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Carte blanche Sadreddine Arezki : Rétrospective de Michael Schmidt à Berlin

Temps de lecture estimé : 5mins

Pour sa quatrième et dernière carte blanche, notre invité de la semaine, Sadreddine Arezki, a choisi de nous parler de la rétrospective du photographe allemand Michael Schmidt, qui se déroule actuellement à Berlin, jusqu’en janvier 2021. Première exposition qui lui est consacrée depuis sa mort, il y a 6 ans. Un événement qui va vous “décrocher la mâchoire” !

Avant de voyager quelque part, j’ai tendance à compulser frénétiquement la programmation des galeries ou des musées de ma destination à la recherche d’une expo qui me ferait tel le loup de Tex Avery décrocher la mâchoire!

Ainsi à Berlin, j’ai eu la chance de visiter l’exposition rétrospective de Michael Schmidt qui venait à peine d’ouvrir le 23 aout dernier à la Hamburger Bahnhof.

Exposition Michael Schmidt

C’est la première rétrospective qui lui est consacrée depuis sa disparition en 2014.
Suivant un ordre chronologique, tout son œuvre y est présenté : Il y a les premiers travaux qui documentent certains quartiers de Berlin comme au Kreuzberg dans City-Scapes réalisée en 81-82 ou des portraits de passants ou d’amis. Plus surprenant, Schmidt a réalisé une série sur les travailleuses allemandes du Kreuzberg à leur lieu de travail en 1975 ou une série de diptyques de sujets pris alternativement à leur lieu de travail et ensuite à leur domicile. Ces séries des débuts sont plutôt de facture classique par contraste avec ce qui va suivre.

Le parcours de cette rétrospective épouse plus au moins celui d’un grand tour cycliste. Cela démarre doucement, histoire que le regard ait le temps de se faire les jambes puis peu à peu la route s’élève. On y aborde les cols hors catégorie que sont les séries Waffenruhe et U-Ni-Ty.

Avant sa publication en 1987, M. Schmidt a réalisé plusieurs maquettes de Waffenruhe, elles sont exposées dans la salle consacrée à cette série et elles s’accompagnent de lettres de félicitations adressées par Peter Galassi ou W.Eggleston. Si certaines sont convenues, la lettre adressée par Lewis Baltz est assez dithyrambique. En regardant les images tout autour on comprend pourquoi.

Exposition Michael Schmidt

Il y a dans Waffenruhe une forme de brutalité stupéfiante. Pas de gras, des visages sont saisis dans toute leur opacité, les portraits sont montés avec des éléments architecturaux, ce sont des murs ou des objets tout aussi sombres et opaques. Les cadre métalliques d’origine qui servent d’écrin aux images renforce cet aspect brut(al) des images.

Si je puis me permettre cette digression, il me semble que parfois, la photographie sert de support à la pensée, d’autres fois comme ici les images sont le lieu même de la pensée.

Si pensée il y a dans les images de Schmidt, et je crois que oui, elle affleure à la surface des images pour s’offrir au regardeur par le prisme exclusif d’un choix de forme et d’une esthétique appliquée aux motifs. Ici pas de texte emphatique ou d’extraits de livres importants pour soutenir l’édifice, il tient tout seul. Même si à l’image de Berlin il est brinquebalent.

Photographier des humains comme des nature morte et inversement, est le phantasme de beaucoup d’artistes figuratifs. Atteindre une certaine forme d’assurance pour ce faire n’est pas chose aisée.

Je trouve que M. Schmidt y parvient avec en prime dans ces images ce petit air de défi qui regarde dans les yeux le regardeur et semble lui dire, mon coco si tu veux voir quelque chose il va falloir se pencher vraiment dessus. Ces images, qui ne relèvent ni tout à fait du figuratif ni complètement de l’abstrait, elles ont surtout l’air revêche et pas très aimables. Elle se soucient peu soucier de la bienséance.

Les photographies de M. Schmidt sont souvent constituées de plusieurs couches de plans qui se chevauchent et qui aspire le regard. Dans cette texture diffractée, les différents plans se répondent et se renvoient la balle du figuratif.

Parfois, cette diffraction des plans va plus loin. Les images se font presque cubistes tant les plans et les degrés de lumière tournoient autour d’une perspective opaque faite d’à plat.

Après avoir traversé ce premier col on continue avec U-Ni-Ty publié deux ans après. J’aime beaucoup aussi U-Ni-Ty, mais je considère Waffenruhe un peu meilleur. Cette série me semble plus percutante et surtout conceptuellement plus libre que U-Ni-Ty. Celle-ci semble plus schématique et attendue dans son déroulement. Après avoir gouté au caviar on peut faire la fine bouche.

Dernière remarque à propos de ces deux séries, si les sujets humains chez Schmidt sont figurés frontalement et sont traités de manière plus lumineuse et directe, les plans architecturaux de Berlin qui composent à peu près une part égale de son œuvre, sont eux d’une facture plus sombre et opaque.

Ce double standard dans le traitement des motifs signifie clairement une forme de conflictualité entre la ville et ses habitants. Il est probable que cette conflictualité mise en scène reflète justement la cohabitation des habitants de Berlin avec leur ville encore coupée en deux et meurtrie sur plusieurs plans architecturaux, idéologiques et sociaux.

Enfin, la dernière partie de l’exposition se déroule en plaine. Elle est réservée aux sprinters, la pensée en images y est moins subtile. Les séries Natur, Lebbensmittel et Frauen, m’ont semblé bien moins intéressantes que leurs devancières dans le parcours. Contrairement à ce qui précédait, ces dernières séries semblent bien de leur temps, c’est-à-dire déjà un peu datées aujourd’hui. On prend goût au caviar vous dis-je

Exposition à la Hamburger Bahnhof jusque au 17 janvier 2021 puis l’exposition sera présentée au Jeu de Paume à Paris.

INFORMATIONS PRATIQUES
Michael Schmidt – Retrospective
Photographies 1965—2014
Du 23 août 2020 au 17 janvier 2021
Hamburger Bahnhof Museum für Gegenwar
Berlin Allemagne
https://www.smb.museum/en/museums-institutions/hamburger-bahnhof/exhibitions/detail/michael-schmidt-retrospective/

La Rédaction
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