiaux, pour manger, près de deux millions de personnes auraient eu recours à l’aide alimentaire en 2015 (Observatoire des inégalités).
Pierre Faure s’intéresse aux évolutions qui modifient la société française en profondeur, sur le long terme. La pauvreté a baissé à partir des années 1970 jusqu’au milieu des années 1990. Elle est ensuite restée plutôt stable jusqu’au début des années 2000, puis elle a augmenté. Depuis 2004, le nombre de personnes pauvres a progressé de 1,2 million (+ 30 %). Ce mouvement de hausse constitue un tournant dans l’histoire sociale de notre pays. La dégradation économique enregistrée depuis 2008 pèse tout particulièrement sur les moins favorisés (source : L’Observatoire des inégalités). L’objectif est de constituer un témoignage photographique de la hausse structurelle de la pauvreté dans l’hexagone.
http://www.pierre-faure.com

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Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres comptes.

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