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Carte blanche à Guillaume Piens : Les visages de l’exil par Pierre Gonnord

Temps de lecture : 1 minute et 29 secondes

Pour sa première carte blanche, notre invité de la semaine, le commissaire général d’Art Paris, Guillaume Piens a souhaité nous parler du portraitiste madrilène, d’origine française Pierre Gonnord. Et en particulier de l’ouvrage « La sangre no es agua » (Le sang, n’est pas eau), fruit d’une commande publique à l’occasion du 80ème anniversaire de l’exil républicain espagnol.

La sangre no es agua (Le sang, n’est pas eau)

Les premiers jours du confinement furent l’occasion de me remettre à la lecture et pour une fois de lire les catalogues d’exposition qui s’accumulent dans mon entrée et dont je ne faisais que d’effeuiller les pages, trop absorbé par les tâches du quotidien et les urgences d’un travail prenant. Lors de mon dernier voyage à Madrid pour l’Arco 2020, Pierre Gonnord, artiste français vivant en Espagne depuis 1988, m’avait offert le catalogue de son projet photographique récent : La sangre no es agua (le sang n’est pas eau), projet de commande du ministère de la justice- gouvernement du Royaume d’Espagne pour commémorer le 80e anniversaire de l’exil républicain espagnol en 2019.

L’artiste a effectué d’un part les portraits de 22 survivants de l’exil en 1939 et/ou de leurs enfants et d’autre part a recueilli leurs témoignages émouvants, exposés en vis-à-vis de chaque photo.
Au fil des pages, la mémoire douloureuse de ces vies d’exilés me bouleversait : la fuite éperdue à la frontière française lors de la Retirada en 1939, l’humiliation de la défaite, l’internement dans des camps en France, les privations de la faim et le manque d’argent, l’apprentissage d’une nouvelle langue, la séparation des familles, les républicains espagnols étant très vite rattrapés par la guerre en France et le régime du Vichy qui envoyait les hommes en camps de concentration ou en travail forcé pour l’organisation Todt. Et malgré tout, ces vies racontent une intégration réussie à la société française malgré une suspicion constante et secrète des autorités françaises contre les « rouges », et pour certains le retour en Espagne à partir des années 1980 pour exiger une reconnaissance de cette mémoire de l’exil républicain.

En ce moment de catastrophe silencieuse que nous traversons dans le confort aouté de nos existences confinées, J’ai trouvé beaucoup de réconfort et d’espoir à lire ces récits individuels d’hommes et de femmes meurtris par les conflits de l’Histoire, comme une leçon de courage et de résistance pour les temps à venir.