Lors de l’entretien que m’a accordé Marc Olivier Wahler, directeur du MAH et instigateur de cette 6ème carte blanche donnée à l’artiste genevois John Armleder, il insistait sur le caractère inédit de cette expérience, l’artiste ayant décidé de remettre en jeu plusieurs de ses œuvres conservées par le musée qui en détient plus de 500 ! De plus son approche duchampienne sur la valeur d’usage de l’objet rejoint pleinement les enjeux défendus par le directeur pour ce musée à caractère encyclopédique, « napoléonien » comme le qualifie l’artiste.

Un véritable terrain de jeu pour Armleder qui nous incite à prendre le point de vue d’un observateur, selon le principe « c’est l’utilisateur qui est l’artiste » », que ce soit face à des timbres et tampons, des animaux taxidermisés, des lampadaires, une planche de surf… mais aussi des globes transparents ou des cadres vides. Aucune hiérarchie mais des équivalences à l’œuvre.

Vue de l’exposition Observatoires, Carte blanche John Armleder, MAH Genève © Annik Wetter

Une immense boule à facettes accueille le visiteur et donne le signal. A travers un dispositif de grandes boîtes, imaginées à partir de ses dessins, ces « salles dans les salles » qui s’emboitent temporairement en référence à Joseph Cornell, un artiste qu’admire fondateur pour Armleder, déroulent un véritable concentré d’abstraction (Mosset…) ou une mélodie aléatoire avec le piano miroir de Christian Marclay ou des guitares électriques en Furniture Sculptures. Puis l’on bascule dans un tout autre registre avec des peintures de fleurs ou de vanités d’artistes connus ou moins connus (Marie Laurencin, Brueghel…) ramenées à des compositions florales fichées dans de gros pneus. Le kitsch face au bon goût.

Après une traversée de salons en enfilade, ponctuée de ses interventions (tas de vêtements), une sculpture fluorescente de néons comme jetés au sol flirte avec un échantillon de luminaires issus des réserves, tandis que la salle des vitraux plus méditative est remplie de globes servant à protéger des horloges, pour signifier la transparence et le vide.

Séquence plus intime sous le prisme de l’autoportrait avec une ronde constituée des chaussures de tennis de l’artiste autour d’une lampe à gaz sous l’autoportrait en tableaux d’autres artistes suisses.  Petit parenthèse animalière à partir de spécimens empruntés au Museum d’histoire naturelle figés pour l’éternité, loufoque et étonnant !

Vue de l’exposition Observatoires, Carte blanche John Armleder, MAH Genève © Annik Wetter

Sortie de route ? Aller-retour ?

Armleder n’est jamais là où on l’attend. Il multiplie les effets de manche comme me le confiait Marc Olivier Wahler, son complice de longue date.

Point culminant du parcours au propre comme au figuré avec la salle des armures entièrement métamorphosés et tapissée de mylar, du papier argenté à effet réfléchissant, l’artiste soulignant à travers ce geste, son antimilitarisme. Objecteur de conscience, Armleder a passé 7 mois en prison. Des trous sont aménagés pour apercevoir néanmoins certaines pièces. Un promontoire accessible depuis un échafaudage spécialement conçu, offre un autre point de vue et réunit des éléments sur l’histoire architecturale du musée et la présence des observatoires. Enfin une fois passé l’espace dédié aux tampons et livres d’artistes, la dernière salle est consacrée au rebut, à ce qui est souvent occulté, dévalorisé : les fragments, les débris, les fantômes… et ce pain rescapé du lac encore conservé ! Des aléas de l’histoire qu’il nous incite à regarder aujourd’hui, « comme ces erreurs du passé qui se répètent » souligne l’artiste. Une nouvelle fois le musée par le jeu de cette carte blanche, se révèle tout autre. D’une grande justesse et cohérence cette proposition fera date.

Vue de l’exposition Observatoires, Carte blanche John Armleder, MAH Genève © Annik Wetter

Artiste du renversement et de la perturbation Armleder pousse le bouchon avec l’ouverture d’un « shop » dans les locaux du MAMCO autour de ses nombreux multiples et produits dérivés. Vêtements, tasses à café Illy, cravates… entre bric à brac, pop-up branché, boutique de musée, le merchandising rejoint l’œuvre. De l’art à la vie il n’y a qu’un pas.

INFOS PRATIQUES :
6ème carte blanche John Armleder : Observatoires
Le musée d’Art et d’Histoire de Genève
Rue Charles-Galland 2
1206 Genève, Suisse
du 29 janvier au 25 octobre 2026
https://www.mahmah.ch

 

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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