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Gaëlle Rageot, Directrice du Musée de l’Abbaye Sainte-Croix

Temps de lecture : 3 minutes et 49 secondes

Le Musée de l’Abbaye Sainte-Croix de la ville des Sables d’Olonne est dirigé depuis 2009 par Gaëlle Rageot, conservatrice du Patrimoine. Avant cela elle occupait le poste de Responsable des collections aux Abattoirs de Toulouse. Ce portrait vient compléter notre nouvelle rubrique consacrée aux acteurs de l’Art Contemporain.

Après avoir travaillé 7 ans aux Abattoirs de Toulouse pour l’espace moderne et contemporain, en quoi était-ce une continuité d’arriver au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix (MASC)?

Cela procède davantage d’une évolution que d’une continuité puisqu’en arrivant en tant que conservateur au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, je suis passée d’un poste de responsable des collections dans un grand musée à un poste de direction d’un établissement de petite taille, qui oblige à se frotter à tous les aspects du métier. Il s’agit en revanche toujours de présenter, d’étudier et de défendre l’art moderne et contemporain en poursuivant la recherche sur des collections qui d’ailleurs, autour de la figure de Gaston Chaissac ou du surréalisme, présentent quelques points communs. Aux Sables d’Olonne, l’équipe est vaillante mais peu nombreuse, ce qui amène à relier davantage les expositions et les collections pour en faire les deux versants d’un seul et même projet.
Quels défis avez vous mis en œuvre autour de cette collection assez éclectique ?
Le Musée de l’Abbaye Sainte-Croix a cinquante ans d’histoire et s’est engagé dans la défense de l’art de son temps dès les années 1960. Ses collections, plus particulièrement tournées vers la peinture, reflètent donc l’évolution de l’art en France : Supports / Surfaces dans les années 1970 ou Figuration libre dans les années 1980 par exemple. Elles sont aussi marquées par deux figures tutélaires : Victor Brauner, artiste d’origine roumaine lié au surréalisme et Gaston Chaissac, peintre et épistolier installé en Vendée en 1942, « peintre rustique et poète moderne » défiant les catégories, non loin de l’art brut ou de l’art naïf. La programmation du musée poursuit ces grandes directions, qui font sa singularité au regard d’autres musées, pour les approfondir, les enrichir mais aussi tenter de tisser des liens, de créer des échos ou des prolongements. Mais ce faisant, il s’agit aussi d’ouvrir la collection aux pratiques artistiques contemporaines qui bien évidemment, débordent largement la peinture, notamment en s’intéressant à des artistes qui ne pratiquent pas exclusivement la peinture mais la considère comme un medium parmi d’autres, ou encore en interrogeant ce qui relie l’art à l’écriture, l’exposition que le MASC consacre actuellement à Valère Novarina étant à cet égard exemplaire.
Quelle place allez-vous donner à l’émergence ?
Depuis sa création, le MASC défend les jeunes artistes et constitue un musée laboratoire qui n’hésite pas à inviter régulièrement de jeunes artistes encore peu habitués des musées. Il a toujours privilégié la découverte, ou le redécouverte, en marge des sentiers battus, et continuera à le faire. En 2016 par exemple, le musée a invité Hippolyte Hentgen qui a non seulement conçu de nouvelles pièces pour l’exposition, dont certaines dialoguaient avec les collections, mais également multiplié les collaborations et glissé dans les collections permanentes du musée des oeuvres d’artistes émergents. La production est également un élément important dans le rapport du musée aux artistes, qui s’explique aussi par la singularité de certains espaces d’exposition du musée. En tout premier lieu les combles du XVIIe siècle, protégés au titre des Monuments Historiques, véritable fleuron architectural du musée, constituent à chaque fois un nouveau défi pour qui les investit. L’espace de la croisée culturelle, qui occupe l’ancien cloître de l’abbaye, est également un lieu particulier, un puits de lumière dans lequel nous privilégions la présentation de sculptures ou d’installations. Marion Verboom par exemple a réalisé une pièce spécifiquement pour ce nouvel espace qui, suite à sa présentation, est entrée grâce à un dépôt du Cnap, dans les collections du musée.
Comment allez vous travailler en réseau avec d’autres acteurs du territoire ?
Pour l’heure, nous avons plutôt tissé des liens avec les acteurs régionaux, notamment dans le cadre de collaborations autour de projets d’exposition. Lors de la toute dernière édition du Vendée Globe, le MASC a ainsi collaboré avec Le Frac des Pays de la Loire pour présenter une exposition en deux volets, Mer sans rivages, construite d’une part à partir des collections du Frac, de l’autre au travers d’une carte blanche confiée à l’artiste Edith Dekyndt. Nous avons également collaboré avec le Musée des Beaux-Arts de Nantes et profité de sa fermeture pour travaux pour montrer aux Sables d’Olonne la richesse de ses collections autour de la question de l’abstraction. Au-delà de ces collaborations ponctuelles, nous poursuivons bien entendu une politique de prêts entre musées et Frac. Jusqu’à maintenant, nous avons trop peu collaboré avec d’autres institutions artistiques nationales ou internationales, dernièrement par exemple avec le Pavillon blanc de Colomiers autour de David B. A l’heure où la culture souffre du fait de budgets toujours plus contraints, c’est une direction qu’il me semble pour l’avenir souhaitable de favoriser afin de garantir plus d’ampleur et plus de visibilité à nos projets.
Quelle est votre politique vis à vis des publics et notamment des jeunes ?
Le public du Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, situé dans une station balnéaire, accueille un public bien différent des musées des grandes métropoles, constitué majoritairement de retraités et de vacanciers. L’important à nos yeux est de faire vivre ce musée tout au long de l’année, et pas seulement durant les quelques mois d’été où sa fréquentation, forcément, est en hausse. Les jeunes jusqu’à 18 ans peuvent accéder gratuitement au musée, à ses collections permanentes comme à ses expositions temporaires. Le service des publics a de plus très largement développé le travail avec les scolaires, qui ont pris l’habitude de venir aux musées, mais il faut imaginer qu’il n’y a pour ainsi dire pas d’étudiants aux Sables d’Olonne. Peut-être cela va-t-il doucement changer, une nouvelle antenne de l’université d’Angers venant d’ouvrir dans la ville cette année. Le service des publics privilégie donc plutôt actuellement les actions en direction des familles et propose également des rendez-vous permettant au public fidèle du musée, gravitant autour de l’association des Amis du MASC, de prolonger sa visite d’une exposition grâce à une programmation culturelle (conférences, rencontres, spectacles) de qualité.

INFORMATIONS PRATIQUES
Musée de l’Abbaye Sainte-Croix
Rue de Verdun
85100 Les Sables d’Olonne
Tél : 02 51 32 01 16
musee@lessablesdolonne.fr
http://www.lessablesdolonne.fr

> Lire notre article sur l’exposition en cours d’Anita Molinero et Valère Novarina publié le 13 février dernier.