© Florence Chevallier

Pour sa première carte blanche, notre invitée de la semaine, la photographe Florence Chevallier, partage avec nous un extrait d’« En Herbe », son ouvrage qui vient de paraître aux éditions Arnaud Bizalion, issu d’une série au long cours réalisée entre 2008 et 2023. Florence photographie Gabrielle depuis son enfance, elle suit son évolution jusqu’à l’adolescence. Avec « En Herbe », elle redessine l’album de famille et fait résonner en nous notre propre enfance, à la fois présente et absente, fondatrice et perdue.

… Ta beauté n’est plus partageable ni avec le monde extérieur, ni avec les hommes de ta famille. Désormais il nous faut négocier ton apparition dans les photographies. Aux beaux jours, il est possible d’enlever les vêtements trop couvrants, pour retrouver cet état d’innocence des débuts.

« Je suis très fière car je commence à être vue ! J’aime bien être vue ! »

Nous avons un pacte secret délimitant le temps passé ensemble. Une partie réservée aux repas, aux lectures, au dessin, aux promenades collectives, puis aux moments privilégiés entre toi et moi.

Pour la première fois nous sommes allées seules au bord de la rivière. Tu m’as dit te sentir plus à l’aise sans le regard des autres.

Un premier cercle est le jardin, lorsque la lumière s’intensifie : soleil, ombres sur les végétaux se reflétant sur toi, bain lors des fortes chaleurs dans le tub en zinc évoquant certaines photographies de Marthe par Bonnard. Un deuxième cercle est la forêt propice aux promenades, chemin ombragé, gué, puis la rivière, destination désirée. Bien que je sois la femme de ton grand-père, tu refuses de me considérer comme ta grand-mère.
Je suis Florence, tu es Gabrielle, ça me va.

« Ce qui nous a rapprochées l’une et l’autre : apparement on se ressemble ! On se ressemble dans notre manière de voir les choses, notre visage, on me l’a dit ! »

Tu te débats maintenant dans les difficultés de ta vie de jeune adolescente. La séduction des enfants est un pur plaisir qui n’attend pas de réponse en acte. Se plaire à soi-même, s’affermir dans son potentiel d’amour et de désir sans que l’autre ne s’invite immédiatement dans ce dialogue intime. Tu ne souhaites aucun geste, ni mot, ni déclaration de quiconque.
Je suis inquiète de te voir sortir dans la rue en mini short, tête d’enfant sur un corps de jeune femme. J’appréhende pour toi ce que j’ai vécu jeune fille et ce que tant de filles et d’enfants ont à subir.
Tu poses devant moi, tantôt avec innocence, tantôt avec espièglerie, sachant le pouvoir que tu exerces sur mon désir de te photographier lorsque je tente de faire surgir les figures inconnues de l’enfance et de l’adolescence. Le temps qui passe se lit sur ton visage, ton corps, tes gestes, tes regards.

« Mes yeux toujours aussi grands, trop grands ! »….

Florence Chevallier – En herbe ( extrait) livre paru aux éditions Arnaud Bizalion , Arles 2026


INFORMATIONS PRATIQUES

sam07fev(fev 7)14 h 30 mindim12avr(avr 12)18 h 00 minFlorence ChevallierChambres avec VuesLes Tanneries - Centre d'art contemporain, 234 Rue des Ponts, 45200 Amilly


https://www.florencechevallier.org/

En Herbe
Photographies Florence Chevallier
Design : Pierre-Marie Gély, suite et fin graphisme et production sur une idée de Annelise Cochet, graphiste
20 x 22,8 cm, 124 pages, 57 photographies couleur, relié
ISBN 978-2-36980-219-8 / EAN 9782369802198
28 €
https://arnaudbizalion.fr/fr/accueil/237-en-herbe-florence-chevallier-9782369802198.html

La Rédaction
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