À l’automne dernier, l’association Les Filles de la Photo annonçait le lancement de « CURATION – Capsule Mode », une sélection curatoriale de portfolios née de rencontres entre photographes et spécialistes du secteur. Cette initiative a pour but de mettre en lumière des photographes professionnels dont le travail explore et révèle les multiples facettes de la mode, bien au-delà des clichés traditionnels. Les six photographes lauréats ont été dévoilés et présentés à l’occasion d’une exposition éphémère à Paris. Nous vous proposons de les découvrir aujourd’hui !

Ce sont plus de 200 photographes qui ont répondu à l’appel à candidatures, seuls six candidats ont été sélectionnés pour participer à exposition éphémère à Paris, visible jusqu’au 10 avril ! Une autre exposition sera organisée en mai à la Fondation Bullukian de Lyon. Anne Sophie Auclerc, Renate Ariadne, Jinyong Lian, Lola Cacciarella, Guillaume Benichou et Marianne Cavalier ont été choisi·es par un jury composé de 60 experts des secteurs de la mode et de l’art.

Renate Ariadne

The Dreamers
Issues de plusieurs séries éditoriales, les photographies de Renate Ariadne dévoilent de courts intervalles de calme où la pensée l’emporte sur l’action, des moments où le monde extérieur s’efface derrière l’activité silencieuse de l’esprit. Assises dans des cafés, reposant dans des intérieurs intimes ou suspendues dans des lieux transitoires comme la cabine d’une grande roue, les protagonistes semblent habiter pleinement chaque instant, avec une attention portée à l’intérieur plus qu’au monde qui les entoure. Oscillant entre présence et rêverie dans un environnement pourtant marqué par le réel, l’atmosphère émotionnelle semble légèrement décalée, comme si le temps ralentissait. The dreamers évoque cet état familier à Renate Ariadne, un espace de calme où mémoire, anticipation et imagination se mêlent librement.

Renate Ariadne, née en 1993, vit et travaille à Paris. Photographe néerlandaise diplômée de l’Académie royale des beaux-arts de La Haye, son travail mêle mode, art et nature morte dans des images chargées d’intensité psychologique. Par une lumière douce, des gestes subtils et une composition symbolique, elle explore la féminité, l’intériorité et la transformation. Son travail a été présenté à New-York lors des expositions Labs New Artists II et III du Red Hook Labs, et à Photos on Fridges à la galerie Harkawik.

Anne-Sophie Auclerc

Atelier Aymeric Ledeun © Anne-Sophie_Auclerc

Plisser les yeux
En parallèle de sa pratique artistique, Anne-Sophie Auclerc collabore avec des maisons de haute couture et des artisans d’art pour valoriser des savoir-faire méconnus et les métiers de la main – joaillier, boutonnier, brodeur, tisserand. Dans ces projets, son regard s’attarde sur les transformations minutieuses qui donnent naissance à l’objet : le fil qui se tend, la surface qui se plie, la texture qui émerge à la lumière. Dans l’espace de l’atelier comme dans celui du défilé, les matériaux semblent presque palpables, et la précision des assemblages apparaît. Par les gestes, les matières et les rythmes, le processus de création de pièces sur-mesure est révélé, et les accessoires, les tissus et les ornements en deviennent les traces visibles.

Anne-Sophie Auclerc, née en 1992, vit et travaille entre Paris et Lannion. Diplômée en arts appliqués à l’École Estienne et en photographie aux Gobelins, elle développe une pratique entre photographie documentaire et plasticienne, tout en explorant d’autres médiums comme la vidéo et le multimédia. L’intime et le langage corporel occupent une place centrale dans son travail, déjà exposé à la Maison des Métallos, au festival Circulation(s) et au Centre d’art L’Imagerie. En parallèle, elle collabore depuis 2024 avec des maisons de haute couture et des artisans d’art sur leurs processus de création.

Guillaume Benichou

© Guillaume Benichou

The Dreamers
Ancrée à Biarritz, cette série s’attache aux instants ordinaires où surgit, subtilement, une intensité humaine. Un souffle qui s’accélère, le froissement d’un tissu, le parfum des fleurs mêlé à l’air de la rue, autant d’indices qui suggèrent un moment à l’instant vécu ou sur le point d’advenir. Les silhouettes traversent l’image comme portées par une émotion qui affleure sans se dire. D’où viennent-elles, où se dirigent-elles ? Dans cet intervalle fragile, le corps, les gestes et les sensations deviennent les seuls indices d’une histoire plus vaste. Guillaume Bénichou interroge ici la brièveté de l’existence et la manière dont le sens se loge dans les gestes les plus simples. Par ces fragments en apparence anodins se manifeste une forme de présence au monde, discrète mais essentielle, où l’ordinaire laisse apparaître ce supplément d’âme.

