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Pour sa première carte blanche, la commissaire invitée du festival L’Été Photographique de Lectoure, Émilie Flory a choisi de nous présenter cette édition 2022 qui ferme ses portes à la fin de cette semaine. En effet, cette année, Marie-Frédérique Hallin, Directrice du Centre d’art et de Photographie de Lectoure a confié le curation de la manifestation estivale à la critique et commissaire d’exposition indépendante. Dans ce texte, elle nous raconte le contexte et l’élaboration de la programmation des expositions dont le titre général se veut optimiste : « Faire flamboyer l’avenir ».

Vue de l’exposition au CAPL, William Wegman, Massage Chair, 1972-73 © l’artiste, courtesy galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, Paris. Photo : CAPL, Marine Segond

Pour démarrer cette semaine, je fais le choix de l’actualité et de présenter Faire flamboyer l’avenir, l’édition 2022 du festival L’été photographique de Lectoure dans le Gers. Les expositions présentées en 4 lieux se terminent à la fin de cette semaine. J’ai eu le plaisir d’en être la chef d’orchestre sur l’invitation de la directrice du CAPL et la joie de travailler avec un groupe d’artistes et de partenaires artistiques incroyables.

Un poème comme incipit :

Le monde comme une petite boule de cristal,
Tourne sur un torchon d’aspect métallique.
Si tu as grandi et que tu es encore enfant,
tu l’as, maintenant, dans tes mains.
Mais si tu t’es forcé à grandir, en oubliant ton enfance,
le monde se retrouve à tes pieds,
languit entre tes mains,
tremble devant tes yeux,
explose avec tes pensées,
et fait pleuvoir tes malheurs amers.

Ouka Leele
Naturaleza viva, naturaleza muerta, 1986

Ouka Leele, de la série Peluquería, 1979-1980 © Collection CA2M, Museo Centro de Arte Dos de Mayo, Móstoles

Faire flamboyer l’avenir est un vers de Victor Hugo dans La fonction du poète écrit en 1840. Ce n’est pas une référence récente, pour autant, je trouve que l’on perd un peu cette énergie positive de l’engagement, du combat des idées, de la pensée, alors il faut y aller ! Cela reste important de pointer, se remémorer sans cesse la nécessité de l’art et de la culture. Comme ce poème d’Ouka Leele vient nous rappeler que la responsabilité de grandir ne doit pas effacer la fantaisie.

Étienne Courtois, Twinset, 2019 © l’artiste

Alexey Shlyk, The Weight Lifter, de la série The Appleseed Necklace, Belgique / Bélarus, 2016-2020 © l’artiste

William Wegman, Reading Two Books, 1971 © l’artiste. Collection Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine

Pour L’été photographique 2022, alors qu’une guerre aux portes de l’Europe vient s’ajouter à un contexte de pandémie mondiale, j’ai axé mon projet autour d’artistes dont le travail questionne la construction des mondes. Les artistes ont toujours su utiliser l’humour et l’absurde, faire des pas de côté pour parler de la réalité, se décaler et user de l’élan vital du rire pour supporter l’insupportable. Créer et détourner pour donner à penser. Ils construisent des mondes, nous pointent le monde d’un point de vue politique, enfantin, architectural, utopique, fantasque, imaginaire. Leurs œuvres traitent de gravité et d’espoir, elles permettent de s’extraire, de rire et de rêver, de continuer à avancer. Cela me semblait sincèrement indispensable lorsque j’ai reçu l’invitation de Marie-Frédérique Hallin.

Annabelle Milon, vue de l’exposition. Série Variations, 2022. © l’artiste. Photo : CAPL, Marine Segond

Nicolás Combarro, de la série Arquitectura Espontánea © l’artiste

David Coste, de la série Remanence Future, 2022 © l’artiste

Cioran écrivait en 1960 dans Histoire et utopie : À la longue, la vie sans utopie devient irrespirable, pour la multitude du moins : sous peine de se pétrifier, il faut au monde un délire neuf. Je suis d’accord, il faut des délires neufs, celui de la movida que la jeunesse madrilène a composé et bâti au sortir du franquisme ; celui des performances qui flirtent avec le nonsense en pleine guerre du Vietnam, des interventions minimales et conceptuelles quand l’apartheid ronge l’Afrique-du-Sud. Il faut aussi la joie, la liberté et la puissance de la photographie conceptuelle et performative des années 60-70. Elle marque l’entrée de ce medium dans l’art contemporain par ceux qui étaient enfants en 39-45. Les œuvres de A+B Blume, Ouka Leele, William Wegman, Ian Wilson, Robert Breer — déjà ancrés dans une histoire mondiale de l’art contemporain — dialoguent avec une jeune génération allemande, belge, espagnole et française : Louis Dassé, Annabelle Milon, Etienne Courtois, Marie Losier, Thorsten Brinkmann, Valérie du Chéné. Plus sombres, ces derniers oscillent, leurs œuvres conservent cette double lecture, un peu plus grinçante comme chez Anne-Charlotte Finel, Alexey Shlyk, Miguel Ángel Tornero et Nicolás Combarro.

Miguel Ángel Tornero, installation La Noche en Balde, 2016-2022 © l’artiste courtesy Juan Silio galería, Madrid Photo : Miguel Ángel Tornero

Thorsten Brinkmann, Reginald Von Eckhelm, 2010 © l’artiste, courtesy Hopstreet Gallery, Bruxelles

Certains embrassent, comme leurs aînés, la respiration qu’offrent les contre-cultures et la science-fiction c’est le cas de David Coste, France Dubois et de l’exposition Seeing Is Believing de Philippe Braquenier et David De Beyter. Ils travaillent, forment une communauté de pensées au délire commun. Ils revisitent les symboles historiques, pointent la ville contemporaine utopique et déchue, l’inventivité des survivants de conflits soumis aux dictatures, s’intéressent aux pseudosciences qui adoubent les communautés « platistes » et «ufologues», interpellent les passages entre réalité et fiction, jouent du quotidien, des objets, de la lumière et des espaces.
Une utopie est un berceau* conservons des yeux d’enfants, continuons à écouter les poètes et les artistes, faisons flamboyer l’avenir !

*De nouveau Hugo dans le même poème précité : Victor Hugo, La Fonction du poète in Les Rayons et les Ombres, 1840

INFORMATIONS PRATIQUES

sam16jul(jul 16)15 h 00 mindim18sep(sep 18)19 h 00 minL’Été photographique de Lectoure 2022Faire flamboyer l’avenirCentre d’art et de photographie de Lectoure, Maison de Saint-Louis, 8 cours Gambetta, 32700 Lectoure


Ouvert tous les jours de 14h à 19h, fermé le mardi. Nocturne jusqu’à 21 heures à la Halle aux grains le lundi !
Découvrir les expositions :

Les expositions


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La Rédaction
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