Guillaume Benichou, né en 1991, vit et travaille à Biarritz. Photographe autodidacte, il développe une pratique attentive au quotidien, explorant le réel à travers la présence humaine. Ses images naissent de l’observation des gestes, des attitudes et des silhouettes anonymes qui composent l’espace public. En s’attachant aux détails, il révèle la charge sensible de l’ordinaire et ouvre un champ de réflexion sur notre condition commune.

Lola Cacciarella

© Lola Cacciarella

Brume de peau
Réalisée sur la plage d’Ipanema à Rio de Janeiro, Brume de peau s’inscrit dans un espace dense et bruyant. La plage est bordée par la route, traversée par un flux constant de corps et de mouvements, parcourue par le rythme de la ville. Ici, tout se superpose, tout s’entrelace, tout semble trop plein. Pourtant, au cœur de cette agitation, des instants suspendus se détachent, offrant une respiration inattendue. Lola Cacciarella se penche sur ces pauses délicates, non pour les opposer au bruit, mais pour les inscrire au sein même de la densité urbaine, et retrouver un calme intérieur. Dans ce territoire saturé par l’énergie et l’effervescence, elle explore les moments où le temps semble se plier, où se dévoile quelque chose de fragile, de fugitif, mais d’intensément réel.

Lola Cacciarella, née en 2000, vit et travaille à Paris. Photographe française, elle est diplômée de l’École des Gobelins en 2024, après une formation initiale en architecture à l’ENSA Versailles. Sa pratique artistique nous invite à explorer les fragments du quotidien, chacune de ses images prenant appui sur un ressenti immédiat : une couleur, une lumière, une forme. En parallèle, elle travaille en commande dans des domaines tels que l’architecture, le culinaire et le voyage.

Marianne Cavalier

© Marianne Cavalier

Fragments
Avec Fragments, Marianne Cavalier explore une vision de la beauté qui dépasse l’esthétique pour toucher à la présence et au vivant. Isolés, lèvres, yeux ou profils deviennent des formes à part entière, et entrent en résonance avec d’autres présences – coquillages striés, anthuriums délicats, tiges épurées – dont ils prolongent les courbes et les textures. Le regard glisse ainsi du corps vers le végétal ou le minéral, rappelant qu’une même logique organique traverse ces éléments. Une douce méditation s’esquisse sur les liens discrets qui unissent l’être humain à la nature, et sur la beauté comme relation entre les matières.

Marianne Cavalier, née en 1995, est une photographe franco-brésilienne basée entre Paris et Hong Kong. Après avoir travaillé comme tireuse en chambre noire puis directrice lumière, elle développe une pratique centrée sur les univers de la beauté, de la nature morte et de la mode. Dans ses images, le maquillage, les objets et les textures deviennent des éléments plastiques à part entière.

Nyo Jinyong Lian

© Nyo Jinyong Lian

I hope someday you’ll join us
Nous n’entrons pas dans l’avenir en le découvrant, mais en l’imaginant ensemble. À Paris, Shanghai ou New York, Nyo Jinyong Lian met en scène des rencontres entre femmes, qui évoluent avec un sens délibéré de l’équilibre, de l’orientation et de l’interdépendance. Ces images ne documentent pas des relations existantes, elles inventent des structures de confiance, où soin et vulnérabilité deviennent des forces discrètes. Décrites par l’artiste comme des préfigurations visuelles d’une société qui n’existe pas encore, elles invitent le spectateur à habiter un présent spéculatif, où l’appartenance est choisie plutôt qu’héritée. Chaque geste, chaque espace partagé, devient une manière de tisser un monde possible. Le titre est à la fois invitation et promesse : celle d’une communauté qui se forme non par conformité, mais par le courage d’imaginer autrement.

Nyo Jinyong Lian, née en 1994, est une artiste visuelle transnationale basée à Paris. Diplômée des Beaux-Arts de Paris, elle met en scène l’intimité comme une forme de chorégraphie sociale façonnée par la vulnérabilité et le pouvoir, et propose des formes spéculatives de vie collective qui n’existent pas encore. Son travail a récemment été exposé à PhotoSaintGermain à Paris, à la Fisheye Gallery à Arles, au festival InCadaqués et à la Sigg Art Foundation à Riyadh. En 2025, elle reçoit le Final Award du 212 Photography Festival et le prix Jeunes Talents des Agents Associés.

INFOS PRATIQUES
CURATION Capsule Mode 2026
Jusqu’au 10 avril 2026
Chez COR Studio
28 Rue du Petit Musc
75004 Paris

A LIRE
Carte Blanche aux Filles de la Photo : Lancement de “CURATION – Capsule Mode” 

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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